19 avril 2018

Ligne et Fils trilogie des rives 1 d'Emmanuelle Pagano

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Ligne et Fils est le premier roman dans cette trilogie des rives dont le troisième va bientôt apparaitre dans les librairies.

 

C’est un roman qui se dévide bout à bout. On dénoue les noeuds avec patience. On parcourt la trame apaisante de l’écriture. On suit goutte à goutte cette eau qui descend. Ce goutte à goutte devient plus puissant et l’eau se gorge de sédiments, creuse les roches, les cogne. C’est une course qu’elle ne peut que gagner et enfin arriver avec force contre les murs de la Fabrique. 

 

« Chante-Merle, depuis le siècle avant-dernier, c’est le nom officieux de la fabrique, c’est aussi le surnom de ma famille maternelle. »

 

L’arrière grand-père est arrivé on ne sait d’où, on ne sait de qui, réfugié ? abandonné ? Il a vite été indispensable, courant entre les murs où les jeunes filles s’ébouillantent les doigts afin de laisser filer ce qui deviendra cette soie qui pare les corps. 

 

« Mon arrière grand-père n’avait pas de mémoire, au-delà de l’eau, il avait égaré jusqu’aux mots de sa langue »

 

Il tombe amoureux d’une ouvrière. La fille du patron, décide que c’est elle qui l’aura.  Grâce à lui elle s’affranchira de l’autorité paternelle. Elle sera la Fabrique. L’ouvrière décidant qu’elle n’a aucun avenir avec ce jeune homme, Alex va donc devenir le mari de cette femme aux ambitions. Comme il ne vient de nulle part, on donnera un nom à cette lignée, Ligne comme cette rivière qui se tapit contre la roche. Ligne et Fils. Assemblage de mots qui content la lignée et les fils de soie.

 

Ils auront un fils qui ne sera aucunement aimé par sa mère, impuissant devant la férocité de cette femme.  Ce fils sera détesté par sa fille. Comment exprimer de l’amour quand soi même enfant  des bras maternels ne l’ont jamais serré. 

 

La fille n’aura de cesse de fuir en entendant les pas de cet être pervers qui par facilité s’envoie la bonne. 

 

Elle partira ailleurs, dans une autre vallée.  Vie en communauté toujours au bord d’une rivière. 

 

A présent, c’est sa fille qui ondule sur les mots de la rivière. 

 

Est-ce parce que l’eau les inondait et les cernait à chaque seconde, ses ascendants, que la femme qui raconte a laisser se déshydrater son fils ? Elle n’a jamais compris. Elle croyait que son bébé ne désirait pas plus de liquide maternel.

 

Pour son ex mari, elle est le monstre qui n’a pas su s’occuper de son enfant. Pourtant c’est elle qui est prévenue quand l’enfant adolescent est hospitalisé suite à une trop grosse prise d’alcool. Aurait-il eu envie de combler sa soif enfin ? Cet enfant qui aime non l’eau mais les sons. 

 

Elle va remonter le courant  qui emporte les souvenirs familiaux pour comprendre, se comprendre.  

 

 

Ligne et Fils est le roman d’une association familiale avec l’eau, essentielle pour leur vie industrielle. C’est l’histoire d’une maman qui apprivoise l’amour qu’elle ressent pour son fils, elle qui ne sait s’exprimer qu’à travers ses photos.

 

Tout se mélange entre les pages : le bruit de l’eau, le regard qui décèle les roches au fond de la rivière, les fils qui voyagent dans le vent, le désarroi, la poésie d’un moment, l’horizon des paysages, les tourbières, les chrysalides.

 

Regarder et aimer la fragilité tout autant que la force. 

 

 

 

« Il m’arrive de me dire qu’un jour dans mon objectif je découvrirai, grignotant les tendres repousses, un lapin de coton blanc. »

 

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12 avril 2018

Papillon de jour de Christian Merveille, illustré par Ian de Haes

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Cette semaine du mois belge se termine par la présentation d'un livre jeunesse et ce fut lui et ce fut moi.

Nos regards se sont croises. Je suis certaine qu'il savait déjà que je le choisirais.

