27 mars 2019

Doggerland de Elisabeth Filhol

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Doggerland, un nom donné par les geologues à ce morceau de continent qui reliait l’Angleterre à l’Europe il y a plus de 8000 ans et qui disparu suite à un tsunami.

 

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"Le Doggerland est une enclave mésolithique dans l'époque moderne, qu'on est quelque'uns à faire revivre, et c'est bien notre époque qui nous en donne les moyens. Notre travail ne fait que prévenir la disparition de l'information, par des relevès, des prélèvements, la collecte de certains matériels. C'est la même chose à terre. Tu construis un parking, tu perces une autoroute, un canal de grand gabarit, les travaux sont suspendus ou ralentis, le temps des études, mais  c'est une course contre la montre. Puisqu'à terme tout ou presque sera détruit."

 

 

Margaret l’étudie tant et plus. Stephen son mari lui est créateur d’un parc éolien. 

Ils vivent tous deux à Aberdeen, enfin non loin. Parent d’un fils de 20 ans David.

 

La vie coule paisible et pourtant la tempête prend son envol. Naturelle autant qu’émotionnelle.

 

Xaver enfle sur la mer du nord. Le frère de Margaret l’observe lui le météorologue. Que va t-elle détruire ?

 

Stephen et Margaret doivent se rendre à Esbjerg pour des conférences colloques entre collègues. 

 

Margaret est abasourdie d’apprendre que cet homme qu’elle a aimé Marc, le français, y sera. 

 

Marc qui suivait les mêmes études, à St Andrews,  que Ted, Stephen et elle-même, a décidé qu’il ne resterait pas. Qu’il partait au Gabon travailler pour une firme pétrolière. Marc qu’elle aimait si fort, a disparu de sa vie il y a 22 ans.

 

La tempête fait rage tandis qu’ils se rendent à ce rendez-vous. 

 

 

 

« Aujourd’hui elle est dans la gratuité et lui dans l’argent sali, noirci des milliards de tonnes d’hydrocarbures partis en fumée, elle dans le désintéressement de l’oeuvre universitaire et l’engagement pour les générations futures à consolider le lien au passé, quand l’avenir qu’il contribue à leur construire n’en tient pas compte ».

 

 

Doggerland, je n’en avais jamais entendu parler. Et pourtant ce territoire git toujours au fond de la mer du nord.  Des troncs d’arbres en témoignent. Les humains vivaient également sur ce territoire englouti.  

 

 

C’est un véritable coup de coeur. De ce roman, j’aime l’écriture, l’histoire, les personnages. Je sais déjà qu’il fera partie des livres que je relirai donc il a sa place dans mes trésors.

 

En ce temps incertain que nous vivons face au climat, c’est un hymne à la terre, à la mer du nord,  à la nature, à la non désespérance, une dénonciation des causes de cette catastrophe qui s’annonce. Mais surtout, une description du passé de la planète bleue qui nous démontre bien qu’elle n’est pas inerte mais que dans les profondeurs elle craque, se fissure, se remodèle, se régénère, et que l’homme à tendance à l’oublier. 

 

Le dernier chapitre est …je n’en dis pas plus.

 

 

 

 

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11 mars 2019

Mon temps libre de Samy Langeraert

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Commencer la semaine sans vous parler de ce magnifique premier roman, je ne saurais pas.

 

 

« Voilà deux semaines, que j’habite cet endroit et je pourrais aussi bien n’y avoir jamais mis les pieds. Tout est si calme, si renfermé que j’ai parfois la sensation de m’être installé dans le plus grand secret, à l’insu du propriétaire, de mes voisins et de l’appartement lui même, auquel je prête des yeux et des oreilles »

 

 

On sait peu de choses de cet homme qui raconte une année à Berlin. On sait qu’il y a déjà passé un hiver où il photographiait des silhouettes fantômes. Il y revient, ayant quitté Paris. Il y revient après une rupture amoureuse. Lui-même ne sait pas pourquoi. D’ailleurs il ne sait plus qui il est.

