20 juin 2017

Bien des ciels au-dessus du septième de Griet op de Beeck

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« J’ai trente six ans. Je me demande si les gens tirent de leur vie des enseignements. Il m’arrive de penser que je fonce chaque fois vers le même mur et que ma tête s’y heurte de plein fouet. Parfois, j’ai un autre avis. C’est ce qui s’appelle vivre d’espoir ».

 

 

 

C’est un roman qui se déroule en Belgique mais cela pourrait être à tout autre endroit.  En Flandre plus précisément mais cela pourrait être dans une autre région. Les personnages ressemblent à nous à vous dans la recherche de ce bonheur qui nous démange, parfois difficile à agripper.

 

 

Trois générations qui vivent le quotidien et qui se cognent à la joie et aussi la tristesse.

 

Eva travaille dans une prison comme aide sociale. Trentenaire, célibataire. Elle se demande pourquoi personne ne veut d’elle. Elle croit en la bonté des gens : c’est cela qui la maintient debout.

 Elle adore sa petite nièce Lou qui se confie à elle. Petite Lou en butte à la méchanceté des autres adolescents car une certaine Vanessa la snobe. 

 

Sa maman Elsie est mariée avec un médecin qui est le plus souvent absent.  En plus de Lou, elle est maman d’un garçon. Elsie grande soeur d’Eva tourne en rond dans son couple. Alors quand elle rencontre Casper un peintre qui lui est présenté par Eva, elle pense que tout peut changer. 

 

Le père JOs est un alcoolique et sa femme Jeanne ne cesse de le tancer sur cette propension à la diVe bouteille. Personne ne connait le terrible secret de JOs et cela le ronge vis à vis de son frère. 

 

 

Trois générations qui vivent leur quotidien  et il ressemble tellement au nôtre. 

 

« Je regarde dehors, j’aime les couleurs du crépuscule. Casper sait admirablement les décrire, il dissèque toutes les nuances et le formes comme seul un peintre peut en voir l’utilité. » 

 

 

Un très beau roman qui parle des petits moments qui se succèdent dans la vie et la tentation d’en extirper la poésie qui les compose. Un roman tendresse entre le rose et le gris. 

Très belle découverte.

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01 juin 2017

Une enfance américaine de Annie Dillard

« Vous aussi vous vous le demandez parfois, comme moi, mais cela n’a pas d’importance. Car l’essentiel n’est ni vous ni moi, ni ce que nous aurions pu être, ni ce que nous aurions pu devenir.  Ce qui compte, c’est que nous prenions conscience de ce qui nous entoure, que nous découvrions un lieu, que nous trouvions un globe en orbite, sur lequel nous pencher, réfléchir et sauter. Ce qui importe, c’est le moment où une vie s’ouvre, où nous sentons qu’elle touche - avec un sifflement électrique et un cri- notre monde actuel, cette sphère minérale, ocellée »

 

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J’ai longtemps tourné autour des livres d’Annie Dillard dans la librairie, hésitation. Ils chuchotaient : on est là oui on est là. Pour me décider à choisir une enfance américaine. Flute, j’aurais du m’emparer de tous car quelle rencontre ! 

 

 

Annie Dillard a vécu à Pittsburgh durant son enfance et adolescence dans les années cinquante. Née dans une famille très aisée, son père étant fils d’industriel, mais élevée d’une façon très moderne pour l’époque. 

 

Son père adorait le jazz et un jour il décide de descendre en bateau vers la Nouvelle Orléans. Il n’y est jamais arrivé, s’arrêtant trop souvent en chemin et sa femme lui signifiant qu’elle en avait un peu assez d’être seule. Cela vous situe la figure paternelle. 

 

Sa mère, elle, femme au foyer, adore les beaux objets tel un mobile de Calder. Dans les années cinquante cela devait être peu courant. De plus, cette dernière aimait les calembours et jeux de mots et aménager les pièces de sa maison continuellement.

 

Elle sera l'ainée d'un trio de filles. 

