08 février 2019

Kiosque de Jean Rouaud

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Cher Monsieur Jean Rouaud,

 

 

Je vous dois des excuses oh de grandes excuses car je vous ai abandonné très vite sur le chemin des lectures.

En 1990, je tenais votre roman qui avait obtenu le prix Goncourt dans les mains, j’en vois encore la couverture blanche. J’ai mis du temps à l’ouvrir, j’en ai lu le début et puis abandonné. Où est-il ce roman à présent, surement perdu dans mes déménagements. 

1990-2018 et nos chemins se croisent à nouveau. Aurais-je honte de dire que j’ai pleuré en refermant votre nouvelle parution Kiosque. Peu m’importe que l’on me trouve stupide, votre sensibilité, votre humanité, votre manière de regarder les autres m’a tout simplement émue. 

 

Qu’auriez vous penser ou écrit sur la jeune femme que j’étais et qui aurait pu vous acheter un journal au kiosque que vous teniez tout en rêvant d’être écrivain. 

Qu’auriez vous écrit dans votre petit carnet de haïkus ? Jeune femme banale, cheveux courts, balade sa timidité. Mais qui sait, aurais-je osé vous raconter une partie de cette vie que j’ai vécue et que vous n’auriez imaginé et que personne d’ailleurs n’imagine. 

 

Dans le kiosque entre 1983 et 1990, vous avez vendu des journaux en attendant qu’on reconnaisse enfin votre talent. Vous avez croisé des vies de toutes sortes, pochardes, honiriques, artistiques, juives, truculentes, tristes, et vous les avez aimé ces vies. Sans oublier vos comparses P et M qui étaient tout un roman à eux seuls. 

 

Comment imaginer que c’est une photo passée qui a changé le cours des choses ? Une simple photo. Un fil qui se lie et tout devient possible. Oui vous êtes devenu écrivain. 

 

Entre vos pages, vous déchirez l’emballage de votre vie, vous décortiquez les raisons de votre envie d’écrire. A trente six ans vous n’avez aucun futur puisque sans travail vraiment tangible, la société vous considère comme un paumé. Paumé à travers le regard de la société oui mais tellement sensible à tout vie que vous apercevez. 

 

 

A travers ces quelques mots, je voulais vous remercier car c’est le roman d’une jeune femme qui a décidé que mon futur je le voyais tout autrement et la lecture de Kiosque m’a confortée dans ce choix. Une femme, un homme, un bon équilibre.

 

Merci Monsieur Jean Rouaud.

 

« Car la question qu’on pouvait poser aux maitres du temps qui jamais ne s’étaient confrontés au récit étaie cell-ci : comment pouvait-on ignorer le monde à ce point ? Par quel aveuglement narcissique en était-on parvenu à le réduire à un bruit de fond, à une composition de phonèmes. Or je le voyais arriver de partout, le monde, qui par vagues, et certaines lointaines, battait contre notre kiosque du 101 rue de Flandre. Un monde grouillant, multiple, souffrant, vaillant, avec ses cortèges d’histoires à n’en plus finir , et le plus souvent à pleurer <…> »

 

 

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07 février 2019

Les soleils des indépendances de Ahmadou Kourouma

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Si l’ombre d’un mort vous frôle, si vous assistez au sacrifice d’une poule, si vous entendez le mot griot, si vous apercevez des mendiants, si vous voyez ce soleil des indépendances, vous franchissez la frontière du pays décolonisé. 

 

Vous aurez peut être la chance d’apercevoir Fama, descendant royal des Malinke mais  de royal n’en est plus. 

 

Vous achèterez le riz sur le marché préparé par Salimata, femme de Fama. Salimata vous racontera peut être ce jour où elle fut excisée. Elle ne fit pas partie de filles revenant en chantant au village. Elle fut abandonnée dans une case où elle fut violée par un génie qui sait ?

Elle fut mariée deux fois mais le génie et le souvenir rouge sang de l’excision ne voulurent pas de ces hommes. Alors elle s’enfuit, loin très loin et croisa le chemin d’un guerrier Malinke : Fama.

 

 

Fama et Salima portent une grande douleur : aucun enfant. Il parait que c’est Salima qui est stérile. Il parait… Alors avant l’acte, elle danse, elle brûle, elle hurle et Fama n’a plus envie tandis que Salima se désespère. Pourtant elle prie quatre fois par jours, elle salue Allah.

