02 août 2016

Retour à Oakpine de Ron Carlson

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Ils se sont quittés il y a plus de trente ans. Jimmy est parti à New York et devenu un écrivain célèbre.

Frank et Graig sont restés au pays tandis que Mason a lui aussi disparu d’Oakpine.

 

Jimmy revient dans sa ville car malade il a décidé d’y mourir. Sa mère demande à Graig de s’occuper de rénover le garage pour y loger son fils car le père de Jimmy ne veut pas de sa présence dans la maison depuis la mort de leur autre fils Matt. Il y trente ans. 

 

Mason est également de retour mais par pur hasard. Il divorce et décide de retaper la maison de ses parents afin de la vendre.

 

Trente ans après, les quatre hommes qui avaient fondé leur propre groupe de rock et connu un petit succès sont à nouveau dans la ville de l’enfance. 

 

Ils ont la cinquantaine, la vie les a cabossés. Leur amitié qui était juste endormie va reprendre vigueur. Leur amitié va leur permettre d’effacer tout ce dont ils avaient peur. 

 

Et les femmes les y aideront  

 

« Jimmy sentait l’odeur de la terre ici, le musc puissant qui montait de toutes les plantes. Avec les abeilles qui bourdonnaient partout dans le jardin, on avait l’impression de voir les choses pousser. La carotte était sucrée. Il se leva, heureux de s’extraire de la chaise rigide, et un instant il se sentit dangereusement grand, puis alla à pas prudents jusqu’aux tiges de courge entremêlées. Il se pencha sans ressentir d’étourdissement et souleva les grandes feuilles pour apercevoir les courges et les melons dans l’ombre verte vacillante. »

 

« De retour sur la route, toujours perdu, il pensa que, à l’image de ce qu’il avait vécu dans sa vie, cela durerait deux minutes. Mais une heure plus tard le paysage s’était transformé en collines ondoyantes couvertes d’armoise »

 

 

En refermant le livre, j’ai ressenti un véritable bonheur. Il n’y a pas de haine, ni de violence qui traversent les pages juste une part d’humanité mais tellement forte.

 

Et cette nature si bien décrite…

 

Magnifique roman…..

 

Lire l'avis d'Aifelle

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12 avril 2016

Chronique de la dérive douce de Dany Laferrière

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Que peut bien ressentir une jeune homme de 23 ans arrivant de Haiti à Montréal ? Ses amis, sa famille, tous sont restés à Port au Prince. Seul dans cette grande ville en 1976, il doit apprendre. 

 

 

C’est sous forme de chroniques que Dany Laferrière nous décrit la nouvelle vie de ce jeune homme. Les chambres glauques, la solitude, la découverte d’une autre société, la faim, le manque d’argent, la pluie, la neige, le travail en usine, l’alcool mais surtout les livres, les filles et une petite souris. 

 

Que va t-il faire de sa vie après cette année qui s'est déroulée ? Il achète une Remingtom et décide de devenir écrivain.

 

J’ai mis du temps à ouvrir ces chroniques et c’est tout simplement génial. On y croise, le désespoir, l’humour, la poésie, la vie d’un homme exilé . On se régale.

 

« Je ne serai pas d’ici tant 

que je n’aurai pas connu

les quatre saisons. Ce 

passé, que j’ignore, est si récent qu’il talonne

encore le présent.

Et se mêle parfois à la 

conversation. Quand 

cela arrive, je retrouve

instantanément ma

condition d’étranger; »

 

« Ce n’est que vers la fin d’octobre

que j’ai appris cette vieille règle.

Ne jamais se plaindre du racisme

si tu ne veux pas être perçu comme

un être inférieur. »

 

« Je retourne à la fenêtre.

Ma première tempête de neige

à vingt-trois ans.

C’est plus impressionnant 

que la mer

mais moins émouvant. »

 

« Il est plus difficile de travailler

quand on sait que dehors, 

il fait un soleil éclatant, 

que les filles

sont pratiquement nues

et que la glace se vend 

à 90 centimes au coin des rues 

Saint-Laurent et Sainte-Catherine »

 

« Je ne peux pas dire

quand exactement

cette ville 

a cessé d’être pour moi, 

une ville étrangère

Peut-être quand

j’ai arrêté de la regarder. »

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08 avril 2016

Etre ici est une splendeur de Marie Darrieussecq

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Marie Darrieussecq fait partie de ces personnes que j’aime sans raison, je les aime tout simplement. Je ne possède même pas tous ses romans et je ne les ai pas tous lus. 