 

De ses vacances d’enfant, elle nous raconte, le lac où son oma faisait la planche avec délice, ses grands-parents y possédant une maison. 

 

Sa mère lui laissant une grande liberté, ce qui est incroyable pour l’époque, elle explorait la ville juchée sur son vélo. Chaque grain de poussière pour elle, lui permet d’essayer de comprendre la vie. 

 

Ses premières lectures furent des livres naturalistes doublées de ceux traitant la société américaine. Née après la guerre, étonnement les enfants lisaient énormément de récits sur le nazisme et les combats. De plus, ils étaient soumis à des fausses alertes comme exercice. 

Ce n’est qu’à l’adolescence qu’elle s’intéresse  à la poésie et les romans venus d’Europe. 

 

Gamine de curiosité insatiable, elle collectionne les minéraux, joue au baseball. Toute petite, elle découvre qu’en tirant la peau du bras de ses parents, cela forme un cône. Elle dessine les détails que son regard à croisé. Et n’échappant pas à la société où elle est née, elle suit des cours de danse et participe à des rallyes à l’adolescence. 

 

 Elle aurait pu accepter de vivre comme ses compagnes une vie bien établie mais dès le départ, ses parents ont considéré que c’était elle qui devait la composer bien qu’à l’adolescence, ils se demandaient ce qu’ils allaient faire d’elle. 

 

Lire Annie Dillard c’est comme une ouverture. Un souffle de liberté. C'est inexplicable. 

 

Le livre qui a changé ma vie ? Maintenant je possède la réponse. 

 

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24 avril 2017

Bruxelles à contrejour de Catherine Deschepper (nouvelles) et Martine Henry (photo)

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Si vous soufflez doucement sur les pages de ce magnifique livre, quelque poussière d’or volera peut-être vers le ciel. 

 

Travail remarquable associatif entre une photographe  Martine Henry et une écrivain Catherine Deschepper.

 

 

D’un cliché noir et blanc il n’y a qu’un pas vers la magie des mots qui nous fait valser au milieu de la piste de vie de femmes et d’hommes que l’on pourrait croiser dans le Parc Royal., sur le bord d’un trottoir, dans le quartier africain etc. 

 

Malheur, bonheur se mélangent et les fées ou farfadets ne sont jamais loin. Il y a même des chaises qui pensent. Je vous le disais que c’était magique.

 

 

J’adore ce livre car il raconte Bruxelles et ceux qui arpentent ses pavés. J’adore ce livre à travers ses photos. J’adore….

 

 

Prenez une pause, respirez doucement, regardez les gens qui déambulent. Bruxelles vous semblera toute autre. Mais chuuut, ne réveillez pas les démons. 

 

 

« « Je suis un farfadet égaré. Dans un parc. 

Domestiqué ? En tous cas, échoué au pied d’une haie bien taillée., par des êtres orage fluorescent, qui piétinent machinalement  leurs mégots sur les feuilles coupées.

Ici, les gens passent, vite, courent ou s’arrêtent devant des bois qui poussent étrangement à l’horizontale. Des bancs. Publics. Sur lesquels ils s’installent. A leur rythme. 

J’écoute. »

 

 

« Zinneke, je suis. En Bruxellois : un chien bâtard, un sans-race, un mélange à caniveaux. La richesse présupposée de la multiculturalité. »

 

 

 

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20 avril 2017

Le Saut oblique de la truite de Jérôme Magnier-Moreno

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Un livre où s’éparpillent les couleurs. Un livre qui pétille de malice et de poésie. Un livre merveille.

 

 

Jérôme Magnier-Moreno, peintre de son état,  a mis dix années pour écrire ce premier roman qui je l’espère  ne sera pas le dernier.

 

Un jeune homme qui part pêcher la truite en Corse, plus particulièrement le long du GR20. Il a rendez-vous avec Olivier qu’il avait rencontre à l’école d’architecture. Olivier qui était anxyogène à l’enseignement et qui préférait mener ses tongs sur d’autres chemins.