 

L'auteur Christian Merveille  né en 1949 est un chanteur, et ecrivain pour enfants. 

Sa carrière fut celle d'instituteur où il enseignait beaucoup à travers la chanson pour enfants. Enseignant à Bruxelles, il décide d'arrêter la carrière et devient chanteur en 1992 et enregistre un disque.

Il vit actuellement dans le  Brabant Wallon et participe à l'association autre chose pour rêver .

 

Les illustrations ont été réalisées par Ian De  Haes qui est artiste peintre. C'est à Bruxelles qu'il a suivi des etudes d'illustrateur lui qui vient de Leuven, Brabant Flamand. Pourtant c'est dans les Ardennes qu'il va passer son adolescence et vit actuellement à Bruxelles. 

Il est également libraire spécialisé en littérature  jeunesse. 

 

Ce livre est edité par Alice jeunesse, petite maison d'édition indépendante, dans la collection made in Belgium. 

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Papillon du jour c'est la rencontre de l'éphémère avec le temps. Papillon a peine sorti de sa chrysalide, volette sans discontinuer. Il veut découvrir, gouter chaque instant. Il croise un cerisier, un canard, une pierre ainsi qu'une petite fille sans oublier un oiseau. Tous ces personnages lui parlent  du temps : une semaine, six mois et lui ne comprend pas qu'on puisse penser en longueur, il n'a que peu de temps de vie ..

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Petit papillon dont la vie est comptée mais le lendemain, papillon naitra à nouveau de sa chrysalide.

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Un livre de printemps c'est ainsi que je le nommerais.

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10 avril 2018

Eparse de Lisa Balavoine

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« Elle sont passées les années fastes , les années insouciantes, les années folles. Elles sont passées sans qu’on prenne le temps de les regarder »

 

 

Eparse est le mot qui convient si bien à ce premier roman  choisi par les fées des 68 premières fois. A peine refermé, je lie le maelström d’emotions dispersées au coin de chaque page. On y retrouve, des sourires, de l’enfance, des colères, des pièces de maison, des séparations, de la solitude, de l’amour. L’inventaire de quarante années d’une femme qui se prénomme Lisa.

 

Lisa car ses parents adoraient une chanson de Cat Stevens « Sad Lisa ». Il faut bien l’accepter ce prénom.  Quelques années à trois bercées par les chansons sirupeuses qui ondulent dans l’air du temps.  Il n’y aura plus de vie à trois, les parents divorcent.

 

Ce sera les voir chacun à leur tour. Les journées nostalgies au gout sucré de l’enfance chez les grands-parents. Le temps ne compte pas, Il faut grandir. Le rencontrer un jour. L’amour se plante sur le bord de la vie. On s’aime, on se passionne, on se fait duo et l’on décide de ne plus se quitter. 

 

Mais le temps s’effiloche. Le ventre s’arrondit. On devient trio. On s’aime encore et encore mais les mains qui se touchaient s’éloignent. L’amour est encore là mais on se quitte. Divorce. 

 

 

« Il ne faut pas se séparer, ce n’est pas bien pour les enfants. » J’ai si souvent entendu ce refrain. J’ai parfois l’impression que j’aurais été moins jugée si j’avais tué quelqu’un ».

 

Solitude colmatée par des amours flous. Merdé où ai je merdé pour en arriver à coucher avec mon meilleur ami ? Où ai je merdé pour quitter l’homme que j’aimais encore.

 

« Les amours se suivent. mais dans l’entre-deux, l’attente peut sembler longue. »

 

On se souvient de leur premier souffle et déjà ils grandissent  trop vite. Pourquoi si vite ? 

 

On répertorie nos souvenirs.

 

On se noie sous les pulsions des notes sur la piste. On désire vivre. 

 

Et on y croit encore lors de la première rencontre. Son regard, ses baisers. Sera ce lui jusqu’au bout de la nuit ? Passion, instant fusion des corps, des odeurs. Il va divorcer car oui il n’était pas libre. On rêve de matins bonheur et puis non t’es trop… trop quoi ? Merdé j’ai encore merdé. Ou c’est lui qui rêve de liberté ?