Si l’incroyable Cathulu n’avait pas posté sur son dernier livre, je serais peut-être passée sans le voir. 

Ensuite, j’ai écouté Marie Darrieussecq et comment  résister au destin de Paula M. Becker dont je connaissais les tableaux sans pouvoir les relier au nom du peintre. 

 

On retrouve l’écriture de Marie Darrieussecq qui vous emmène à chaque fois dans un marathon d’émotions. 

 

Paula M. Becker est née en Allemagne, à la fin du 19ième siècle en Allemagne. Morte à l’âge de 31 ans après un accouchement, elle n’a jamais su qu’elle ferait partie dans le futur pour les nazis de cette peinture décadente. Paula était tout simplement en avance, elle était moderne avant bien d’autres. 

 

 

Paula n’avait qu’une envie : peindre. Son oxygène, peindre. 

 

Ses parents ne s’y sont pas opposés et lui ont permis de partir à Paris avec son amie Clara pour apprendre cet art. La seule condition, apprendre un métier qui sera celui d’institutrice qu’elle ne sera jamais.

 

Elle fut amie avec Rainer Maria Rilke qui était amoureux d’elle tout en étant amoureux de son amie Clara, bon bref Rilke aimait toutes les femmes. 

 

Mais elle épousera le peintre Modersohn qui est bien plus classique dans son oeuvre picturale. Elle l’aime avant que sa première épouse Helene ne décède le laissant seul avec une petite fille Elsbeth. que Paula aime et qu'elle transpose dans ses peintures. 

 

Conditions de sa mère pour épouser Modersohn : apprendre à cuisiner

 

Rilke lui va épouser la meilleure amie Clara. 

 

Même mariée, Paula va se rendre à Paris avec l’accord de son mari. 

 

Son dernier voyage s’effectuera  dans le désir de ne plus revenir car elle veut rompre ce mariage. Malgré tout, elle va retourner près de lui, attendre famille mais en avait t-elle tellement envie ? , donner naissance très difficilement à une petite fille, obligée de rester au lit. 

 

Le jour où elle se lève pour la première fois, elle tombe. Morte d’une embolie. 

 

 

A travers ce récit, Marie Darrieussecq, nous fait découvrir une femme qui aimait la vie, gourmande,adorant la peinture de Cézanne, n’aimant pas cuisiner car cela l’empêchait de peindre, naturiste, Paris, son village, écrivant des lettres à son ami Rilke. Le portrait d’une femme qui a sûrement du se battre contre les préjugés de l’époque. 

 

Un coup de coeur, un coup de foudre, un coup de tonnerre pour ce récit….

 

Une exposition des oeuvres de Paula M. Becker se tient au Musée d'Art Moderne à Paris. Si je vais m'y rendre ? Quelle question !! 

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Paula et son mari

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Peinture du mari de Paula Otto Menderhson 

 

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29 mars 2016

Les vrais durs de T.C. Boyle

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Tout débute par les vacances croisière de Sten et Caroleen. Durant une visité prévue dans un parc national, le groupe de personnes âgées qu'ils forment avec leurs compagnons de voyage, ils sont agressés par une bande de petits malfrats. Sten ayant fait la guerre du Vietnam, tout remonte dans son cerveau. Il en empoigne et malgré lui le tue. Légitime défense. Sten n'a plus qu'une envie, rentrer dans son cher pays bien à l'abri. 

Nous pouvons à présent faire connaissance avec les autres protagonistes du roman dès le retour de Sten et Carolee en Californie. 

Leur fils Adam a avouons une case en moins. Il a décidé de ne plus se nommer Adam mais il est Colter le trappeur (si vous voulez connaitre le vie de Colter, lisez le livre). Il vit donc dans les bois. Il a érigé un mur de 2,50 mètres sans aucune ouverture autour de la maison de sa grand-mère décédée. Il est en guerre contre les hostiles, c'est-à-dire les Aliens. Il faut avouer qu'il consomme des substances plutôt illicites, et boit énormément. 

La femme qui va tomber amoureuse d'Adam se nomme Sarah, Elle fait partie de ces américains qui ont décidé que le gouvernement des USA est illégitime selon le 14ième amendement. Donc elle ne porte pas de ceinture de sécurité et pas de bol pour elle, un flic l'a repérée.  Son chien porte des dreadlocks et c'est pour l'aidér à sauver ledit chien du chenil suite à son altercation avec une autre flic, ce que ces deux déjantés vont se croiser. 