 

De cette femme dont il était amoureux, il n’en écrit que la lettre M. Il donne des cours de français le matin et traduit tout ce qu’on lui demande. 

 

Il regarde passer le temps. Il fait pousser des plantes sur son balcon. Il discute, parfois, avec sa voisine de balcon, une dame âgée.

Il n’attend rien. Il observe Berlin. 

Les jours où il se souvient de M, il ne recroqueville sur son lit.

Il continue à regarder. Il tente de réexister. 

 

Berlin loin des clichés touristiques.  Il raconte les renards, les enfants, les fêtes sur le toit, sa voisine, les arbres, la forêt.  Il prend le temps jusqu’à son son retour vers Paris. 

 

 

Et nous nous prenons le temps d’absorber tant de beauté d’écriture dans ce premier roman. Un coup de coeur. Un coup au coeur.

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21 février 2019

L'île où rêvent les nuages de Jean-Michel Bénier

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«  Je dis à la jeune femme qu’elle est la première personne que je vois lire depuis mon départ? C’est long à expliquer le Jura, l’est de la France, la frontière Suisse, Genève, Lausanne, les montagnes enneigées, les capitales Strasbourg, Paris, Bruxelles, Edinburgh. Les Hebrides en hiver, les voyage responsable. Je m’exprime sans élégance, je baragouine, je suis ému. Elle ne comprend pas tout. Elle s’étonne. Je me permets de lui demander le titre de son livre. Elle me montre la couverture. 

Elle lit 1984 de Georges Orwell »

 

 

Partir du Jura de son enfance jusqu’à l’île de Jura où Georges Orwell se réfugiait.

Redécouvrir les montagnes que l’on a parcourues du temps de sa jeunesse pour se diriger vers un lieu hérissé de vagues.

 

Carnet de notes, jamais seul car les écrivains le suivent par delà les mots. Flaubert, Tesson, Orwell…ils sont là et décrivent également. 

 

Partir mais pas en avion, partir en train, en ferry, en car, en bateau. Partir et déjà imaginer le prochain roman.

 

Retrouver cette femme navigatrice qui fera partie du roman tout en se demandant si elle est réalité ou inventivité.

 

Partir sur les traces d’Orwell, sur cette ile où les nuages revent, où les cerfs abondent. 

 

Observer les humains qui vous entoure, constater que peu de livres sont blottis dans les mains mais que les doigts ne cessent de tapoter des mots qui n’ont pas de sens. 

 

Partir pour se fondre dans la nature.

 

 

Comment définir  ce magnifique livre ? Il oscille entre le cynisme lors des descriptions de cette société où nous vivons et la poésie offerte par l’horizon. 

Il est rempli de mots d’autres auteurs et de photos si belles.

Un beau voyage qui donne envie de manger les nuages et de relire Orwell.

 

 

« Deja, je comprends, ce ne sont pas les nuages qui fuient, c’est l’île elle-même qui cherche à l’horizon un port où accoster. »

 

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08 février 2019

Kiosque de Jean Rouaud

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Cher Monsieur Jean Rouaud,

 

 

Je vous dois des excuses oh de grandes excuses car je vous ai abandonné très vite sur le chemin des lectures.

En 1990, je tenais votre roman qui avait obtenu le prix Goncourt dans les mains, j’en vois encore la couverture blanche. J’ai mis du temps à l’ouvrir, j’en ai lu le début et puis abandonné. Où est-il ce roman à présent, surement perdu dans mes déménagements. 

1990-2018 et nos chemins se croisent à nouveau. Aurais-je honte de dire que j’ai pleuré en refermant votre nouvelle parution Kiosque. Peu m’importe que l’on me trouve stupide, votre sensibilité, votre humanité, votre manière de regarder les autres m’a tout simplement émue. 