 

Fama lui aussi monte à la pointe du minaret mais ne pas avoir d’enfant le mine également. Il respecte les traditions, il respecte la parole d’Allah. Il assiste aux cérémonies des morts mais rien n’y fait.

 

D’autant que dans ce pays décolonisé, on doit obéir au seul parti le socialisme, obéir à un seul chef unique, obéir obéir. Et lui l’ancien prince parfois rêve aux jours où les colonisateurs étaient là. Parfois… Le pays décolonisé s’appelle famine, chômage, pauvreté. Pourtant selon le soleil des indépendances, la vie allait être belle.  

 

Fama se rend dans son village pour une veillée funéraire. Il n’oublie pas que là bas vit la belle Mariam. Bon le village ne ressemble plus à celui qu’il a connu mais Mariam est toujours là. 

 

Il décide de la ramener en ville avec l’espoir d’un enfant. Bien vite les deux femmes qui doivent cohabiter s’écharpent comme de bien entendu. Salimata ayant peur que Mariam aie le ventre qui grossisse. 

 

Fama n’en peut plus. Il est arrêté soi disant parce qu’il a comploté contre le pouvoir. Des anciennes fadaises mais qui lui reviennent comme un boomerang. Condamné à vingt ansde réclusion. Il pense devenir fou mais libéré par la grâce présidentielle , il décide qu’il ira finir ses jours dans son village, sur la terre des ancêtres. 

 

Il part vers son destin. 

 

« Au large, les pétarades du moteur parurent faiblir et même mourir, ramollies par la pénombre et le frais de la lagune. La ville nègre s’éloignait, se rapetissait, se fondait dans le noir des feuillages de la ville blanche, lointaine encore, indistincte, mais éclatante dans les lumières des lampes. Seuls tranchaient le gris de la lagune et bariolé du ciel. »

 

 

Grand coup de coeur pour cette découverte de l’Afrique grâce aux mot d’Amadou Kourouma. 

Une écriture rapide, de l’humour, de la poésie et le soleil qui brûle à travers chaque page. 

Bien décidée à lire d’autres romans de cet écrivain.

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15 octobre 2018

Où vivre de Carole Zalberg

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Où vivre. Juste un endroit où vivre. 

 

« Nous arrivons de pays épuisés où  notre jeunesse devait chaque jour, s’attacher aux ruines. Les fantômes nous accompagnaient partout, s’agrippaient à nos chevilles, pesaient sur nos épaules , ne nous laissaient même pas rêver. Sans parler des vivants morts, partout autour de nous, vivants, mais morts là bas ne sachant ni revivre vraiment, ni cesser, se taisant, ou parlant trop et seulement de ça, de ce là-bas, où une part d’eux-mêmes continuaient d’être terrifiée, avait peur et froid et mal, à jamais. »

 

Lena la grand soeur est partie la première, remplie d’espoir et de courage. Elle est partie avec d’autres jeunes pour fonder un Kibboutz car le futur est là-bas. Vivre différemment, fonder une nation, voir fleurir les fleurs dans le désert. Sa petite soeur Ana la suivra. 

 

Chacune sa vie. Lena va épouser Joachim, qui travaille du matin au soir, arrachant au sol des fruits. Adorant sa femme mais terrible dans ses colères car les fantômes même là bas viennent vous habiter. Un couple aimant qui aura trois fils, élevés au milieu des autres enfants; de la jeunesse et des rires. 

 

Ana, désirait rejoindre sa soeur mais ses études d’infirmière, l’homme qu’elle rencontre. Où vivre ? En France.  Et puis il y a Nathalie et Marie. Ils iront avec les petites les voir en vacances.  Leurs parents sont bien partis vivre à Tel Aviv.  Lena aimerait tellement rassembler les siens autour d’elle mais elle comprend le choix de sa petite soeur et même l’incite à rester en France. 

 

 

« Mais nous irons les voir, ma soeur adorée, son époux aux traits de prophète et leurs fils magnifiques, dès que nous en aurons les moyens. Nous irons les voir et une petite voix en moi me souhaite de ne pas, alors être envahie de regrets »

 

Les trois fils de Joachim et Lena sont pétris de contradiction dans ce pays continuellement en guerre. Et ce service militaire qu’ils doivent accomplir, le plus jeune Noam, en souffre trop. 