Petit détail Sarah à 15 ans de plus qu'Adam mais ce n'est qu'un détail. 

Adam  va petit à petit perdre conscience de la réalité et sombrer dans une véritable paranoia qui va se terminer par la mort d'homme.

 

Je n'avais jamais lu un seul roman de T.C Boyle, en un claquement de doigt, je suis devenue addict.

T.C. Boyle nous entraine sur les chemins contemporains d'une certaine folie chez quelques  individus aux USA et soulève le problème du port d'armes et des tueries qui en découlent sans oublier ceux qui tiennent absolument à survivre tel leur pays, plier mais ne pas rompre,  et ce ne sont pas les mexicanos qui vont imposer leurs lois. 

Le tout est écrit dans un humour décapant. Géniaal

 

 

 

 

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27 mars 2016

Les portes du néant de Samar Yazbek

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C'est dans "La grande Librairie" que j'ai découvert le visage de cette femme. Emue par ses paroles, j'avais décidé de lire son livre. Depuis l'enfance, j'aime comprendre, découvrir. Cette guerre se déroule à des milliers de kilomètres  comme si elle ne nous concernait pas. Et pourtant...

Samara Yazbek fait partie du clan Alaouites de Bachar al-Assad. Lors du printemps arabe, comme beaucoup d'autres, elle rêve de changement. Elle prend part aux manifestations pacifisteset se retrouve en prison. C'est contre son gré, qu'elle décide de s'enfuir avec sa fille et de vivre en exil en France. 

La force qui la pousse à témoigner ne la quitte pas et elle décide de revenir en Syrie, pour revoir son pays, aider des femmes. Elle va franchir la première porte en 2012 et c'est un pays méconnaissable qu'elle retrouve. Bachar el-Assad après la révolte a décidé de punir son peuple et déverse sa colère.

Samara Yazbek est accueillie dans une famille où elle découvre le courage des femmes qui doivent à présent vivre dans des maisons éventrés, trouver de la nourriture. Elle écoute les hommes qui font partie des rebelles syriens et qui tentent de combattre avec le peu de moyens qu'ils possèdent.

La deuxième porte à peine franchie, en 2013, elle réalise que de nouvelles silhouettes se dessinent à l'horizon de la Syrie, les partisans de l'El, et d'autres tout aussi sectaires. La famille qui l'avait accueillie est partie en sécurite à Antioche, femme et enfant. 

La Syrie est encore plus dévastée qu'auparavant, l'armée syrienne continue de tuer les civils. Samara Yazbek croise des femmes et des enfants qui sont dans un dénuement total. 

Les rebelles sont à présent face à des soldats  qui veulent rétablir la charia dans toute la Syrie. Certains populations sont tombés dans leurs bras n'ayant plus que cette solution pour survivre. 

Des enfants sont laissés à l'abandon vendant de l'essence au bord de la route, d'autres ont perdu des membres. Ils vivent en bande, seuls dans cette guerre.

La troisième porte est celle de l'enfer, à six mois d'intervalle. Il faut se méfier de tout le monde surtout de l'Etat Islamique qui en fait n'est pas constitué de Syriens mais de musulmans d'autres pays. Le peuple syrien doit se protéger des barils lancés par les soldats syriens mais également obéir aux ordres d'hommes qui ne sont même pas leurs compatriotes. 

Durant ce séjour, un journaliste va être enlevé qui accompagnait Samara Yazbek lors des combats. 

Tout est détruit. La Syrie, quelle Syrie ? Celle qu'elle a connu n'existe plus. Les femmes n'ont plus aucun droit dans certaines régions. Les jeunes veulent combattre mais pas avec les rebelles, non ils rejoignent les djihadistes. 

Et ces enfants estropiés à vie...

Au milieu de cet enfer, certains continuent à combattre pour libérer la Syrie car c'est leur patrie et ils y croient. D'autres tentent de continuer une classe avec un bus. Une goutte d'eau mais une goutte d'eau parfois peut libérer la pensée.

Des filles à peine pubères sont vendues par leur famille à de vieux hommes car ils n'ont plus rien. La Syrie de Samar Yazbek s'envole petit à petit dans les fumées d'une guerre que l'Occident regarde d'un air apitoyé bien à l'abri.

Quand elle referme cette troisième porte Samar Yazbek comprend qu'elle n'aura peut être plus l'opportunité de revenir. Elle est en exil.

Ecrire pour qu'on n'oublie pas ces hommes et ces femmes qui rêvent de libérer leur pays, écrire pour témoigner. Tout de suite non, elle n'en a pas le courage. Ensuite les mots s'accrocheront au papier.