 

 

« C’est lui que je dois rencontrer près de Corte, car énergumène pour qui j’ai la plus grande affection parce qu’il y a, sous le tissu de névroses qui l’enserre, quelque chose de vaste, de beau et de bleu. Comme une aspiration non négociable à la liberté ».

 

 

D’Olivier, il n’en rencontrera pas le regard car il n’est pas là le jour dit. Alors tant pis, le jeune homme s’en va à la rencontre de la truite. Olivier arrivera peut-être.

 

« A milieu du paysage corse, soudain mon long fil vert fluorescent de pêcheur à la mouche se courbe et se contre-courbe, danse, se pose quelques instants sur l’onde avant de s’agiter dans les airs à nouveau. »

 

Le jeune homme quittera la Corse sans avoir vu l’ombre de son ami. 

 

 

Ce petit roman contient tout le temps qui passe, les paysages de la Corse où les yeux du peintre découvre le détail coloré, le senteurs, les rencontres, l’amitié, un peu de tout, un peu de rien. 

 

Le saut oblique de la truite titre du roman a été puisée dans les eaux d’une nouvelle de Hemingway « La grande rivière au coeur double ».

 

« D’ailleurs, il n’y a qu’à l’écouter, la Rivière, Elle me parle, je l’entends par l’éloquence de son discours fleuve. »

 

 

Un livre qui offre le bonheur et l’ivresse de la liberté. 

 

 

 

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18 avril 2017

Un clafoutis aux tomates cerises de Veronique De Bure

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« Pourquoi est-ce que j’écris tout ça, au soir de ma longue vie, déroulant, le fil d’une existence banale ? Est-ce le besoin de ne pas m’éteindre complètement après que l’on m’aura fermé les yeux ? Ce n’est pas de mon âge de me pencher comme ça sur moi, d’écrire ma vieille tête et mon coeur usé. Ce sont les jeunes filles qui tiennent un journal, pas les vieilles dames. Je n’ai plus d’histoires de coeur à y coucher, je ne fais qu’y radoter, que pourrais-je faire d’autre. Ils vont bien se moquer ceux qui trouveront ce cacher après ma mort ». 

 

 

 

Jeanne a 90 ans et décide de décrire les jours qui passent durant quatre saisons. 

 

Elle se souvient de la jeune parisienne qu’elle était qui devien l’épouse de René originaire de la région de Vichy. Ils y vécurent quelques années avant de retourner dans la maison familiale , à Liernolles,  où ils vécurent avec leurs deux enfants et la satanée belle-mère qui critiquait tout de sa belle fille mais qui ne levait pas le petit doigt pour l’aider. 

 

 

Elle est veuve à présent et vit toujours dans cette maison isolée à la campagne dont les plus proches voisins sont des fermiers Fernand et Marcelle. Ils n’ont jamais quitté leur bout de terre sauf pour aller dans une ville voisine jouer à la belote partant dans la deux chevaux, Marcelle au volant. Elle sourit en repensant à la rencontre de Fernand et Marcelle. Ils se contaient fleurette dans une autre deux chevaux sous l’oeil sévère de la mère de Fernand. 

 

 

Jeanne regarde le temps qui passe. Rejoint quelques amies pour jouer au bridge mais elle appréhende de plus en plus de prendre le volant. La nuit elle ne veut absolument plus conduire. 

 

 

Tous les gadgets électroniques ou autre, il ne faut pas lui en parler. Elle n’y comprend rien et d’ailleurs, cela ne l’intéresse pas. Le temps où le facteur déposait des lettres attendues avec impatience est bien périmé. A présent, on s’écrit en SMS déjà qu’elle ne sait pas comment son GSM fonctionne. 

 

Une fois par semaine, Angèle vient faire le ménage car elle n’en est plus capable. Mais cuisiner, cela reste essentiel surtout quand les enfants, petits-enfants et arrière-petits enfants débarquent. 

Quand ils repartent, elle se sent mieux car vivre à leur rythme, c’est épuisant. D’autant plus que sa fille amène son chien qui fouille les poubelles. 