 

On remet les clés et on crie de douleur sous la couette. Solitude.

 

« Et puis, il y a tous ces moments où je me dis c’est ma faute, c’est moi j’ai merdé, je n’ai pas su, je n’ai pas compris, je n’ai pas été à la hauteur, c’est moi, parce-que tout ce je fais ça rate, parce que j’aime trop, trop fort,… »

 

On écoute les phrases de ces enfants. On observe l’adolescente qu’est devenue votre bébé de fille. On se reproche d’être une mauvaise mère.

 

Le temps valse inlassablement.

 

La mort s’invite parfois aussi. 

 

« Plusieurs mois après sa disparition, et alors que je ne décrochais même plus lorsqu’elle m’appelait, je ne suis toujours pas parvenue à effacer le numéro de téléphone de mon répertoire téléphonique. »

 

 

On fait l’inventaire  et demain chantera.

 

Eparse, oui éparse ce roman contenant une partie de vie.  On s’éparpille entre des citations d’auteur, des descriptions de salle de bain, les phrases bien tranchées des enfants, ses nuits où les corps s’accordent, ses désirs, ses regrets, ses colères, ses déceptions, des chansons qui s’échappent entre les années, des mots inventés qu’on pourrait glisser dans le dictionnaire.

Eparse comme nous, comme vous les femmes. A chaque page, un mot, un regard, nous renvoie face au miroir de notre vie à nous lectrices. 

 

« Je porte des souvenirs qui ne me pèsent pas et d’autres qui m’écrasent »

« Tous ces gens qui déclarent : « J’ai l’impression de passer à côté de ma vie. » Je me demande quelle destination ils choisissent à leur place. »

 

 

Certains diront que c’est un roman fourre tout, un roman sans pudeur , un roman de quoi ? Tant pis, j’adhère à l’eparsité de Lisa Balavoine. 

 

 

 

 

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09 avril 2018

En love mineur de Dominique Costermans

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Pour ce rendez vous belge du 09 avril, dédié aux nouvelles, j’avais décidé de lire l’auteur Dominique Costermans car j’avais eu un véritable coup de coeur pour son premier roman Outremère. 

 

Donc j’ai voulu redécouvrir son écriture à travers ses nouvelles et je me suis régalée. 

 

 

En Love mineur nous raconte à travers 17 nouvelles des rencontres, des moments importants, des souvenirs, des choix. 

 

Des rencontres qui pourraient se terminer en histoire d’amour, d’une rencontre qui aura quand même lieu au Portugal, d’anciennes rencontres, de souvenirs auxquels on s’attache mais qui se détachent ou qui se cachent, des rencontres dans les trains, une recherche d’enveloppe, les lacets des montagnes…

 

17 nouvelles toute aussi belles d’écriture, de poésie et de tendresse sans oublier l’humour qui nous font oublier le temps et qui nous rappelle que chaque minute peut être du bonheur. 

 

Dominique Costermans, enregistre t’elle tout ce qu’elle observe  ? car la nouvelle qui m’a fait le plus sourire se nomme Ceux de Charleroi. Le voyage en train qu’elle décrit à partir de la gare d’Ottignies, je le connais par coeur et la description des voyageuse est tellement bien croqué. Je me suis régalée. 

 

Et puis ces trois rencontres littéraires d’une femme qui n’est pas encore écrivain face à celles qui en font déjà carrière. 

 

Le collier qui se casse et dont les perles se mélangent aux pâquerettes.

 

« Pourquoi pas. Sautons de bulle en bulle. C’est peut-être ça le bonheur. »

 

En résumé, je vous reparlerai encore de cette auteur durant le mois belge.

 

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05 avril 2018

Etincelle de Michele Plomer

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Il suffit juste d’une étincelle pour qu’une jeune professeur chinoise se transforme en torche humaine.  Song l’amie de Michele. Song qui ne cuisinait jamais mais qui a décidé puisque son amie n’était pas venue, de confectionner le plat chinois qu’elle lui destinait. Tout en découpant les légumes, elle écoute Suzanne de Léonard Cohen. Elle tourne le bouton de la gaziniEre….la vie de Song va changer.