"L'impossibilité de rester m'arrachait avec violence à mon rêve d'un retour. il me fallait accepter une bonne fois pour toutes que je partais en exil, que je quittais une terre vouée à la dévastation, souillée par les secrets et les complots, saccagées par les tafkiris. Les terres que les Syriens avaient libérées au prix de leur sang, les villes et village du nord, se retrouvaient occupés de nouveau. Ils n'étaient plus même syriens.  Nos rêves de révolution avaient été détournés. Les grandes puissances livraient leurs propres batailles dans mon pays, déplaçant les bataillons comme des pions, finançant et approvisionnant des fronts inexistants. La frontière turque était une grande passoire par laquelle transitait armes et combattants de toutes origines"

 

Par ces mots, Samar Yazbek nous fait comprendre à quel point son pays était culturellement important, que l'hospitalité était une priorité, que le peuple aurait tant voulu enfin vivre dans une démocratie. Il ne reste rien à part dans le fief de Bachar. 

Et nous n'avons rien fait, aucune révolte de notre part dans nos pays tellement civilisés. C'est si loin et puis après tout ce sont leurs problèmes...

Où a disparu notre part d'humanité ?

Oui certains livres changent la vie....

 

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17 mars 2016

Une île, une forteresse d'Hélène Gaudy

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« Tous, ils font la même chose que ceux qui écrivent, ceux qui jouent, ceux qui dessinent ou peignent, qui ont laissé derrière eux des poèmes ou juste le souvenir de leur corps sur la scène, ils font la même chose que Friedl, se ménagent un espace, et même s’ils savent qu’il sera investi, déformé, qu’on l’utilisera pour inventer une ville qui n’existe pas et s’en servir contre eux, même s’ils le devinent ou le craignent, ils se tiennent encore là, parce qu’il n’y a que là qu’on peut encore se tenir.

C’est Eichmann, m’a dit Georges-Arthur Goldschmidt, c’est Eichmann, entre autre, qui a connu ça, cette histoire d’une ville où l’on démontrerait que les juifs sont des parasites qui se parasiteraient eux-mêmes, qui s’auto-dévoreraient. Ca ne s’est pas produit. Les nazis ont réussi le contraire de ce qu’ils voulaient puisque c’ étaient une floraison extraordinaire de littérature, d’art, en présence de la mort ».

 

 

On leur avait fait croire qu’ils allaient découvrir une ville pour eux, ils allaient se reposer, pouvoir nager dans la rivière, vivre heureux. Ils donnèrent toute leur fortune pour pouvoir vivre dans une belle maison. En guise de villégiature, ils eurent droit à tenter de survivre dans une ville forteresse imaginée par Vauban en forme d’étoile. 

 

C’est à TerEzin que furent déportés les juifs tchèques avant d’être emmenés vers Auschwitz. Pour les demi juifs allemands ainsi que ceux de plus de 65 ans, pour la plupart des artistes à tous les niveaux, ce fut le ghetto. 

 

Les tchèques qui y vivaient furent chassés pour permettre d’y installer les juifs.

 

Le sadisme des nazis fut tel qu’ils imaginèrent de réaliser un film dont tous les prisonniers furent les figurants.  Ils embellirent la ville facticement pour tromper les représentants de la croix rouge, qui fermèrent les yeux par trois fois durant les années de guerre. 

 

Il reste des archives de ce film où l’on découvre des enfants qui chevauchent des chevaux de bois le temps d’une scène. Après les chevaux ne firent plus jamais une gambade. 

 

Mêmes enfermés, les artistes luttèrent pour ne pas sombrer, pièce de théâtre, dessin, classe aux enfants dans l’attente , sans savoir qui disparaitrait en premier. Création d’un orchestre, chant….

 

Ce fut le dernier lieu où fut déporté Robert Desnos qui y mourut du typhus car comme dans tous les autres ghettos, les conditions de survie y furent du nom de l’horreur. 

 

 

 

La ville forteresse est toujours là, elle est devenue un lieu de mémoire qu’Hélène Gaudy a voulu découvrir, s’en imprégner, tenter de cerner ce qui reste en suspens, comprendre, écouter et essayer de saisir la silhouette de son grand-père qui fut déporté en France. Elle raconte le paysage, les rencontres. 

 

 

Elle nous emmène à Birkenau et à Drancy, le jumeau de TerEzin. Drancy qui fut le camp dirigé par les français, devenu une cité HLM. Que ressent-on à vivre entre des murs qui se sont imprégnés de tristesse passée  ? 