 

Elle ne marche plus allègrement Jeanne, elle s’aide d’une cane pour parcourir son jardin, humer le parfum des fleurs, découvrir que les lapins lui ont bousillé ses parterres. Elle prépare une soupe pour midi, fait ses mots croisés, s’endort dans le fauteuil et sa mémoire défaille parfois mais si peu comme le jour où elle avait préparé son fameux clafoutis pour recevoir ses amies. Mais Jeanne avait confondu les tomates cerises avec les cerises. Quelle surprise lors de la dégustation.

 

 

Le printemps s’est éveillé, l’été fut chaud et orageux, l’automne et ses belles couleurs, l’hiver accompagné de froidure, le printemps peut renaitre. 

 

 

Un clafoutis aux tomates cerises ressemble à un gros Gâteau dont on savoure chaque part sans en vouloir la fin.

 

Très beau portrait si doux de Jeanne. On aimerait s’asseoir à ses côtés et regarder passer le temps et ne pas avoir peur de vieillir.  

 

 

 

 

« Apparemment, c’est devenu à la mode de se faire brûler. Eh bien tant pis, je ne serai pas à la mode. D’abord, je veux une belle messe. Ensuite, je veux qu’on me mette en terre, pas sur un bûcher. Qu’on m’allonge doucement dans une boîte en bois et qu’on m’y laisse reposer en paix le temps qu’il faudra, auprès de René. Je ne veux pas qu’on me réduise en cendres pour me fourrer dans une urne qui ne ressemble à rien ». 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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04 avril 2017

Outre-Mère de Dominique Costermans

outre mère

 

 

Nul n'est prophète en son pays, l'adage est bien connu. Depuis toujours je freine quand il s'agit de lire des auteurs de mon pays comme si la belgitude diminuait leur talent littéraire. C'est idiot je sais. Alors comme ce roman était dans la liste des 68 premières fois, j'ai plongé et touché, j'ai adoré. 

Donc je partage ce bonheur de lecture dans le cadre du mois belge d'Anne et de Mina.

 

Lucie est à l'âge de faire sa communion. Son père comme de bien entendu lui présente des images pour illustrer cet événement. Elle doit choisir celles qu'elle préfère afin de les offrir. Curieusement derrière l'une d'entre elles un nom et prénom : Hélène comme sa maman mais le nom n'est pas Lambert mais Morgenstern. Intriguée, elle questionne sa mère qui lui répond évasivement. A sa réponse Lucie voit bien qu'Hélène est troublée. 

 

En 1996, coup de téléphone d'Hélène annonçant à Lucie que sa mère est morte. Point final. Lucie va se rendre dans la maison de retraire non loin de chez elle et comprendre que Suzy sa grand-mère vivait là depuis vingt cinq ans sans qu'elle le sache. 

Dès lors Lucie va vouloir comprendre malgré les silences de sa mère sur son passé.

Petit à petit elle va dérouler le fil.

Charles Morgenstern était un juif, collabo durant la guerre. Avec sa femme Suzy, ils ont deux enfants : Helène et Misha. Charles oblige Suzy a abandonner ses enfants et de se rendre en Allemagne ou alors il dénonce les juifs de sa famille. Misha ne survivra pas à cet abandon. Helène va être confiée à une tante Ines qui a également élevé Suzy. 

Charles s'installe chez sa maitresse dont il aura  une fille. Et le vent tournant mauvais pour lui il s'enfuit en Allemagne.

Hélène va perdre son nom de Morgenstern pour Lambert car Ines et son mari vont adopter la petite fille. 

Durant les vacances, Lucie et ses parents se rendent en Savoie chez Sitelle. Lucie adore Sitelle mais elle va vite comprendre lors de son enquête qu'elle n'est autre qu'une troisième femme de Charles dont elle a eu aussi une fille. 

Et comble de tout, Charles vit non loin de là avec une quatrième femme qui a eu bingo décidément une fille. Ses convictions sont toujours les mêmes : fasciste, admirateur de Degrelle etc etc. 

