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Si la romancière n’avait pas emménagé dans un nouvel appartement, aurait-elle croisé Jenny ? Possible. Le destin est parfois singulier.

 

La vieille dame va l’aborder timidement. Charlotte Delbo : la romancière en a parlé et Jenny était son amie. 

 

Charlotte Delbo, elles vont en parler des heures durant. 

 

Et en hiver, un petit papier plié en quatre qui évoquent la mort de ceux qu’on aimait glissé dans une enveloppe. Jenny est prête à raconter ses morts. 

 

Eugenie, dite NIni commence: sa mère Ruvka qui quitte son village de Pologne afin de gouter à la liberté. Elle veut vivre comme elle l’entend. 

 

Elle va adhérer au Bund, l’Union des travailleurs juifs de Lituanie, Pologne et Russie. Espoir de voit naître une nouvelle société.

 

En 1924, elle rejoint Nuchim Plocki en France. Un bébé est annoncé. Ils se marient. Ce sera Jenny qui est considérée par ce nouveau pays comme française. 

 

Ils ne vivent pas dans le grand luxe. Tous deux travaillent à l’usine Menier la chocolaterie mais Ruvka n’aime pas cela et persuade Nuchim d’entreprendre autre chose. Ils deviennent commerçants et vendent des chaussettes sur le marché à Aubervilliers.

 

Ensuite, ce sera un nouvel appartement à Vincennes. Une partie de leur famille les rejoint et va vivre dans la même rue. 

C’est dans le bois tout proche que Nuchim emmène sa petite fille. Ils  discutent longuement. C’est avec lui qu’elle fera partie de toutes les manifestations socialistes. Jamais il ne parle de ce frère qui croyait en un autre avenir et qui fut assassiné en Russie. Russie où beaucoup d’autres événements tragiques se déroulent. 

 

Une petite vie bien tranquille, l’arrivée d’un petit frère, Monique sa meilleure amie, elles sont inséparables. La vie est belle jusqu’au jour où l’on décrété que les juifs sont indésirables : premier octobre 1940 peu après la défaite, avis signé par Pétain à Vichy. 

Sur le stand de ses parents, au marché, il est indiqué qu’ils sont juifs, les gens n’achètent plus et un gérant est nommé pour arganier ce commerce. 

Jenny ne portera jamais l’étoile juive sur ses vêtements, elle la coudra sur son écharpe. Monique reste envers tout son amie.

Tout devient de plus en plus sombre. Son père a du trouver un autre travail. 

 

Et le 16 juillet  1942, date cerclée de honte dans l’histoire, rafle des juifs dans Paris. La famille de Jenny est emmenée dans une villa et là un commissaire déclare que tous les enfants de nationalité française peuvent rester. Les parents de Jenny vont prendre la décision qui leur brisera sûrement le coeur à jamais. Ils décident que les enfants ne partiront pas avec eux. Rivka donne toutes ses recommandations à la jeune fille de 14 ans. Elle doit payer le loyer, s’occuper de son frère…etc Vite très vite, car les instants sont comptés. Ils seront les seuls enfants survivants. 

 

Jenny ne reverra jamais ses parents. Dans le wagon qui l’emmène son père écrit sur un petit bout de papier qu’il jette à l’extérieur. Le billet arrivera longtemps après chez Jenny mais elle mettra quarante ans à avoir le courage de le faire traduire. Mais quel magnifique message d’un père à ses enfants. 

 

Je ne continue pas à vous décrire la vie de Jenny; C’est à vous de la découvrir..

 

Entre Jenny et la romancière se tissent  des liens  et le récit est entrecoupé par un voyage en bus pour retrouver la maison d’enfance de Jenny, des conseils de jardinerie, assister à la représentation d’Aida au théâtre, promenades…

 

Personne ne sait ce qu’est devenue Rivka mais elle peut être fière d’avoir insufflé cette envie de vivre à sa fille. Liberté, c’est ce qu’elle lui a dit dans ses dernières recommandations.

 

« Rivka qui à appris à sa fille à ne pas croire au Père Noel, ni à la petite souris, ni à Dieu ni au diable, mais seulement à l’amour, à la lutte et à la liberté, lui apprend en deux heures à être une femme libre, une femme indépendante. »

 

 

Vous aurez compris que pour ma part, ce livre est un vrai coup de coeur et qui est écrit avec le coeur. Lire c’est essentiel, apprendre encore et encore. Cela vous ouvre des portes insoupçonnables. 

 

C’est une véritable leçon d’humanité à travers le récit de Jenny. Faites partie de ceux qui comprennent, tendez la main. Peu importe si vous ne recevez rien en retour mais tendez là. 

 

Lire c’est essentiel, apprendre encore et encore. Cela vous ouvre des portes insoupçonnables. 

Liberté et lire commencent par la même syllabe. 

 

 

 

« Il lui transmet son humanisme indestructible. Il a toujours été socialiste. Toute sa vie. Un militant ouvrier. Un intellectuel révolutionnaire. Un homme qui n’avait peur de rien, ayant déjà tout vu.