 

Un récit percutant. A lire, et à relire. 

 

A TerEzin furent enfermés 139 654 humains.

33 419 y moururent.

86934 furent déportés vers les camps d’extermination.

17 320 survécurent
Sur les 15 000 enfants qui y furent emmenés, il n’est resta qu’un millier.

 

 

« Les souvenirs ne sont pas tous incrustés de la même façon. Moi, je ne me souviens pas du degré de souffrance. On n’avait plus la force d’avoir des sentiments. C’est pour ça, quand les gens me disent vous avez été courageuse…Non, c’est la chance. Je ne peux pas parler pour les autres mais, moi, j’étais devenue, tout de suite un robot. Comme si on m’avait tapé sur la tête. Vous rentrez par une porte, vous êtes normale, vous sortez ce n’est plus vous. Une fois de temps en temps, quand on pouvait se reposer, j’essayais de faire venir dans mon cerveau les visages des miens. Impossible, mon cerveau était vide. Il ne savait plus penser. Je crois que c’est ça, qui m’a sauvée ».

 

 

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Les enfants durant la visite de la croix rouge, le bonheur factice.

 

 

 

 

 

 

 

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07 mars 2016

Tombeau de Pamela Sauvage de Fanny Chiarello

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Tombeau de Pamela Sauvage est tout simplement génial. Je suis consciente que certaines et certains seront déroutés par ce genre d’écriture, pour ma part c’est tout bonheur.

 

Un livre qui se décortique en deux parties. 

 

 

23 personnages qui sont liés selon l’hypothèse de Stanley Milgram , selon une chaine de relations qui arrivent à former une boucle. Je peux vous assurer que dans mon métier, j’ai déjà constaté les preuves de cette hypothèse.

 

Donc Pamela Sauvage meurt et l’on découvre chez elle des K7 VHS ainsi que le livre « Mille films qu’il faut avoir vus avant de mourir ». Livre écrit par Jean Bertrand Coursier et la cent millième acheteuse de ce livre est Angelina Feccia …..et ainsi de suite, 23 personnages vont se succéder.

 

On découvre aussi bien un animateur de tv qu’un homme qui devient sdf ainsi qu’un chien, une cliente mystère etc etc…

 

 

En fait vous n’êtes pas le seul à lire la vie de ces personnes. Un homme ou une femme dans une société future, décortique à travers des explications en bas de page, la vie telle qu’elle était dans notre société actuelle. 

 

Notre société est si bien décortiquée qu’à un moment j’en ai ri, tellement à travers les explications du deuxième lecteur, elle nous apparait ridicule dans ses travers. 

 

Je n’en dirai pas plus. 

 

Lors de ma lecture, je n’ai pu m’empêcher de penser à Georges Perec qui aurait pu imaginer cette double manière d’écrire.

 

Un grand bravo à Fanny Chiarello qui écrit divinement.

 

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28 février 2016

Etta et Otto (et Russel et James) d'Emma Hooper

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Au fin fond du Canada, la famille Vogel est composée de nombreux enfants. Un jour, Otto, constate que sa place est prise à table. Ce sera la demi portion en plus : Russel qui vit non loin de chez eux.

Pendant ce temps, Etta, voit sa soeur partir dans un couvent pour une raison cachée. Quand sa soeur décède, Etta décide de suivre des études d'institutrice. 

Otto et Russel ne se quittent pas. Russel perd l'usage d'un de ses jambes lors d'un incident avec un tracteur. A l'école, ils s'échangent leur place jour après jour.

Etta n'a pas hésité lorsqu'on est venu parler de la place vacante, là bas.

Elle arrive dans ce lieu où tout est poussière et devient l'institutrice des enfants dans la petite école du village.

La guerre, cette maudite, qui entraîne les jeunes à sa suite. Otto s'engage, Russel est réformé.

Etta et Otto vont s'écrire...

Des années beaucoup plus loin, à 83 ans Etta décide de quitter son mari Otto pour aller voir l'océan. Lui, il l'a déjà vu, en partant là bas où l'on se battait.

Elle prend le fusil, du chocolat. Elle espère revenir. Pour qu'Otto n'oublie pas de se nourrir, elle lui laisse des feuillets de recettes de cuisine.

Otto acceptte mais Russel, qui attend toujours la venue des cerfs près de sa ferme, décide de partir à la recherche d'Etta pour la ramener. 

 

Fabuleux, les personnages nous entrainent dans une poésie des sentiments. En quelques mots, on les accompagne. 