Lucie plonge dans les peurs  de sa mère. Sa quête de la vérité est dictée pour délivrer Helène mais y arrivera t'elle ? et se délivrer elle -meme.

 

Admirable récit de ces secrets qui ont plombé la vie de femmes et d'hommes durant toute leur vie car il fallait se taire sur la honte d'avoir des parents collabos ou se taire sur la honte d'avoir réchappé des camps et d'être vivant. Les secrets de famille  il n'y a rien de pire. 

Lucie va puiser dans les archives, dans le quelques souvenirs maternels et dans la transcription du procès de Charles Morgenstern condamné mais sans être la puisque bien planqué. 

Une auteur a découvrir ...

 

 

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23 mars 2017

Coeur-Naufrage de Delphine Bertholon

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Comment vous décrire l’émotion ressentie en lisant ce plus que merveilleux roman ? Mission impossible car je devrais vous raconter ma vie et tous les pleurs qui se sont déversés dans le coeur à sa lecture. Ce roman que l’on espère à chaque fois, ce roman qui va vous faire comprendre. Il a fait cling. Mais là n’est pas le propos. Tout commence par un jour d’été. 

 

« Si notre relation me protège, me masque, m’évite de prendre le risque d’aimer réellement, je tiens pourtant à lui de diverses manières. J’ai pleuré pour lui, plusieurs fois. A une époque, j’ai même pensé qu’il plaquerait tout pour moi, qu’ensemble nous bâtirions un monde rien qu’à nous, sur les vestiges fumants de son couple disparu. Mais depuis l’origine, je suis amoureuse de N que par intermittence et, au fil du temps, les phases de désamour deviennent plus longues. »

 

Si la chaine de son vélo n’avait pas déraillé, si elle n’avait pas pris le chemin de la plage, Lyla n’aurait peut être jamais rencontré Joris le surfeur.

 

Deux êtres perdus qui se croisent. La mère de LYLA, est photographe, genre mère toxique. Elle ne pense qu’à plaire et prend sa fille en otage pour réaliser ses clichés, une véritable intrusion dans la vie privée de sa fille de 16 ans qu'elle expose dans les galeries.

Joris n’a plus de mère, renversée par une voiture lui a t-on expliqué. Son père l’a élevé à coup de cris et de baston mais il a appris à se taire et à vivre seul dans la maison quand l’alcoolique disparait pour quelque temps. 

 

« J’ai une vie, d’accord; mais cette vie m’a toujours semblé hors-sol, comme un jardin artificiel. D’abord j’ai grandi sans mère, ce qui constitue en soi une aberration. Depuis la nuit des temps, grandir sans père est une chose commune. A l’école, j’avais beaucoup de copains qui n’avaient pas de père. Les pères sont pareils aux oiseaux : ils migrent. Mais comment simplement exister quand on n’a pas de mère ?

J’ai été élevé par le plus grand de tous les migrateurs ». 

 

L’amour prend Lyla sous son aile, Joris peut être un peu moins mais le résultat est que  Lyla est enceinte. Elle va écrire une lettre à Joris dont elle recevra  une réponse qu’elle voulait toute autre. Elle va supporter les cris de sa mère qui ne veut pas devenir grand-mère  because fuite de la jeunesse. Elle portera ce bébé et accouchera d’un garçon qui sera né sous X. Elle lui laissera une lettre pour lui expliquer quand il sera en âge de comprendre. Juste une petite trace d’elle sa maman biologique. 

 

« Je ne l’ai pas vu, l’enfant. Pas vraiment. Je l’ai seulement entendu crier. Je me suis évanouie après » 

 

Dix sept ans plus tard, Lyla est traductrice dans l’édition, maitresse d’un homme marié. Elle flotte dans sa vie. Elle promet à son père qui a une nouvelle compagne  de venir mais elle ne se décide à rien. Sa meilleure amie se nomme ZOé, énergique en diable. 