 

Qu’auriez vous penser ou écrit sur la jeune femme que j’étais et qui aurait pu vous acheter un journal au kiosque que vous teniez tout en rêvant d’être écrivain. 

Qu’auriez vous écrit dans votre petit carnet de haïkus ? Jeune femme banale, cheveux courts, balade sa timidité. Mais qui sait, aurais-je osé vous raconter une partie de cette vie que j’ai vécue et que vous n’auriez imaginé et que personne d’ailleurs n’imagine. 

 

Dans le kiosque entre 1983 et 1990, vous avez vendu des journaux en attendant qu’on reconnaisse enfin votre talent. Vous avez croisé des vies de toutes sortes, pochardes, honiriques, artistiques, juives, truculentes, tristes, et vous les avez aimé ces vies. Sans oublier vos comparses P et M qui étaient tout un roman à eux seuls. 

 

Comment imaginer que c’est une photo passée qui a changé le cours des choses ? Une simple photo. Un fil qui se lie et tout devient possible. Oui vous êtes devenu écrivain. 

 

Entre vos pages, vous déchirez l’emballage de votre vie, vous décortiquez les raisons de votre envie d’écrire. A trente six ans vous n’avez aucun futur puisque sans travail vraiment tangible, la société vous considère comme un paumé. Paumé à travers le regard de la société oui mais tellement sensible à tout vie que vous apercevez. 

 

 

A travers ces quelques mots, je voulais vous remercier car c’est le roman d’une jeune femme qui a décidé que mon futur je le voyais tout autrement et la lecture de Kiosque m’a confortée dans ce choix. Une femme, un homme, un bon équilibre.

 

Merci Monsieur Jean Rouaud.

 

« Car la question qu’on pouvait poser aux maitres du temps qui jamais ne s’étaient confrontés au récit étaie cell-ci : comment pouvait-on ignorer le monde à ce point ? Par quel aveuglement narcissique en était-on parvenu à le réduire à un bruit de fond, à une composition de phonèmes. Or je le voyais arriver de partout, le monde, qui par vagues, et certaines lointaines, battait contre notre kiosque du 101 rue de Flandre. Un monde grouillant, multiple, souffrant, vaillant, avec ses cortèges d’histoires à n’en plus finir , et le plus souvent à pleurer <…> »

 

 

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07 février 2019

Les soleils des indépendances de Ahmadou Kourouma

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Si l’ombre d’un mort vous frôle, si vous assistez au sacrifice d’une poule, si vous entendez le mot griot, si vous apercevez des mendiants, si vous voyez ce soleil des indépendances, vous franchissez la frontière du pays décolonisé. 

 

Vous aurez peut être la chance d’apercevoir Fama, descendant royal des Malinke mais  de royal n’en est plus. 

 

Vous achèterez le riz sur le marché préparé par Salimata, femme de Fama. Salimata vous racontera peut être ce jour où elle fut excisée. Elle ne fit pas partie de filles revenant en chantant au village. Elle fut abandonnée dans une case où elle fut violée par un génie qui sait ?

Elle fut mariée deux fois mais le génie et le souvenir rouge sang de l’excision ne voulurent pas de ces hommes. Alors elle s’enfuit, loin très loin et croisa le chemin d’un guerrier Malinke : Fama.

 

 

Fama et Salima portent une grande douleur : aucun enfant. Il parait que c’est Salima qui est stérile. Il parait… Alors avant l’acte, elle danse, elle brûle, elle hurle et Fama n’a plus envie tandis que Salima se désespère. Pourtant elle prie quatre fois par jours, elle salue Allah.

 

Fama lui aussi monte à la pointe du minaret mais ne pas avoir d’enfant le mine également. Il respecte les traditions, il respecte la parole d’Allah. Il assiste aux cérémonies des morts mais rien n’y fait.