 

Alors où vivre ? En Amérique ? En Israel ?  Les circonstances de la vie en décident.  Oublier les fantômes qui hantent la génération d’avant.  Essayer de comprendre la complexité de leur Etat.

 

Marie et Lena, rencontrent trop peu souvent leurs cousins, juste quand ils se rendent là bas où Marie petite s’ennuie un peu. Elle s’y rendra toute seule en été, l’été de ses 18 ans.  

 

Joachim décédé en 1986 suite à l’absorption de tous les produits chimiques qui arrosaient les plantations. Lena reste  au kibboutz.  

 

L’assassinat de Rabin sera un choc terrible pour Lena et ses fils. Ana en pleurera pour sa soeur. Marie choquée mais trop prise dans sa vie de jeune maman. 

 

Lena pensant qu’en fait, l’endroit où vivre aurait été vain. Tous ses efforts pour en arriver là. Pourtant sa vie elle ne la verrait pas autrement. Heureusement Joachim n’est plus là. Il aurait été désespéré. 

 

Trente ans plus tard, Marie retrouvera les siens pour comprendre, retrouver les liens entre cousins, tenter de saisir cette terre où les descendants d’exilés polonais ont fixé leur horizon. 

 

Bien entendu Marie qui raconte, c’est la voix de Carole Zalberg. 

 

Dans ce splendide roman familial mêlant la parole de chacun, et chacune on décèle que le poids de la Shoah s’efface  mais qu’elle  ne peut jamais être oublié même par la jeune génération.

On décèle toutes les contradictions qui s’imbriquent dans l’Etat d’Israêl.  Les dirigeants actuels n’ont plus les mêmes idéaux que Joachim et Lena.  

 

 En lisant Charlotte Delbo ce matin, je pensais à Où vivre qui m’avait entrainé vers la lecture de Charlotte. Il y a tant d’amour dans l’écriture de ces deux femmes. Difficile à expliquer car le sujet n’est pas le même, l’écriture est totalement différente  et pourtant certaines phrases se rejoignent et se collent.

 

 

Un magnifique roman écrit par une femme lumineuse du nom de Carole Zalberg.

 

J'espère que j'ai trouvé les mots pour que l'envie vous vienne à le lire ce roman. J'aimerais tellement. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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12 octobre 2018

Roissy de Tiffany Tavernier

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« Quand transie de froid, je pousse la porte des aérogares, le hurlement de leurs réacteurs résonne encore en moi. Et comme je l’aime, ce boucan. Il me lave »

 

Elle vit à Roissy depuis des mois. Elle ne sait pas qui elle est, ni d’où elle vient. Elle sent en elle qu’il s’est passé un drame dans sa vie mais cela revient par bribes.

 

Alors elle marche, marche et marche encore au milieu des voyageurs. Elle invente qu’elle part en voyage. Elle s'invente des destinations. Elle a bien remarqué cet homme qui attendait le vol venant de Rio et qui restait seul après le passage de tous ceux qui reviennent.

 

Elle vole des vetements, des valises, de la nourriture. Il faut qu’elle change d’aspect pour que les vigiles ne la repère pas. 

 

Elle ne veut pas ressembler aux SDF qui puent et qui lui font un peu peur. Vlad, Liam qui lui fait lire son journal délire, Josias qui est amoureux d’elle et tant d’autres. Ceux qui se cachent dans les sous-sols. Elles les aime et les craint en même temps.

 

Elle fait partie de ceux qui n’ont plus rien et cela l'arrange. 

 

Mais celui attendait le vol de Rio la retrouve et lui déclare qu’il l’a cherchait. Elle fuit d’abord. Il la retrouve ànouveau et s’imagine qu’elle aussi a perdu un être aimé dans la catastrophe aérienne de ce vol. Lui, il y a perdu sa femme et il attend, il espère voir sa silhouette portant ce manteau bleu. Elle lui ment puisque de toute façon elle n'est plus rien dans sa mémoire.

 

Et tout va changer.

 

« Pour eux, comme pour moi, ce monde est notre dernière chance. Le quitter ne serait-ce qu’une seule fois, ce serait renoncer à tous les voyages, à toutes les identités, perdre, en somme, le peu de matière qu’il nous reste, rompre définitivement le fil qui nous tient encore en vie, briser la magie par laquelle chacun de nous ici s’invente hors de la violence du monde. »

 

 

Ne passez pas à côté de ce roman. Il va vous happer et vous en sortirai un peu déséquilibrée. 