 

 

 

Sur la page de garde, les lettres roman s’étalent. Pourtant la tragédie s’est bien déroulée et Michael Plomer a mis des années avant de pouvoir couvrir de mots ce drame. 

 

Song et Michele sont professeurs  du département anglais dans l’université chinoise de Shenzhen. Elles sont devenues amies et aiment se retrouver sous la statue de Confucius. 

 

Song est une fervente communiste au grand amusement de MIchele. Chaque semaine elle fait son autocritique.

 

« Avec ses nattes d’écolière, son parfum de Paris et ses convictions  cueillies sur les plus hautes cimes du Hunan elle était mon maitre oriental, mon guide sur le chemin de l’universalité; »

 

Michele est canadienne, du Quebec.  Elle aime parler via le téléphone à sa mère qui vit à des kilomètres.

 Prof d’anglais. Elle adore faire écouter des chanteurs des USA pour que ses étudiants se familiarisent à cette langue. 

 

Song est amoureuse d’un homme qui ne pense qu’au sport mais elle veut absolument un enfant de lui pour se démarquer de ses parents et de leur tradition.

 

Michele est la maitresse d’un chinois Feng qui travaille comme bibliothécaire aux archives de l’Université.

 

Après le drame, Michele se culpabilise d’avoir préféré une nuit dans les bras de Feng au repas que Song lui destinait. 

 

Song est hospitalisée bien loin de l’université qui ne se sent en rien responsable du drame. 

 

Les parents de Song arrivent d’urgence pour aider leur fille 

 

 

« La nuit, je la rejoignais en pensée dans cette chambre qui empestait  la chair putrescente et le désinfectant. Je flottais à côté d’elle, obligeant à son immobilité. A travers le silence de sa méditation extrême, je comprenais qu’elle avait vaincu sa terreur de mourir et qu’elle matait maintenant l’animale douleur »

 

 

Le père de Song décide quelle n’a besoin d’aucun antidouleur. Les médecins le persuadent du contraire alors pour éviter tout empoisonnement, il décide de cuisiner tous les plats que sa fille pourra ingurgiter. 

Deux jeunes filles viennent s'occuper de Song. 

 

Personne ne peut voir Song dans sa chambre stérile. Jeune fille qui flotte, entourée de bandages avec une seule vue, celle des tuiles d’un toit. 

 

Bientôt, on pourra lui parler grâce à un walkie talkie. Michele vit avec sa culpabilité.

 

Feng va se détacher d’elle car il ne comprend pas dans sa mentalité chinoise  cet acharnement  à vouloir absolument être près de son amie. 

 

Song va survivre mais à quel prix ! De multiples greffes mais le bébé qu’elle veut absolument, elle n’oublie pas ce but. 

 

Rejetée par son fiancé, elle jette son dévolu sur un médecin et pour l’aider, Michele va gravir une montagne où dans une grotte coule une eau qui donne la jeunesse. La verser dans une petite bouteille et la donner à Song en lui assurant que c’est un philtre d’amour tout en se persuadant que cette eau ne peut être que bénéfique pour la santé de son amie.

 

 

Il est temps qu’elle rentre au Quebec, ce sont les vacances. Mais elle décide de rester. Song va être envoyée dans un sanatorium. La jeune chinoise lui fait comprendre qu’il est temps que son amie pense enfin à elle et que sa véritable maison est sur un autre continent. 

 

« Elle me tendit une main fragile que je pris doucement entre les miennes.

-Je n’ai qu’à te remercier pour ton amitié sincère. En Chine, tout se sait, et je sais le prix que tu as payé en demeurant à mes côtés. »

 

Michele part donc.

Son contrat à l’université ne sera pas renouvelé.

 

 

Que dire de ce roman ? Qu’il est avant tout magnifique de part l’écriture de l’auteur et de cette belle amitié entre deux femmes, de la description de personnages haut en couleur pour certains. 

 

Qu’il nous apprend beaucoup sur la Chine. Une culture totalement différente de la nôtre où l’individualisme n’a aucune place. Le parti décide et le peuple doit former un tout afin de faire avancer le pays. Il n'y aucune place pour la critique. Il faut avancer et tenir la ligne.