 

D’autant que dans ce pays décolonisé, on doit obéir au seul parti le socialisme, obéir à un seul chef unique, obéir obéir. Et lui l’ancien prince parfois rêve aux jours où les colonisateurs étaient là. Parfois… Le pays décolonisé s’appelle famine, chômage, pauvreté. Pourtant selon le soleil des indépendances, la vie allait être belle.  

 

Fama se rend dans son village pour une veillée funéraire. Il n’oublie pas que là bas vit la belle Mariam. Bon le village ne ressemble plus à celui qu’il a connu mais Mariam est toujours là. 

 

Il décide de la ramener en ville avec l’espoir d’un enfant. Bien vite les deux femmes qui doivent cohabiter s’écharpent comme de bien entendu. Salimata ayant peur que Mariam aie le ventre qui grossisse. 

 

Fama n’en peut plus. Il est arrêté soi disant parce qu’il a comploté contre le pouvoir. Des anciennes fadaises mais qui lui reviennent comme un boomerang. Condamné à vingt ansde réclusion. Il pense devenir fou mais libéré par la grâce présidentielle , il décide qu’il ira finir ses jours dans son village, sur la terre des ancêtres. 

 

Il part vers son destin. 

 

« Au large, les pétarades du moteur parurent faiblir et même mourir, ramollies par la pénombre et le frais de la lagune. La ville nègre s’éloignait, se rapetissait, se fondait dans le noir des feuillages de la ville blanche, lointaine encore, indistincte, mais éclatante dans les lumières des lampes. Seuls tranchaient le gris de la lagune et bariolé du ciel. »

 

 

Grand coup de coeur pour cette découverte de l’Afrique grâce aux mot d’Amadou Kourouma. 

Une écriture rapide, de l’humour, de la poésie et le soleil qui brûle à travers chaque page. 

Bien décidée à lire d’autres romans de cet écrivain.

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15 octobre 2018

Où vivre de Carole Zalberg

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Où vivre. Juste un endroit où vivre. 

 

« Nous arrivons de pays épuisés où  notre jeunesse devait chaque jour, s’attacher aux ruines. Les fantômes nous accompagnaient partout, s’agrippaient à nos chevilles, pesaient sur nos épaules , ne nous laissaient même pas rêver. Sans parler des vivants morts, partout autour de nous, vivants, mais morts là bas ne sachant ni revivre vraiment, ni cesser, se taisant, ou parlant trop et seulement de ça, de ce là-bas, où une part d’eux-mêmes continuaient d’être terrifiée, avait peur et froid et mal, à jamais. »

 

Lena la grand soeur est partie la première, remplie d’espoir et de courage. Elle est partie avec d’autres jeunes pour fonder un Kibboutz car le futur est là-bas. Vivre différemment, fonder une nation, voir fleurir les fleurs dans le désert. Sa petite soeur Ana la suivra. 

 

Chacune sa vie. Lena va épouser Joachim, qui travaille du matin au soir, arrachant au sol des fruits. Adorant sa femme mais terrible dans ses colères car les fantômes même là bas viennent vous habiter. Un couple aimant qui aura trois fils, élevés au milieu des autres enfants; de la jeunesse et des rires. 

 

Ana, désirait rejoindre sa soeur mais ses études d’infirmière, l’homme qu’elle rencontre. Où vivre ? En France.  Et puis il y a Nathalie et Marie. Ils iront avec les petites les voir en vacances.  Leurs parents sont bien partis vivre à Tel Aviv.  Lena aimerait tellement rassembler les siens autour d’elle mais elle comprend le choix de sa petite soeur et même l’incite à rester en France. 

 

 

« Mais nous irons les voir, ma soeur adorée, son époux aux traits de prophète et leurs fils magnifiques, dès que nous en aurons les moyens. Nous irons les voir et une petite voix en moi me souhaite de ne pas, alors être envahie de regrets »

 

Les trois fils de Joachim et Lena sont pétris de contradiction dans ce pays continuellement en guerre. Et ce service militaire qu’ils doivent accomplir, le plus jeune Noam, en souffre trop. 