 

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11 octobre 2018

Nirliit de Juliane Léveille-Trudel

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« Ils ont quitté  leur réserve ou leur village, ils ont abouti n’importe comment sur le ciment de Montréal, Winnipeg ou Vancouver, ils confortent les gens occupés dans la vision qu’ils ont d’eux : des ivrognes, des paresseux, des irresponsables. »

 

Elle se demande si elle y retournera et elle y retourne comme chaque été,  comme une oie qui migre du sud au nord. Elle retourne à Salluit. Elle y retourne pour les enfants et pour tenter de raconter à Eva. Son amie disparue, assassinée, peut-être violée qui git certainement dans un Fjord.

 

Elle lui parle à Eva. Elle lui raconte ces enfants qui sur un an de temps, sont transformés en ivrognes ou drogués. Elle lui raconte leur violence et leurs rires. Elle raconte leur désarroi et leur joie. Elle constate que le futur que l’homme blanc leur a imposé ne leur convient pas à ce peuple du froid : les Inuits.

 

Elle parle à Eva de son fils Elijah qui aime la jolie Maata, qui aime elle ce blanc. 

 

Oui les blancs qui viennent construire des maisons. Entre eux et les filles c’est comme un une jeu. Elles sont si jeunes, parfois 12 ans et pourtant ils se servent. A portée de mains et puis elles n’attendent que cela.  Des Inuits femelles qui n’ont aucune valeur. Elles se font payés. Alors, quand elles ne veulent pas, le blanc les viole.  Amour ou haine, bien souvent, le ventre de la jeune fille s’arrondit d’un enfant que le blanc ne veut pas. Il a une autre famille dans le sud. Il ne va pas s’encombrer d’une sauvage aux yeux un peu bridés. 

 

Il ne comprend pas le blanc, qu’elle, elle veut seulement partir, échapper aux coups, à l’alcool, à la drogue. Elle rêve d’un sud si doux que le blanc ne lui offrira jamais.

 

« Et vous mourez. Vous n’en finissez plus de mourir, il y a tous ces accidents stupides qu’on pourrait éviter, il y  a la toundra impitoyable qui ne vous laisse aucune chance, il y a les maladies que nous n’avons plus, comme la tuberculose, mais qui vous attaquent encore parce que vous vivez dans des conditions sanitaires dignes de 1850, il y a tout ça mais en plus vous vous tuez vous-mêmes, crisse. »

 

« Ils sont tous là à me féliciter pour me dévouer envers les enfants du Nord, mais ils oublient que je reçois beaucoup en retour, ils oublient que je meurs si je reste immobile, ils oublient qu’une voix en-dedans me crie toujours d’aller voir ailleurs si j’y suis. « 

 

 

Premier roman de Juliana Léveillé-Trudel. Un petit bijou d’humanité. Apre et tendre à la fois. Inoubliable. 

 

A travers la vie d’Eva et de son fils, la narratrice nous parle de ce peuple d’Inuits parqués dans des maisons dont ils ne veulent pas, désoeuvrés car c’est là qu’on a décidé de les parquer un jour. Vivant des aides sociales, on vous dira qu’ils sont paresseux. Moi je dirais déracinés par l’orgueil des blancs qui s’imaginent que eux ils ont tout compris et que leur vie est la meilleure. 

 

Certains s’en sortent, oui mais une infime minorité malheureusement. 

 

La civilisation blanche ne sait qu’en faire alors on les paie. On les a sédentariser de force. Pas le choix, faites de la place aux gens dit civilisés.

 

Un roman qui renferme tous les sourires d’enfants et leurs rêves cabossés.  Un roman qui déplie toute la beauté des paysages, le parfum de la nature, l’ondulation du vent. 

 

Et telle une oie Nirliit on en retrouvera le chemin

 

Voir l'avis d'Aifelle,d'Anne 

 

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06 septembre 2018

La papeterie Tsubaki d'Ogawa Ito

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« Aujourd’hui, j’écrirais non pas pour quelqu’un mais pour moi. Un écrivain public tient la plume en se mettant dans la peau et dans la tête de tout un tas de personnes. Sans vouloir me lancer des fleurs, je réussissais désormais à me couler dans les mots d’autrui. Je n’avais pas encore rencontré mon moi calligraphique, l’équivalent du sang qui coulait dans mes veines, ce qui faisait que j’étais moi et d’où mon ADN jaillirait à flots.