Qu'il nous parle de la souffrance, de la culpabilité. Oui, ce livre est magnifique.

 

  

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03 avril 2018

Les déraisons d'Odile d'OUltremont

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Continuant mon périple dans les 68 premières fois, j’ai découvert mon nirvana dans ce roman d’Odile d’Oultremont.

 

Je n’arrive pas souvent à être en symbiose avec la littérature de mon pays mais là bingo, j’ai plus qu’adoré.  Traiter le sujet du cancer et la perte d’un emploi avec autant d’humour, j’applaudis. 

 

Adrien travaille pour une compagnie des eaux à Bruxelles. Il est chargé d’aller avertir les clients lors de travaux, pour leur signifier une coupure.

 

Un jour ses pas s’arrête devant la porte de Louise qui va transformer sa vie. C’est une femme complètement déjantée   qui veut colorer chaque chose, poétiser chaque minute.  Le chien elle le nomme tout simple le chat. Pourquoi pas après tout.

 

Adrien tombe amoureux. 

 

Très vite, il décide d’aller vivre avec l’élue de son coeur. Louise et ses surprises : les jours sont en voyelles. Le dentifrice blanc se mélange avec une couleur : vert, rouge qui rendent le sourire de Louise si surprenant.

 

Et puis elle danse Louise, elle dans la vie. Elle chante la vie.  Fantasque, elle a décidé de l’être le jour où sa mère avait décidé de se laisser mourir. 

 

Mais voilà les gens heureux n’ont pas d’histoire alors le destin décide que Louise sera atteinte d’un cancer et Adrien sera reléguer dans un cul de bas de fosse à son travail et ce le même jour.

 

Qu’à cela ne tienne, Louise décide que le cancer est une nouvelle aventure. Ses métastases elle les nomme des honey pops. 

 

Adrien qui s’ennuie derrière son bureau, dans le fond du couloir , au bout des archives décide que seule Louise compte et décide de rester journellement avec elle. Il ment à Louise en lui déclarant qu’il a pris un congé sabbatique.

 

Mais voilà, une invitation pour fêter les dix ans de présence d’Adrien dans la boite à eaux va tout changer. 

 

Louise étant décédée, Adrien est prié de se rendre au tribunal car son employeur porte plainte pour désertion de travail et perception d’un salaire indus durant des mois.

 

 

C’est un coup de coeur, un coup d’amour pour ce premier roman.

C’est une ode à la joie, au non sens, à la poésie. Une envie d’embrasser le monde. 

 

« Louise ne voulait pas entendre parler d’une perruque, elle ne porterait ni bonnet ni chapeau. Elle dessinait sur la peau  dénudée de son crâne avec des crayons à tatouage  temporaire achetés au magasin de déguisements.  La plupart du temps; elle esquissait des motifs champêtres , des roses essentiellement , faisant de sa tête une oeuvre d’art; »

 

 

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20 mars 2018

Avant de quitter la rame de Gaelle Pingault

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C’est le morceau de sucre dans le café. Le quartier de lune qu’on croque. La plume qui voyage. La poésie que l’on vole. Il est tout petit le livre de Gaelle Pingault, tout petit mais renfermant tant de bonheur.  Encore un qui fera partie de mes trésors.

 

 

Alice n’aime pas Paris, elle supporte le métro mais la poésie dans les rames, pff. Nadya c’est une cabossée qui chaque jour tente de trouver un équilibre, la poésie elle la guette comme une bouée.

Un jour, il y a un sourire, un papier échangé. Un geste et le monde peut devenir  un peu mieux.

 

Entre les voyages d’Alice et Nadya, on quitte la rame pour découvrir un homme qui s’enfuit vers la mer, une bébé né sous x, un souvenir d’enfance, un dépistage… Des petits instants de cherche vie.  

 

Entre les mots, on aperçoit les couleurs arc-en-ciel d'un matin si gris.

 

« Pour la première fois de ma vie, j’ai lu dans le métro un peu de poésie que j’ai trouvée belle ».

