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Cher Monsieur Jean Rouaud,

 

 

Je vous dois des excuses oh de grandes excuses car je vous ai abandonné très vite sur le chemin des lectures.

En 1990, je tenais votre roman qui avait obtenu le prix Goncourt dans les mains, j’en vois encore la couverture blanche. J’ai mis du temps à l’ouvrir, j’en ai lu le début et puis abandonné. Où est-il ce roman à présent, surement perdu dans mes déménagements. 

1990-2018 et nos chemins se croisent à nouveau. Aurais-je honte de dire que j’ai pleuré en refermant votre nouvelle parution Kiosque. Peu m’importe que l’on me trouve stupide, votre sensibilité, votre humanité, votre manière de regarder les autres m’a tout simplement émue. 

 

Qu’auriez vous penser ou écrit sur la jeune femme que j’étais et qui aurait pu vous acheter un journal au kiosque que vous teniez tout en rêvant d’être écrivain. 

Qu’auriez vous écrit dans votre petit carnet de haïkus ? Jeune femme banale, cheveux courts, balade sa timidité. Mais qui sait, aurais-je osé vous raconter une partie de cette vie que j’ai vécue et que vous n’auriez imaginé et que personne d’ailleurs n’imagine. 

 

Dans le kiosque entre 1983 et 1990, vous avez vendu des journaux en attendant qu’on reconnaisse enfin votre talent. Vous avez croisé des vies de toutes sortes, pochardes, honiriques, artistiques, juives, truculentes, tristes, et vous les avez aimé ces vies. Sans oublier vos comparses P et M qui étaient tout un roman à eux seuls. 

 

Comment imaginer que c’est une photo passée qui a changé le cours des choses ? Une simple photo. Un fil qui se lie et tout devient possible. Oui vous êtes devenu écrivain. 

 

Entre vos pages, vous déchirez l’emballage de votre vie, vous décortiquez les raisons de votre envie d’écrire. A trente six ans vous n’avez aucun futur puisque sans travail vraiment tangible, la société vous considère comme un paumé. Paumé à travers le regard de la société oui mais tellement sensible à tout vie que vous apercevez. 

 

 

A travers ces quelques mots, je voulais vous remercier car c’est le roman d’une jeune femme qui a décidé que mon futur je le voyais tout autrement et la lecture de Kiosque m’a confortée dans ce choix. Une femme, un homme, un bon équilibre.

 

Merci Monsieur Jean Rouaud.

 

« Car la question qu’on pouvait poser aux maitres du temps qui jamais ne s’étaient confrontés au récit étaie cell-ci : comment pouvait-on ignorer le monde à ce point ? Par quel aveuglement narcissique en était-on parvenu à le réduire à un bruit de fond, à une composition de phonèmes. Or je le voyais arriver de partout, le monde, qui par vagues, et certaines lointaines, battait contre notre kiosque du 101 rue de Flandre. Un monde grouillant, multiple, souffrant, vaillant, avec ses cortèges d’histoires à n’en plus finir , et le plus souvent à pleurer <…> »