 

« Je réalise aujourd’hui que j’ai quitté des gens qui m’aimaient trop pour des gens qui ne m’aimaient pas assez, sans jamais rencontrer celui qui m’aimerait comme il faut. Sans doute est ce ma faute, mais je ne sais pas pourquoi"

 

Joris est devenu Kiné. Amoureux fou de sa femme Camille et de leur petite Violette. Son père vient de mourir, il doit se rendre près de la plage pour mettre de l’ordre dans son ancienne maison. Il va retrouver la lettre de LYla. Lui envoyer  un texto  et…..

 

 

Le roman est un duo entre Lyla et Joris arrivés à l’âge adulte et les souvenirs de leur jeunesse, de leur rencontre, de leur vie. Le présent peut il transformer le passé ? Vaste question...

 

Je n’ai qu’un souhait, que vous le lisiez. Ce n’est pas une pépite, c’est une perle.

 

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20 mars 2017

Les carnets de Montréal de Catherine Pont-Humbert

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« C’est le portrait d’une ville qui est ici proposé; portrait dessiné par le prisme de la vie culturelle et c’est un carnet de voyage, au sens où le voyage est un déplacement  de l’esprit et une initiation. »

 

 

Catherine Pont-Humbert n’est pas canadienne mais française. Etudiante à la Sorbonne, elle prend un vol pour Montréal rejoindre son amoureux et découvre le Quebec à l’arrière d’une Harley Davidson.  Elle se prend d’amour pour  la littérature québéquoise. 

 

Quelques années plus tard, munie d’une bourse, elle y repart pour un séjour de deux ans. 

 

Elle a voulu partager son amour pour cette ville à travers ce livre non pas en racontant sa vie à Montreal   mais celle de personnalités Montréalaises qui font toutes parties du monde des arts et de la culture qu’elles soient canadiennes ou non, Montréalaises ou non, francophones ou non. 

 

Découvrir Montréal à travers leur vécu et leur regard. Ils l’emmènent dans un lieu de Montréal qui leur est propre. A travers ce lieu, ils s’identifient à Montréal.

 

Etonnement, elle choisi l’hiver pour les rencontrer et les écouter.

 

Le carnet est composé des pensées de l’auteur, de ses rencontres avec les personnalités telles Dany Laferrière, Michel Dallaire, Michel Goulet, Louise Forestier, Ariane Moffat, Denise Desautels, Carole Laure etc vingt témoignages de cet amour qu’ils portent à Montréal. Les lieux sont photographiés par Richard Marx-Tremblay et Alex Tran. Le livre contient en prime les cartes de ces lieux au milieu de Montréal. 

 

« Désormais, lorsque je refais ce chemin- je ne m’en lasse pas, sans doute parce que cette marche est l’une des premières que j’aie faites à Montréal lors de mon lointain premier séjour- je n’oublie jamais d’agrandir le regard encore un peu plus afin d’intégrer dans mon champ de vision la croix qui brille au loin comme un joyau au sommet du Mont Royal ». 

 

Il est beaucoup question du clivage qui a existé entre francophones et anglophones chacun vivant séparés, ce qui a l’heure actuelle n’est plus le cas sauf un quartier d’irréductibles anglophones qui ont décidé de ne jamais parler français car Montréal est une ville composée de quartiers, de villages pourrait-on dire. 

 

La chappe de plomb imposée par l’Eglise durant des années est également évoquée. Ce temps est révolu heureusement où les femmes n’avaient comme mission que de mettre de nouveaux canadiens au monde. Cette pression sur les femmes a entrainé un très grand mouvement féministe. Les Montréalaises sont perçues comme très indépendantes.

 

« Quand ils ne sont pas à l’étranger, Denis Marleau et Stéphanie Jasmin quittent Montréal à la fin de la semaine, traversent le fleuve par le pont Champlain et partent à la campagne. Depuis plusieurs années, faire cette traversée, est devenu une nécessité. Ils ont la chance d’avoir une vraie campagne, un autre champ vide aussi important que la ville et qui les plonge dans un tout autre paysage. Il y a, d’un côté une campagne très champêtre (une des qualités de Montréal, est d’être proche de la campagne) et, de l’autre une urbanité assumée et forte ». 