 

 

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13 mars 2018

Sentinelle de pluie de Tatiana de Rosnay

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Je me décide enfin de faire la chronique du merveilleux roman de Tatiana de Rosnay. Est-ce la pluie qui tombe qui m’y a incitée ? 

 

 

Linden  qui est photographe fashion se rend à Paris où il pleut depuis déjà 15 jours. Il vit à New York avec son compagnon Sacha. A la demande de sa mère il se rend dans la capitale afin d’y fêter avec ses parent et sa soeur Tilia, l’anniversaire de leur père Paul Malegarde, le sauveur des arbres mondialement connu,ainsi que l’anniversaire de mariage des parents.

 

Linden ayant quitté la maison familiale à l’âge de 16 ans pour vivre à Paris avec sa tante Candice, est heureux chaque fois qu’il revient aux bords de Seine. Mais comment va être leur père ? Ils ne se parlent plus depuis si longtemps. Il n’a jamais osé lui parler de son homosexualité.

 

Sa soeur Tilia est la rescapée d’un accident de voiture dans lequel toutes ses amies sont mortes. Elle ne s’en est jamais remise moralement. Son second mari est un alcoolique notoire. Comment Tilia acceptte cela ?

 

Aux infos, on ne parle que de la crue de la Seine qui apparemment va atteindre une ampleur catastrophique. Les berges se cachent sous l’eau petit à petit.

 

Linden accueille ses parents à leur arrivée à l’hôtel. Paul, le roc, semble si fragile aux yeux de de son fils.

 

Paul amoureux des arbres, qui passe sa vie à parcourir le monde pour les défendre. Linden et Tlia portent d’ailleurs le nom des arbres que Paul préfère : les tilleuls.

 

La réunion familiale va virer au cauchemar car Paul est victime d’un AVC.

 

Transporté à l’hopital, il sombre dans le coma. 

 

Imperturbable, la Seine continue à s’insinuer dans les rues de Paris. Des quartiers sont évacués. 

Lors de la grande crue du siècle Paris ne comptait que 1 million d’habitants. A présent dix : une véritable tragédie. Le fleuve n’en a cure : il poursuit son voyage envahissant les stations de métro, charriant les tout immondice. 

 

Et Paul est toujours dans le coma tandis que la Seine envahit le sous-sol de l’établissement hospitalier.

 

 

Je l’attendais depuis si longtemps  ce nouveau roman.  Et quel bonheur ! 

En le lisant, vous avez l’impression de sentir l’humidité entre les lignes, d’être submergée par les gouttes de pluie.  L’arc-en-ciel se dessine par instants quand les arbres prennent la vedette.  Tout vaScille entre pluie et soleil, ville et nature. 

Un roman très émouvant qui raconte sous fond de crue, la souffrance qui se cache derrière les secrets familiaux.  Le silence sur ce que l’on cache qui peut gâcher la vie familiale. Ne pas parler surtout.

 

Les tilleuls sont les détenteurs du secret.  Mais chuUUt, pour le moment ils font danser leurs feuilles. 

 

 

 

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01 mars 2018

Marcher à Kerguelen de François Garde

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« Les trésors de Kerguelen ne sont ni monétisantes ni exploitables. Cette île n’a jamais enrichi personne. Tout ce que la nature donne à profusion reste sur place. Un seul produit d’exportation, le rêve-le rêve décliné en souvenirs, en désirs, en timbres, en nostalgies, en images, en contemplations…De ce fret là, je me revendique négociant. »

 

 

La première fois que j’ai découvert le nom de Kerguelen ce fut à travers le livre de Jean-Paul Kauffmann « l’archipel de Kerguelen ». Une terre sauvage au bout du monde de quoi me plaire.

 

 

Cette île porte le nom du navigateur qui  la découvrit. Une terre aride où les vents ne cessent de souffler, une terre qui ne désire accueillir aucun humain. Au fil des siècles l’homme a tente de la conquérir, peine perdue. Paradis des manchots, des éléphants de mer, des oiseaux tels les pétrels, les rennes y sont un produit importé humainement ainsi que d’autres formes de vie.

Très peu de flore : du lichen semblable à l’île, des plantes singulières et des pissenlits. Même les couleurs sont différentes comme ternies. 