L’Ainée l’avait trouvée, elle, je le savais. Si je n’arrivais pas à décrocher la devise calligraphiée de sa main sur le mur de la cuisine, c’était parce que ces traits, c’était elle. Son écriture conservait encore son souffle; »

 

 

Imaginer la légèreté du papier, la préparation de l’encre.. Entendre le souffle du pinceau qui trace les mots calligraphiés, le crissement de la plume, le roulement du stylo bille. Ecrire une lettre dans la quiétude d’une papeterie. Je vous y invite. Et si le bonheur ne tenait qu’à un mot tracé du bout des doigts ?

 

Hatoko, jeune femme de vingt cinq ans, revient à Kamakura. Sa grand-mère décédée à l’hôpital lui a légué sa petite papeterie. L’Ainée était écrivain public et Hatoko est prête à prendre la relève. 

 

Elle conserve de l’Ainée des souvenirs de froideur et d’exigeance. Elle lui a tout appris de la calligraphie. Mais Hatoko en garde la colère de cette jeunesse que sa grand-mère lui a un peu volée. Il fallait apprendre et encore apprendre. Jusqu’au jour à la gamine s’est révoltée et est partie loin.

Même à l’hopital, elle ne lui a pas rendu visite. La colère était encore trop forte.

 

Malgré tout, elle a décidé de prendre la relève.

 

 

La calligraphie d’une lettre est tout un art. Chaque détail est important. Le choix du papier, de l’instrument de calligraphie, l’enveloppe, le timbre également. Réussir à composer le message qu’une personne veut transmettre. Ce serait tellement plus simple via un mail mais si impersonnel, dénué de sentiments. 

 

Son premier client est un homme qui veut annoncer son divorce à tous ceux qui ont assistés à son mariage. 

 

« Il y a quinze ans, ils se mariaient. 

Choisir un timbre du même âge que leur union avait du sens, me semblait-il »

 

Entre deux calligraphies, Hatoko, bavarde avec la voisine Barbara. Sauve une lettre qui ne doit pas être envoyée et fait la connaissance ainsi de l’institutrice, Le Baron lui faisant une commande, il la paie sous forme de repas. Elles va partager des moments avec eux tout en accueillant d’autres clients dans sa papeterie. 

 

Elle va rédiger un avis de décès d’un singe. Elle va évoquer l’amour, la rupture. 

 

 

Et un jour, un jeune homme lui apporte les lettres que l’Ainée adressait à la mère dudit jeune homme. Une femme que l’Ainée n’avait jamais eu l’occasion de rencontrer malgré son grand désir.

 

Hatoko va comprendre peu à peu grâce à ces lettres et l’amitié qui l’entoure, à quel point cette grand-mère si rude l’avait aimée.

 

 

« Le visage levé vers le ciel bleu, les yeux fermés, je songeais à ma première calligraphie de l’année : quelle tonalité donner aux douze mois à venir ?

Audace ? Aube ?Premier lever de soleil ? Ou alors Espoir ? 

Je ne trouvais pas le mot qui épouserait parfaitement l’espace béant dans mon coeur »

 

 

Deuxième roman d’OGAWA Ito que je découvre et je suis toujours sous le charme de cette écriture si douce. 

 

Le temps est lent, la calligraphie demande une patience infinie. L’esprit japonais imprègne chaque page et c’est tellement beau.

 

Si je devais offrir un livre, ce serait celui là. 

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03 septembre 2018

Chien Loup de Serge Joncour

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Un petit village dans le Lot, le tocsin sonne, la guerre est déclarée. Les hommes doivent partir. Pourtant un ennemi, un allemand, désire rester. Dompteur, il veut sauver ses lions et ses tigres. 

Le maire est d’accord mais il devra vivre tout là haut. là ou on cultivait la vigne, isolé de tout. 

Une maison entourée de foret ce sera son gîte. 

 

Un siècle plus tard, Lise, ancienne actrice, choisit des vacances à la nature. Grâce à l’ère du numérique, elle a pu découvrir ce ilot de paix, coupé du monde car aucun réseau ne passe là haut. Frank son mari, producteur, l’accompagne mais en grommelant. 

Quand ils arrivent dans ce lieu totalement isolé, Lise est ravie, c’est que ce qu’elle voulait. Etre loin des autres.

