lisa

68

 

« Elle sont passées les années fastes , les années insouciantes, les années folles. Elles sont passées sans qu’on prenne le temps de les regarder »

 

 

Eparse est le mot qui convient si bien à ce premier roman  choisi par les fées des 68 premières fois. A peine refermé, je lie le maelström d’emotions dispersées au coin de chaque page. On y retrouve, des sourires, de l’enfance, des colères, des pièces de maison, des séparations, de la solitude, de l’amour. L’inventaire de quarante années d’une femme qui se prénomme Lisa.

 

Lisa car ses parents adoraient une chanson de Cat Stevens « Sad Lisa ». Il faut bien l’accepter ce prénom.  Quelques années à trois bercées par les chansons sirupeuses qui ondulent dans l’air du temps.  Il n’y aura plus de vie à trois, les parents divorcent.

 

Ce sera les voir chacun à leur tour. Les journées nostalgies au gout sucré de l’enfance chez les grands-parents. Le temps ne compte pas, Il faut grandir. Le rencontrer un jour. L’amour se plante sur le bord de la vie. On s’aime, on se passionne, on se fait duo et l’on décide de ne plus se quitter. 

 

Mais le temps s’effiloche. Le ventre s’arrondit. On devient trio. On s’aime encore et encore mais les mains qui se touchaient s’éloignent. L’amour est encore là mais on se quitte. Divorce. 

 

 

« Il ne faut pas se séparer, ce n’est pas bien pour les enfants. » J’ai si souvent entendu ce refrain. J’ai parfois l’impression que j’aurais été moins jugée si j’avais tué quelqu’un ».

 

Solitude colmatée par des amours flous. Merdé où ai je merdé pour en arriver à coucher avec mon meilleur ami ? Où ai je merdé pour quitter l’homme que j’aimais encore.

 

« Les amours se suivent. mais dans l’entre-deux, l’attente peut sembler longue. »

 

On se souvient de leur premier souffle et déjà ils grandissent  trop vite. Pourquoi si vite ? 

 

On répertorie nos souvenirs.

 

On se noie sous les pulsions des notes sur la piste. On désire vivre. 

 

Et on y croit encore lors de la première rencontre. Son regard, ses baisers. Sera ce lui jusqu’au bout de la nuit ? Passion, instant fusion des corps, des odeurs. Il va divorcer car oui il n’était pas libre. On rêve de matins bonheur et puis non t’es trop… trop quoi ? Merdé j’ai encore merdé. Ou c’est lui qui rêve de liberté ?

 

On remet les clés et on crie de douleur sous la couette. Solitude.

 

« Et puis, il y a tous ces moments où je me dis c’est ma faute, c’est moi j’ai merdé, je n’ai pas su, je n’ai pas compris, je n’ai pas été à la hauteur, c’est moi, parce-que tout ce je fais ça rate, parce que j’aime trop, trop fort,… »

 

On écoute les phrases de ces enfants. On observe l’adolescente qu’est devenue votre bébé de fille. On se reproche d’être une mauvaise mère.

 

Le temps valse inlassablement.

 

La mort s’invite parfois aussi. 

 

« Plusieurs mois après sa disparition, et alors que je ne décrochais même plus lorsqu’elle m’appelait, je ne suis toujours pas parvenue à effacer le numéro de téléphone de mon répertoire téléphonique. »

 

 

On fait l’inventaire  et demain chantera.

 

Eparse, oui éparse ce roman contenant une partie de vie.  On s’éparpille entre des citations d’auteur, des descriptions de salle de bain, les phrases bien tranchées des enfants, ses nuits où les corps s’accordent, ses désirs, ses regrets, ses colères, ses déceptions, des chansons qui s’échappent entre les années, des mots inventés qu’on pourrait glisser dans le dictionnaire.

Eparse comme nous, comme vous les femmes. A chaque page, un mot, un regard, nous renvoie face au miroir de notre vie à nous lectrices. 

 

« Je porte des souvenirs qui ne me pèsent pas et d’autres qui m’écrasent »

« Tous ces gens qui déclarent : « J’ai l’impression de passer à côté de ma vie. » Je me demande quelle destination ils choisissent à leur place. »

 

 

Certains diront que c’est un roman fourre tout, un roman sans pudeur , un roman de quoi ? Tant pis, j’adhère à l’eparsité de Lisa Balavoine.