 

« L’intérieur reste superbement inutile . Seuls les mammifères introduits transgressent malgré eux cette loi d’airain. Pour eux seuls, Kerguelen est une prison. L’illégitimité de leur présence leur colle à la peau-tout autant que pour nous »

 

 

François Garde fut un temps administrateur de ces terres. Il s’y rend plusieurs fois puis déchu, il niche sa tristesse dans la découverte d’autres endroits  jusqu’au jour où il décide d’y retourner pour un voyage de 25 jours. Traverser l’île comme pour redécouvrir une amante délaissée.

 

Pour ce voyage, il est accompagné de trois compagnons, deux photographes et un médecin qui eux aussi connaissent bien cet endroit. 

 

Quelle est la motivation de François Garde : écrire ? Lui qui a endossé le Fagnard de cette profession grâce à ses romans. En fait il ne connait aucun sens à sa motivation et il ne demandera  pas à ses compagnons quelle est la leur. A chacun son monde intérieur. 

 

Les voilà partis du 23 novembre au 17 décembre 2015. Un hélicoptère les dépose. Il n’y a plus de recul possible. La peur et la joie se mêlent. Il faut faire le premier pas. 

« Je m’assieds par terre un moment. Je ne bouge plus. Après toutes ces journées dans les montagnes désertes, je savoure cette éruption de vie, cette faune qui ne connait pas l’homme et ne le craint pas. Adultes, juvéniles, tous sont occupés par leur projet, la continuation du cycle, et m’oublient. Des papous retournent à  la colonie, affairés. De jeunes manchots royaux errent çà et là, tels des adolescents un peu rebelles mais un peu perdus. Des poussins se dandinent en marchant sur la carcasse d’un parent. Un éléphant de mer dort dans la rivière. Un pétrel géant tourne au-dessus et cherche une proie. Ils ne sont dans aucun temps. Moi seul connais les horloges et les calendriers. Ils sont l’éternité et je la contemple par effraction ».

 

 

Bardés de leurs sacs pesant 25 kilos, les quatre hommes vont arpenter cette terre où les lacs disparaissent et réapparaissent, où le vent souffle à tout moment, où la pluie peut « tomber à l’horizontale ». Leurs nuits de bivouac, ils vont les passer dans une tente de trois bien qu’ils soient au nombre de quatre. L’humidité est omniprésente. Ils n’ont qu’un choix marcher pour atteindre chaque maison qui leur permettra de se reposer et découvrir des vivres en suffisance afin de repartir. Ces maisons sont en fait le lieu où des scientifiques cohabitent durant leurs missions. Maisons en métal avec le minimum vital mais dans cette terre tout semble plus luxueux dès lors qu’on est l’abri de cette froidure. A côté de chaque maison, des bacs qui contiennent toutes sortes de conserves pour les futurs arrivants.

 

« Je ne sais toujours pas si ces paysages sont beaux, je ne suis plus trop sûr de ce que la beauté signifie. Les philosophes en débattent depuis l’Antiquité. Comment percevoir une beauté qui ne serait jamais regardée, ou si peu et si furtivement ? Une beauté qui serait sans aucun lien avec l’homme ? Ici je ne vois pas la beauté mais la force. »

 

 

Il n’y a pas d’alternative dans ce voyage. Chacun doit être solidaire de l’autre perdus dans cette nature valonnée, sauvage où l’on traverse  les rivières à mi cuisse, où les pieds s’enfoncent dans la souille. 

 

Le monde s’est arrêté. Pas de nouvelles de l’autre monde dit civilisé. Les pensées volent vers les attentats perpétrés avant leur départ. Le nouveau roman qui passe par le comité de lecture.  Pas le temps de s’apitoyer sous le ciel qui parfois montre un coin de ciel bleu.  

 

« Partout ailleurs, aux pays où vivent les hommes, au commencement était le Verbe ». Ici, au sud du jardin d’Eden, au commencement était le Vent »

 

 

 

Kerguelen ne s’apprivoise pas , elle n’a  aucunement besoin de l’homme. Elle est la nature et se suffit à elle même. Pourtant François Garde aura difficile à la quitter. Elle ne sera plus qu’un souvenir. Des mots, des phrases pour expliquer aux autres. Même son journal ne retranscrira que des impressions déjà  perdues dans le passé. 