Frank lui, quand il constate qu’il n’y a pas de réseau meme Wi Fi, devient opressé. D’autant qu’il a des problèmes avec ses jeunes associés donc il doit absolument les joindre. 

Le couple s’installe mais Frank au contraire de Lise ne peut dormir. La foret dans les ténébres cela l’angoisse. Les bruits de bêtes l’inquietent. 

 

Et dans la nuit, il rencontre le chien-loup, qui va tout changer. 

 

 

« Les fenêtres étaient toujours ouvertes, mais le dehors désormais ne produisait plus le moindre bruit. Dans cette paix revenue, il s’assoupit, c’était une révélation pour lui de sentir cette chambre communier avec les grands espaces dans le même éther, c’était aussi troublant et doux que de s’endormir à la belle étoile »

 

 

Dans ce roman, Serge Joncour, rend hommage à toutes les femmes qui ont du continuer à vivre sans les maris en temps de guerre.  Elles ont du prendre en main toute la destinée de la communauté. Effectuer le travail des hommes. Elles n’avaient pas le choix.  Quelle admiration ! Quel amour à travers les mots où il les fait revivre. 

 

« Rien ne les effrayait, travailler quinze heures de rang ou ne pas dormir, passer les sangles pour tracter, laver le linge, cuisiner et semer, ici au village rien ne leur paraissait insurmontable à ces femmes. Sinon d’entendre gronder les lions, avec la hantise de devoir un jour les affronter. »

 

Et puis, la nature, qui nous semble si hostile nous les humains. La peur de la vie sauvage.  La crainte des animaux . Serions nous prêt à redevenir sauvage nous même. C’est là tout le sujet du roman. Quelle est la frontière entre l’homme et l’animal ? A quel moment, cela peut il basculer ?

 

Serge Joncour, nous emmène là ou il veut. Il nous trace des chemins hostiles. On appréhende la fin et elle tout autre à ce que l’on imaginait. 

 

« Il comprit deux choses, premièrement qu’il était possible de mystifier ce chien, tout observateur qu’il soit, cet animal gardait une once de crédulité dont on pouvait abuser. Mais surtout, il comprit que ce chien attendait de lui quelque chose, et ce n’était absolument pas de jouer ensemble. »

 

 

Un excellent roman qu’il faut je le répète absolument lire.

 

 

 

 

 

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30 août 2018

Un monde à portée de main de Maylis de Kerangal

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« Chêne, pin eucalyptus, palissandre, acajou moucheté, loupe de thuya, tulipier de Virginie ou catalpa, octobre passe et s’en tire, elle est confuse, suante, échevelée, rêve un nuit que sa peau est devenue ligneuse, mais produit des images, même si son panneau se distingue des autres, laborieux, toujours un peu faiblard. Jusqu’au jour où elle entend pour la première fois parler de la vitesse du frêne, de la mélancolie de l’orme ou de la paresse du saule blanc, elle est submergée par l’émotion : tout est vivant. »

 

 

Ce nouveau roman de Maylis de Kerangal, je l’attendais avec impatience. Impatience de redécouvrir son style rapide, impatience de redécouvrir ses descriptions dans lequel évolue son écriture. 

Maylis de Kerangal dans ce roman, vous entraine dans ce qu’on appelle le trompe l’oeil au point de vue artistique. Elle vous décortique les gestes, les émotions, et cogne ses mots contre le végétal et le minéral. 

Copier, rendre vivant ce que la nature nous transmet, ce que le monde nous renvoie au centre de notre iris, c’est que ce que Paula est venue apprendre dans cette école d’art Bruxelloise. Mais au début elle ne sait rien.

 

 

Paula en fait ne sait pas ce qu’elle veut de la vie. Pas celle de ses parents assurément. Alors, elle choisit l’art mais dans une école qui vous apprend à reproduire : le trompe l’oeil.

 

Elle loue un petit appartement dans une rue voisine de l’école avec un co-loc Jonas qu’elle aperçoit très rarement. De toute façon, au début, elle n’a pas besoin des autres, elle ne les voit pas. Sous l’immense verrière de la salle de cours, elle sue, elle s’enivre sous les vapeurs de thérébentine : comment arriver à copier à l’exacte tout en y introduisant son émotion ?