 

Montréal est une ville considérée européenne et nord-américaine. Elle vit dans sa mixité visuelle tout autant qu’humaine car Montréal est ville de migrants. On y parle soixante langues différentes. 

Le français devra-t-il résister ? Impossible à dire. 

 

« Emile Nelligan, le poète, en avait fait « une ville d’argent au collier de neige ». Mais quand Montréal plonge dans la neige, prise dans le froid et la glace, elle retourne à la sauvagerie des grands espaces et oublie les hommes. »

 

Lors de la conclusion de ces carnets, l’auteur se fait la réflexion que personne n’a évoque les Amérindiens. 

« L’existence des Améridiens était une plaie dans l’imaginaire collectif. Et pourtant avant que Montréal, n’existe, le village d’Hochelaga-découvert par Jacques Cartier  en 1535-était bien occupé par des autochtones. »

 

Mais les temps change et après avoir durant des décénnies tenté de gommer la culture indienne au profit de la canadienne, on réactive la mémoire collective.

 

Autre sujet très peu abordé : l’indépendance du Québec.

 

« J’ignore s’il faut intérpréter le silence  sur le sujet de l’indépendance  comme le signe d’un renoncement, mais je sais qu’il y a peu encore, il était impossible de séjourner une semaine à Montréal sans qu’une conversation l’aborde »

 

 

Si vous aimez la culture sous toutes ses formes, que Montréal vous fait rêver, les carnets vous emporteront sur des chemins de toutes formes. Au contraire de nos villes européennes l’art n’est pas cloisonné. Un artiste peut être tout aussi bien être peintre qu’acteur de cinéma. Il n’y a pas la rigidité européenne qui tend à placer chacun dans une case bien établie. 

 

 

 

Montréal mélange de passé et de futur avec ses contradictions. Montréal traversée par le Saint Laurent et dominée par le Mont Royal. Montréal qui longtemps fut léthargique mais qui bouge en ce XXième siècle. 

 

Montréal. 

 

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16 mars 2017

Marx et la poupée de Maryam Madjidi

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Depuis que je l’ai refermé, il faut que je me pousse pour me décider à en parler. Comme une envie de le garder contre mon coeur et d’y coller des rêves.

 

On pourrait parler d’un coup de coeur mais c’est plus que cela. 

 

 

Je me lance…

 

Maryam n’est encore qu’une petite chose dans le ventre de sa mère, qu’elle perçoit déjà le son de la révolution en Iran. Sa mère enceinte, pour échapper à la mort, se jette par une fenêtre. Elle en réchappe et Maryam également bien agrippée et décidée à naitre.

 

Ses parents sont communistes et combattent ce nouveau régime créé sur la peur mais peu à peu ils réalisent que la seule solution est de partir. Le père rejoint la France en premier. Maryam n’oublie pas ce jour où elle a vu ses parents enterrer leurs livres tout comme elle va enterrer ses jouets pour les retrouver le jour où elle reviendra. 

 

Il est temps de rejoindre le père. Le voyage semble compromis quand un garde de l’aéroport confisque le passeport de la maman car une mèche de cheveux dépasse de son voile. Maryam va se mettre à hurler et chance, le garde s’émeut. Elles peuvent rejoindre la France.

 

L’exil et la découverte de leur nouvelle maison : une seule pièce au sixième étage d’un immeuble. Les toilettes sur le palier.

 

Nouvelle langue, nouvelle école. Maryam ne parlera pas tant qu’elle ne pourra pas leur démontrer qu’elle parle aussi bien qu’eux, les français.

 

Nouvelle nourriture, nouvelles habitudes, nouvelle vie. Comment grandir loin de l’Iran, de ses senteurs, de sa grand-mère, de ses origines….?

 

Conflit avec le père qui veut qu’elle n’oublie pas le persan, sa langue maternelle. La jeune fille refuse, elle est si loin de ce pays. Elle finira par céder.