 

Alors où vivre ? En Amérique ? En Israel ?  Les circonstances de la vie en décident.  Oublier les fantômes qui hantent la génération d’avant.  Essayer de comprendre la complexité de leur Etat.

 

Marie et Lena, rencontrent trop peu souvent leurs cousins, juste quand ils se rendent là bas où Marie petite s’ennuie un peu. Elle s’y rendra toute seule en été, l’été de ses 18 ans.  

 

Joachim décédé en 1986 suite à l’absorption de tous les produits chimiques qui arrosaient les plantations. Lena reste  au kibboutz.  

 

L’assassinat de Rabin sera un choc terrible pour Lena et ses fils. Ana en pleurera pour sa soeur. Marie choquée mais trop prise dans sa vie de jeune maman. 

 

Lena pensant qu’en fait, l’endroit où vivre aurait été vain. Tous ses efforts pour en arriver là. Pourtant sa vie elle ne la verrait pas autrement. Heureusement Joachim n’est plus là. Il aurait été désespéré. 

 

Trente ans plus tard, Marie retrouvera les siens pour comprendre, retrouver les liens entre cousins, tenter de saisir cette terre où les descendants d’exilés polonais ont fixé leur horizon. 

 

Bien entendu Marie qui raconte, c’est la voix de Carole Zalberg. 

 

Dans ce splendide roman familial mêlant la parole de chacun, et chacune on décèle que le poids de la Shoah s’efface  mais qu’elle  ne peut jamais être oublié même par la jeune génération.

On décèle toutes les contradictions qui s’imbriquent dans l’Etat d’Israêl.  Les dirigeants actuels n’ont plus les mêmes idéaux que Joachim et Lena.  

 

 En lisant Charlotte Delbo ce matin, je pensais à Où vivre qui m’avait entrainé vers la lecture de Charlotte. Il y a tant d’amour dans l’écriture de ces deux femmes. Difficile à expliquer car le sujet n’est pas le même, l’écriture est totalement différente  et pourtant certaines phrases se rejoignent et se collent.

 

 

Un magnifique roman écrit par une femme lumineuse du nom de Carole Zalberg.

 

J'espère que j'ai trouvé les mots pour que l'envie vous vienne à le lire ce roman. J'aimerais tellement. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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12 octobre 2018

Roissy de Tiffany Tavernier

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« Quand transie de froid, je pousse la porte des aérogares, le hurlement de leurs réacteurs résonne encore en moi. Et comme je l’aime, ce boucan. Il me lave »

 

Elle vit à Roissy depuis des mois. Elle ne sait pas qui elle est, ni d’où elle vient. Elle sent en elle qu’il s’est passé un drame dans sa vie mais cela revient par bribes.

 

Alors elle marche, marche et marche encore au milieu des voyageurs. Elle invente qu’elle part en voyage. Elle s'invente des destinations. Elle a bien remarqué cet homme qui attendait le vol venant de Rio et qui restait seul après le passage de tous ceux qui reviennent.

 

Elle vole des vetements, des valises, de la nourriture. Il faut qu’elle change d’aspect pour que les vigiles ne la repère pas. 

 

Elle ne veut pas ressembler aux SDF qui puent et qui lui font un peu peur. Vlad, Liam qui lui fait lire son journal délire, Josias qui est amoureux d’elle et tant d’autres. Ceux qui se cachent dans les sous-sols. Elles les aime et les craint en même temps.

 

Elle fait partie de ceux qui n’ont plus rien et cela l'arrange. 

 

Mais celui attendait le vol de Rio la retrouve et lui déclare qu’il l’a cherchait. Elle fuit d’abord. Il la retrouve ànouveau et s’imagine qu’elle aussi a perdu un être aimé dans la catastrophe aérienne de ce vol. Lui, il y a perdu sa femme et il attend, il espère voir sa silhouette portant ce manteau bleu. Elle lui ment puisque de toute façon elle n'est plus rien dans sa mémoire.