 

 

François Garde va découvrir un seul livre sur cette île. Perdu dans un des refuges, un roman de Le Clezio, le cadeau d’une mère à son fils. Cadeau resté là bas sur ces terres. 

 

 

Et cette émotion quand il s’imagine qu’il n’y a plus de bébés manchots.

 

« J’avance, j’avance dans ce paysage immobile et je m’ennuie, pour la première fois depuis le départ. Je m’ennuie dans cet espace sans enjeu. Je m’ennuie dans la plaine Ampère ? Tout d’un coup, à cette assertion saugrenue, j’éclate de rire »

 

 

 

« Un cairn sur une terrasse confirme que des hommes sont passés par là avant nous. Ce très modeste monument d’abord me réjouit, en me reliant aux précédents marcheurs; il m’amuse par son inutilité, tant le trajet est évident; il m’inquiète aussi, par tout ce dont il symbolise les prémices : les marques de peinture des deux couleurs vives sur les rochers; les poteaux indicateurs; les sentiers aménagés à la pelle et à la pioche; les groupes randonnant en sens inverses; les refuges gardés; les buvettes et les offices du tourisme. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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06 février 2018

Le ministère du bonheur suprême de Arundhati Roy

inde

 

Dès les premières lignes , vous plongez dans la foule, vous percevez les couleurs, entendez les cris. La poussière vole, le soleil brûle et là haut à travers le regard de Aftab vous descendez en apnée dans les rues de Delhi. 

 

 

Aftab est né garçon avec un embryon de sexe féminin. Ses parents sont musulmans.  Sa mère tente de le cacher et puis après quelques temps doit l’apprendre au père. Ils vont chez le médecin qui n’apporte aucune solution à l’angoisse des parents. Alors on tente de masquer sa féminité en masculinité jusqu’au jour où Aftab voit apparaitre un être étrange, du haut du balcon familial 

 

« Aftab aperçut une femme grande, aux hanches étroites, les lèvres peintes en rouge vif, juchée sur de hauts talons dorés et vêtue d’un salwar - kameez vert en satin chatoyant »

 

Aftab désire être cette femme. Il la suit et va découvrir un lieu où vivent les fitra. Les transgenres comme lui. Aftab décide d’aller vivre dans cette maison. Ses parents doivent l’accepter.

 

Aftab devient donc Anjum. Elle va se transformer, subir une opération « ratée », devenir célèbre, adopter une petite fille trouvée dans la rue. Jusqu’au jour ou faisant un voyage avec un ami, elle est emprisonnée car musulmane. Anjum va complètement changer, déprimée, n’arrêtant pas de lire tout bout de papier jusqu’au jour où elle décide de vivre dans un cimetière. 

 

S Tilottama est par contre fille à part entière, sa peau est noire ébène, étudiante en art. Enfant adoptées. Elle va découvrir malgré elle, l’horreur qui se perpétue au Cachemire avec ses conflits incessants entre hindouistes et musulmans et son lot de terreur et de massacre.

 

La vie d’Anjum et S Tilottama ne peuvent que se croiser et il en sera ainsi après de nombreuses souffrances. 

 

 

 

 

Que dire de ce roman ? qu’il est parsemé de personnages extraordinaires, qu’il contient du rêve, des légendes, de la poésie. Qu’il vous emmène loin de la vision de l’Inde de carte postale. Qu’il nous emporte dans la vie de miséreux que ne vous pouvez qu’aimer. Et toujours et encore ces guerres de religion bien loin dans la région du Cachemire et on en parle si peu dans nos pays. Mais surtout cet amour qui plane de page en page pour ce pays et ceux qui le peuplent. 

 

L’Inde est formée d’un entremêlement de lianes . Arundhait Roy nous permet d’entrevoir par de petites ouvertures, une partie de l’Inde actuelle ainsi que son passé. 

 

Mais surtout de garder espoir avec un grand E envers le monde, envers les autres, envers l'avenir. 

 

 

 

 

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