 

Un soir, alors qu’elle tente de reproduire un marbre, Jonas rentre et va lui expliquer cette matière minérale. Il faut connaitre son origine, les couches qui la forme. Il faut l’ingurgiter, la comprendre et alors tout coulera de source.

 

Avec une autre élève, Kate. Ils vont former un trio dans cette salle ne comptant que peu d’élèves. Lors de la création de leur travail de fin d'études, ils s'osmosent dans l'appartement de Kate. 

 

Diplome en poche , ils s’envolent tous trois sous d’autre lieux. Leur carrière débute. 

 

 

Paula découvrira l’Italie, Cineccita la capitale du cinéma, la Russie. Kate voyage beaucoup et Jonas est devenu un peintre célèbre allant même jusqu’à Dubai.

 

Quelques années plus tard, ils se retrouvent lors d’une soirée. Se reséparent. 

 

Et le plus beau cadeau de Jonas à Paule, est de lui proposer cette place qu’il a refusée concernant le projet VII de Lascaux. La reproduction de certaines peintures découvertes dans la grotte. 

 

Paula touche enfin le monde.

 

« Paula et Jonas étaient devant le temps. Le poisson au-dessus de leur tête révélait la mémoire accumulée au fond des océans, l’érosion des calcaires, le déplacement des rivières, la migration des hommes, des durées qui coexistaient avec l’état de choc du pays, la colère, la tristesse, les longueurs de journée pendant que les deux terroristes poursuivaient leur cavale mortifère ; il connectait l’histoire du monde et leur vie humaine. »

 

 

Inutile de vous dire que j’ai dévoré ce roman. 

 

Les trois moments les plus beaux selon mon avis de lectrice sont la visite de la carrière, l’éblouissement de Kate lors de sa rencontre avec la baleine et Lascaux. En découvrant un instant la grotte, Paula comprend que les peintures de la préhistoire et ces artistes qui les ont produites ne font qu’un avec notre monde présent. Ils sont nous, nous sommes eux, leurs émotions furent les mêmes, le monde du passé est notre présent et on l’oublie bien trop souvent. On n’y pense même pas. Fi du passé et pourtant tout ce que nous entreprenons dans notre présent nous a été légué par cet ancien monde. 

 

Une grande partie du roman se déroule dans un périmètre de quartier de Bruxelles.  La carrière visitée est a quelques kilomètres de ma ville. Donc vous pouvez en déduire que j’irai capter par le regard ces endroits. Bientôt pour Bruxelles en tout cas.

 

Je ne sais pas si je suis arrivée à vous faire percevoir que ce livre est tout simplement merveilleux. Qu’il faut le lire bien évidemment.

 

Je pense qu’après le succès de réparer les vivants, certains lecteurs et lectrices s’attendent à retrouver la même perception émotionnelle mais ici c’est un tout autre domaine que l’auteur explore, la vision de l’artiste, la difficulté de créer, de reproduire la sensualité, la vie. Les deux romans sont totalement différents. Il y aura de la déception pour certaines et certaines à la lecture d’un monde à portée de main et il y a aura de la jubilation pour d’autres. A vous de percevoir la beauté derrière tous ces mots.  Les deux romans sont différents  mais ils sont une continuité émotionnelle. 

 

De mon côté, j’attends avec impatience le 11 septembre pour écouter Maylis de Kerangal à Namur. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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23 août 2018

Hautes solitudes de Anne Vallaeys

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Partir sur les chemins de transhumance, découvrir, comprendre. 

 

D’abord scruter les cartes,  déchiffrer les traits, les hachures et se laisser emporter par cette envie grâce à l’aide des amis de la transhumance. 

 

Partir non pas seule mais en duo car Marie, la meilleure amie de sa fille, en a les yeux qui brillent. Elle sera le guide cartographique. 

 

Point de départ Arles , traversée de la Provence et aboutir à Le Laverq, longue route que beaucoup de troupeaux laineux a gravi durant des années. 

 

Les amis de la transhumance rêvent de défricher la totalité de cette « routo » mythique. Certains n’ont jamais parcouru les kilomètres que les deux femmes vont arpenter. 

 

Point de départ Arles et grande découverte de la Camargue avant de faire avancer ses pieds. 

 

Durant ces kilomètres, de grandes rencontres, point de ralliement, de personnes qui vivent ou ont vécu de cette transhumance. Une analyse de ce qu’est et était le métier de berger. A présent, ils sont formés dans une école.