 

Et tout va changer.

 

« Pour eux, comme pour moi, ce monde est notre dernière chance. Le quitter ne serait-ce qu’une seule fois, ce serait renoncer à tous les voyages, à toutes les identités, perdre, en somme, le peu de matière qu’il nous reste, rompre définitivement le fil qui nous tient encore en vie, briser la magie par laquelle chacun de nous ici s’invente hors de la violence du monde. »

 

 

Ne passez pas à côté de ce roman. Il va vous happer et vous en sortirai un peu déséquilibrée. 

 

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11 octobre 2018

Nirliit de Juliane Léveille-Trudel

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« Ils ont quitté  leur réserve ou leur village, ils ont abouti n’importe comment sur le ciment de Montréal, Winnipeg ou Vancouver, ils confortent les gens occupés dans la vision qu’ils ont d’eux : des ivrognes, des paresseux, des irresponsables. »

 

Elle se demande si elle y retournera et elle y retourne comme chaque été,  comme une oie qui migre du sud au nord. Elle retourne à Salluit. Elle y retourne pour les enfants et pour tenter de raconter à Eva. Son amie disparue, assassinée, peut-être violée qui git certainement dans un Fjord.

 

Elle lui parle à Eva. Elle lui raconte ces enfants qui sur un an de temps, sont transformés en ivrognes ou drogués. Elle lui raconte leur violence et leurs rires. Elle raconte leur désarroi et leur joie. Elle constate que le futur que l’homme blanc leur a imposé ne leur convient pas à ce peuple du froid : les Inuits.

 

Elle parle à Eva de son fils Elijah qui aime la jolie Maata, qui aime elle ce blanc. 

 

Oui les blancs qui viennent construire des maisons. Entre eux et les filles c’est comme un une jeu. Elles sont si jeunes, parfois 12 ans et pourtant ils se servent. A portée de mains et puis elles n’attendent que cela.  Des Inuits femelles qui n’ont aucune valeur. Elles se font payés. Alors, quand elles ne veulent pas, le blanc les viole.  Amour ou haine, bien souvent, le ventre de la jeune fille s’arrondit d’un enfant que le blanc ne veut pas. Il a une autre famille dans le sud. Il ne va pas s’encombrer d’une sauvage aux yeux un peu bridés. 

 

Il ne comprend pas le blanc, qu’elle, elle veut seulement partir, échapper aux coups, à l’alcool, à la drogue. Elle rêve d’un sud si doux que le blanc ne lui offrira jamais.

 

« Et vous mourez. Vous n’en finissez plus de mourir, il y a tous ces accidents stupides qu’on pourrait éviter, il y  a la toundra impitoyable qui ne vous laisse aucune chance, il y a les maladies que nous n’avons plus, comme la tuberculose, mais qui vous attaquent encore parce que vous vivez dans des conditions sanitaires dignes de 1850, il y a tout ça mais en plus vous vous tuez vous-mêmes, crisse. »

 

« Ils sont tous là à me féliciter pour me dévouer envers les enfants du Nord, mais ils oublient que je reçois beaucoup en retour, ils oublient que je meurs si je reste immobile, ils oublient qu’une voix en-dedans me crie toujours d’aller voir ailleurs si j’y suis. « 

 

 

Premier roman de Juliana Léveillé-Trudel. Un petit bijou d’humanité. Apre et tendre à la fois. Inoubliable. 

 

A travers la vie d’Eva et de son fils, la narratrice nous parle de ce peuple d’Inuits parqués dans des maisons dont ils ne veulent pas, désoeuvrés car c’est là qu’on a décidé de les parquer un jour. Vivant des aides sociales, on vous dira qu’ils sont paresseux. Moi je dirais déracinés par l’orgueil des blancs qui s’imaginent que eux ils ont tout compris et que leur vie est la meilleure. 