 

Premier voyage en Iran. Bonheur de retrouver sa famille et surtout de revoir sa grand-mère. Elle ne veut pas repartir. On lui explique qu’elle est folle, que l’avenir n’est pas ici pour elle. Elle de la chance de vivre dans un pays libre et elle veut s’enfermer sous un tchador. Il n’en est pas question. Elle retourne en France. 

 

 

Le roman de Maryam Madjidi est une pure merveille. Elle y a glissé ses rêves mais également ceux de ses parents. On vole au-dessus de ses mots, planant  entre  des contes et de la poésie. On croit en la bonté des fantômes qui lui parlent. Elle nous crie ses vérités pour effacer sa double identité. Elle nous cisaille le coeur à travers le regard d’un enfant exilé par la bêtise des adultes. Rouge, noir,rose, blanc, gris, bleu; une palette de couleurs innombrables dansent sur chaque lettre. 

 

Un livre d’exil, un livre de non oubli. Vous n’en sortirez pas indemne de cette lecture.

 

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28 février 2017

Chère Brigande de Michele Lesbre

brigande

 

 

Attirée dans une soirée, par une femme seule à la longue chevelure rousse dont personne ne connait l’identité, le jour où elle découvre une sdf à la chevelure rousse, installée devant une boutique, l’écrivain est persuadée que c’est la même personne.  Tentative de communication mais la femme ne répond pas, comme si elle était en dehors de toute cette société qui l’entoure. Libre d’être ce qu’elle désire.

 

Un jour  la femme a disparu juste une inscription « où es tu Marion » sur le mur où elle s’adossait. Pour continuer cette rencontre , partir à la recherche de la rebelle rousse Marion du Faouët, là bas à Quimper où elle fut pendue en 1755. Marion pour s’accrocher au vent face à la pesanteur. 

 

« Puis elle a disparu. il m’a semblé qu’avec elle disparaissait cette mise en garde qu’elles représentaient, elle et toute cette humanité échouée sur les trottoirs de la ville. Nous aurions un jour des comptes à rendre ».

 

 

Suivre les traces de Marion dans les rues de Quimper, suivre les traces de ces moments du passé accompagnée du souvenir d’une histoire intime. 

 

Marion la rebelle qui ne voulait pas apprendre à lire ni écrire. Marion qui préfère s’amuser. Tu vas rencontrer Henri l’homme de ta vie. Mariage, enfants. Cela ne t’empêchera pas de créer ta bande de brigands pour venger les pauvres que le riches piétinent de leur mépris. Ta liberté on la pendra au bout d’ une corde. Tu ne rentrais pas dans les normes, pourquoi s’embarrasser d’une telle femme ? 

 

 

 

Michele Lesbre écrit une longue lettre à Marion Du Faouêt, lui rappelant la vie qu’elle a menée du temps où la Bretagne hurlait  famine. Elle lui raconte son face à face avec cette SDF qui ne peut être qu’un lien entre elles. Ces autres femmes qui ont lutté pour vivre comme elles l’entendaient. Ces femmes qui se sont insurgées contre  le rôle que les hommes désiraient les voir endosser.

 

« J’avais six ans quand les femmes ont pu voter pour la première fois, en 1945 ! Le droit à l’avortement ne sera reconnu qu’en 1975, grâce au courage de Simone VEIL qui le défendit sous les huées de nombreux parlementaires. Mais il faut sans cesse veilleur sur nos conquêtes, elles sont fragiles. »

 

Tenter de comprendre ce monde qui s’est changé en ce maelström de misères qui parsèment nos bonnes consciences. Tenter de ne pas désespérer. Tenter de serrer la liberté pour qu’elle s’envole plus haut encore et encore. Ne pas se laisser piétiner….

 

 

Première lecture de Michele Lesbre dans ma vie de lectrice et quelle lecture ! Une lettre sublime qui m’a remuée.  Trouver les mots justes, si difficiles. Un tout petit livre, une pépite. Soyez libre….

 

 Une autre avis la magnifique lettre de Sabine 

 

Posté par winniethepooh à 09:36 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
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