 

Malheureusement ce chemin que l’auteur va découvrir, n’est plus parcouru à pied bien souvent. Les bêtes sont bien souvent montées en bétallaire. 

 

 

Outre, la description des paysages traversés, de l’écoute des oiseaux, de la poésie de l’instant, de la dureté de certains chemins, Anne Vallaeys nous invite à comprendre l’histoire liée à la transhumance de certaines villes traversées : du temps où la fontaine d’Aix en Provence abreuvait le troupeau qui n’avait pas encore terminé le voyage. 

 

Légendes, rêves, songeries, tout se mêle dans le ciel mais quel beau voyage. 

 

Le sac contient « Histoire naturelle de la Provence (1784) du naturaliste Michel Darluc.  Mélangé le passé et le présent pour décrypter les lieux que l’on traverse. 

 

« André demeure immobile, il a tout le temps, sont troupeau se gouverne seul. Il réapparait justement, paisible, il surgit des taillis, les brebis se répandent alors, elles se groupent, ruissellent dans la pente. La marche reprend dans le velours du soir, homme et bêtes mêlés, le rythme est si doux que les cloches de bêliers ne tintent plus. »

 

 

Sans oublier l’évocation du loup qui a refait surface et qui inquiète bon nombre de bergers. 

 

 

Adoratrice de tout ce qui bêle, je me suis régalée de cette lecture mais tout un chacun qui aime la nature ne peut qu’apprécier ce beau voyage. Vous sentirez le parfum des mélèzes, entendrez le les pierres qui roulent sous les pas, écouterez le chant du peuple du ciel, imaginerez l’ombre des brebis. 

 

Un nouveau trésor dans ma bibliothèque. 

 

«Une fourmilière grouillante à mes pieds. Un lièvre-on dit Lèbre- ici se carapate, des lichens translucides sont rougis de fraises des bois. Des grappes de cytises bleu tendre frissonnent sur notre passage, le chant d’un oiseau inconnu dans un fourré de pétales jaunes et bleus miniatures, lys nains, narcisses et primevères, touffes d’aspic rare, grandes digitales pourpres, spirées à barbe de chèvre, mélisses aux feuilles énormes. Tout percevoir, tout ressentir. »

 

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10 juillet 2018

Le jardin arc-en-ciel d'Ogawa Ito

jardin

 

Tout commence par la main d’un petit garçon glissée dans celle d’une jeune fille. 

 

Tout débute par le regard d’une femme qui remarque une jeune fille sur le quai de la gare. Elle comprend très vite que cette jeune fille attend l’arrivée du prochain train pour mettre fin à ses jours. 

 

Izumi décide d’aller lui parler et l’invite chez elle. 

 

Elles se revoient et Izumi lui montre son paradis sur le toit de l’immeuble : un petit carré de gazon artificiel. 

 

Et ce qui devait arriver, arrive, elles tombent amoureuses.

 

Et décident de fuguer avec Sosuke, le fils d’Izumi.

 

Chiyoko déclare  qu’ à partir de ce jour, ils  se nommeront la famille Takashima.

 

Et dans les montagnes , elles vont acheter une maison, y dresser un drapeau arc-en-ciel et décider d’en faire une maison d’hôtes.

 

La famille s’agrandit par une petite Takara, car Chiyoko était enceinte.

 

A quatre, ils vont décider que leur vie ne sera faite que de bonheur. et portera les couleurs de l’ar-en-ciel. 

 

 

Un roman qui parle du chemin escarpé contre l’intolérance mais surtout nous démontre que l’amour nous mène vers les sommets colorés malgré les chutes. 

 

 

« Mais Takara est tombée à pic. Même si au début j’ai été déconcertée par ce coup porté par une vie sans contrainte, Takara à coups de pieds et de poings, a ouvert des trous d’aération dans l’espace confiné de notre famille, où elle a fait circuler l’air, c’est indubitable. Takara, c’est le poumon de la famille Takashima. »

 

« Elle avait donné au coin le surnom affectueux du Machu Picchu. Le spectacle des rizières en terrasses  étagées à l’infini ressemblait comme deux gouttes d’eau, parait-il aux vestiges du Machu Piccu sur une carte postale envoyée un jour par sa cousine. L’écolière qu’elle était alors avait rêvé d’aller voir le Machu Picchu. Elle se réjouissait de voir ce voeu exaucé sous une forme inattendue »

 

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