 

Certains s’en sortent, oui mais une infime minorité malheureusement. 

 

La civilisation blanche ne sait qu’en faire alors on les paie. On les a sédentariser de force. Pas le choix, faites de la place aux gens dit civilisés.

 

Un roman qui renferme tous les sourires d’enfants et leurs rêves cabossés.  Un roman qui déplie toute la beauté des paysages, le parfum de la nature, l’ondulation du vent. 

 

Et telle une oie Nirliit on en retrouvera le chemin

 

Voir l'avis d'Aifelle,d'Anne 

 

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06 septembre 2018

La papeterie Tsubaki d'Ogawa Ito

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« Aujourd’hui, j’écrirais non pas pour quelqu’un mais pour moi. Un écrivain public tient la plume en se mettant dans la peau et dans la tête de tout un tas de personnes. Sans vouloir me lancer des fleurs, je réussissais désormais à me couler dans les mots d’autrui. Je n’avais pas encore rencontré mon moi calligraphique, l’équivalent du sang qui coulait dans mes veines, ce qui faisait que j’étais moi et d’où mon ADN jaillirait à flots.

L’Ainée l’avait trouvée, elle, je le savais. Si je n’arrivais pas à décrocher la devise calligraphiée de sa main sur le mur de la cuisine, c’était parce que ces traits, c’était elle. Son écriture conservait encore son souffle; »

 

 

Imaginer la légèreté du papier, la préparation de l’encre.. Entendre le souffle du pinceau qui trace les mots calligraphiés, le crissement de la plume, le roulement du stylo bille. Ecrire une lettre dans la quiétude d’une papeterie. Je vous y invite. Et si le bonheur ne tenait qu’à un mot tracé du bout des doigts ?

 

Hatoko, jeune femme de vingt cinq ans, revient à Kamakura. Sa grand-mère décédée à l’hôpital lui a légué sa petite papeterie. L’Ainée était écrivain public et Hatoko est prête à prendre la relève. 

 

Elle conserve de l’Ainée des souvenirs de froideur et d’exigeance. Elle lui a tout appris de la calligraphie. Mais Hatoko en garde la colère de cette jeunesse que sa grand-mère lui a un peu volée. Il fallait apprendre et encore apprendre. Jusqu’au jour à la gamine s’est révoltée et est partie loin.

Même à l’hopital, elle ne lui a pas rendu visite. La colère était encore trop forte.

 

Malgré tout, elle a décidé de prendre la relève.

 

 

La calligraphie d’une lettre est tout un art. Chaque détail est important. Le choix du papier, de l’instrument de calligraphie, l’enveloppe, le timbre également. Réussir à composer le message qu’une personne veut transmettre. Ce serait tellement plus simple via un mail mais si impersonnel, dénué de sentiments. 

 

Son premier client est un homme qui veut annoncer son divorce à tous ceux qui ont assistés à son mariage. 

 

« Il y a quinze ans, ils se mariaient. 

Choisir un timbre du même âge que leur union avait du sens, me semblait-il »

 

Entre deux calligraphies, Hatoko, bavarde avec la voisine Barbara. Sauve une lettre qui ne doit pas être envoyée et fait la connaissance ainsi de l’institutrice, Le Baron lui faisant une commande, il la paie sous forme de repas. Elles va partager des moments avec eux tout en accueillant d’autres clients dans sa papeterie. 

 

Elle va rédiger un avis de décès d’un singe. Elle va évoquer l’amour, la rupture. 

 

 

Et un jour, un jeune homme lui apporte les lettres que l’Ainée adressait à la mère dudit jeune homme. Une femme que l’Ainée n’avait jamais eu l’occasion de rencontrer malgré son grand désir.

 

Hatoko va comprendre peu à peu grâce à ces lettres et l’amitié qui l’entoure, à quel point cette grand-mère si rude l’avait aimée.

 

 

« Le visage levé vers le ciel bleu, les yeux fermés, je songeais à ma première calligraphie de l’année : quelle tonalité donner aux douze mois à venir ?

Audace ? Aube ?Premier lever de soleil ? Ou alors Espoir ? 

Je ne trouvais pas le mot qui épouserait parfaitement l’espace béant dans mon coeur »

 

 

Deuxième roman d’OGAWA Ito que je découvre et je suis toujours sous le charme de cette écriture si douce. 

 

Le temps est lent, la calligraphie demande une patience infinie. L’esprit japonais imprègne chaque page et c’est tellement beau.

 

Si je devais offrir un livre, ce serait celui là. 

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03 septembre 2018

Chien Loup de Serge Joncour

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Un petit village dans le Lot, le tocsin sonne, la guerre est déclarée. Les hommes doivent partir. Pourtant un ennemi, un allemand, désire rester. Dompteur, il veut sauver ses lions et ses tigres. 

Le maire est d’accord mais il devra vivre tout là haut. là ou on cultivait la vigne, isolé de tout. 

Une maison entourée de foret ce sera son gîte. 

 

Un siècle plus tard, Lise, ancienne actrice, choisit des vacances à la nature. Grâce à l’ère du numérique, elle a pu découvrir ce ilot de paix, coupé du monde car aucun réseau ne passe là haut. Frank son mari, producteur, l’accompagne mais en grommelant. 

Quand ils arrivent dans ce lieu totalement isolé, Lise est ravie, c’est que ce qu’elle voulait. Etre loin des autres.

Frank lui, quand il constate qu’il n’y a pas de réseau meme Wi Fi, devient opressé. D’autant qu’il a des problèmes avec ses jeunes associés donc il doit absolument les joindre. 

Le couple s’installe mais Frank au contraire de Lise ne peut dormir. La foret dans les ténébres cela l’angoisse. Les bruits de bêtes l’inquietent. 

 

Et dans la nuit, il rencontre le chien-loup, qui va tout changer. 

 

 

« Les fenêtres étaient toujours ouvertes, mais le dehors désormais ne produisait plus le moindre bruit. Dans cette paix revenue, il s’assoupit, c’était une révélation pour lui de sentir cette chambre communier avec les grands espaces dans le même éther, c’était aussi troublant et doux que de s’endormir à la belle étoile »

 

 

Dans ce roman, Serge Joncour, rend hommage à toutes les femmes qui ont du continuer à vivre sans les maris en temps de guerre.  Elles ont du prendre en main toute la destinée de la communauté. Effectuer le travail des hommes. Elles n’avaient pas le choix.  Quelle admiration ! Quel amour à travers les mots où il les fait revivre. 

 

« Rien ne les effrayait, travailler quinze heures de rang ou ne pas dormir, passer les sangles pour tracter, laver le linge, cuisiner et semer, ici au village rien ne leur paraissait insurmontable à ces femmes. Sinon d’entendre gronder les lions, avec la hantise de devoir un jour les affronter. »

 

Et puis, la nature, qui nous semble si hostile nous les humains. La peur de la vie sauvage.  La crainte des animaux . Serions nous prêt à redevenir sauvage nous même. C’est là tout le sujet du roman. Quelle est la frontière entre l’homme et l’animal ? A quel moment, cela peut il basculer ?

 

Serge Joncour, nous emmène là ou il veut. Il nous trace des chemins hostiles. On appréhende la fin et elle tout autre à ce que l’on imaginait. 

 

« Il comprit deux choses, premièrement qu’il était possible de mystifier ce chien, tout observateur qu’il soit, cet animal gardait une once de crédulité dont on pouvait abuser. Mais surtout, il comprit que ce chien attendait de lui quelque chose, et ce n’était absolument pas de jouer ensemble. »

 

 

Un excellent roman qu’il faut je le répète absolument lire.

 

 

 

 

 

Posté par winniethepooh à 09:08 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
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