Tout est voilé dans les souvenirs qui se mêlent au fur et à mesure de ces pas qu'Etta lancent dans les rêves. On soulève la page tout doucement et l'on ressent les non dits. 

Et James, réalité ? fumerolle dans le vent ? Vous ne pourrez que l'aimer.

Sans oublier le bestiaire d'Otto tout simplement féérique.

 

Je n'ai pas résisté à l'envie de choisir une deuxième couverture, tellement plus belle que celle de la version française.

 

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Voir l'avis de Cathulu qui a également eu le coup de foudre pour James :). Celui d'Isabelle tout aussi positif, celui d'Antigone qui ne pouvait qu'aimer la poésie de ce livre 

 

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19 février 2016

Tout plutôt qu'être un autre de Ned Vizzini

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Un livre qui m'a profondément émue d'autant que l'auteur souffrant de dépression s'est jeté d'un immeuble de Brooklin à 32 ans.

A travers ce roman, on se doute  qu'à travers  Graig, il raconte ce qu'il a vécu.

Graig est un enfant heureux jusqu'à l'âge de 15 ans. Peu avant de tomber dans une déprime il entend parler du syndrôme d'Ondine qui est celui de cesser de respirer et qui touche les dépressionnaires.

Graig a décidé qu'il réussirait sa vie, car si l'on ne réussit pas il est bien entendu dans notre sociée que l'on est un raté.

Il passe donc les examens d'entrée d'une école de prépasde New York, Il ne pense qu'à cela et il réussit l'examen d'entrée. Malheureusement, il réalise que dans cette école on leur demande énormément, il a peur de ne pas y arriver. Il n'en dort plus, il n'arrive plus à manger.

Il va voir un thérapeute qui l'envoie chez un psy. Contre sa dépression, il doit prendre un médicament qui l'aidera.

Il se rajoute à cela un problème sentimental car il est amoureux de Nia la copine de son meilleur ami. 

Il ne comprend pas pourquoi il souffre de cette manière. Un soir il décide de se suicider mais avant, il téléphone à SOS suicide qui lui conseille de se rendre dans un hopital pour son bien.

Il se rend donc à l'hopital à deux pas de chez lui pour entrer dans l'unité psychiatrique pour quelques jours. Ses parents et sa petite soeur qui l'entourent beaucoup et qui l'aident comprennent qu'ils veuillent s'isoler quelque temps.

Dans l'unité, Graig va rencontrer des personnages surtout adultes qui ont certains de plus gros problèmes que lui et qui l'accueillent comme un frère. 

Des personnages haut en couleur qui sont tous plus émouvants l'un que l'autre. Durant ces quelques jours, Graig va prendre conscience que son bonheur ne tient pas uniquement à la réussite de sa vie dans le contexte que notre société exige. Il est lui et il veut vivre....

"Plusieurs grappes de mes camarades malades mentaux au regard vitreux--ou, attendez, je crois que la dénomination officielle pour les gens comme nous est en fait :"patients hospitalisés pour recevoir des soins psychiatriques" émergent de leurs chambres, se frottant les yeux, titubant de sommeil, exactement comme s'ils devaient se rendre au travail et n'attendaient que leur première tasse de café pour démarrer la journée"

Un livre touchant, écrit avec humour et tendresse traitant de cette maladie qui gangrène la vie de baucoup d'humains dans notre société. 

Et cet espoir qui entoure Graig est tout simplement magnifique. 

Un livre qui m'a bouleversé pour raisons personnelles, qui m'a surtout aidée à comprendre. 

 

 L'avis d'Antigone, qui m'a donné envie de le lire.

 

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24 janvier 2016

Le Garçon sauvage carnet de montagne de Paolo Cognetti

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Un hiver qui l'a laissé avec un goût amer  point de vue relationnel, une envie d'écrire qui a disparu et ne plus supporter de se cogner à cette foule dans la ville. Il décide alors de suivre les traces de Thoreau, Elisée Reclus qui eux aussi dans la trentaine ont changé de route. 

 

Il part là haut, loin des autres, dans cette montagne où il ne s'est plus rendu depuis dix ans. Pourtant dans son enfance et sa jeunesse, il y passait les étés. Il veut trouver un lieu où il pourra réflechir et se retrouver. Ce sera à 2000 mètres d'altitude, dans une baita maison de pierre et de bois dans un hameau qui a été abandonné mais dont les quatre baitas qui le composent ont été reaménagées. La sienne porte le numéro 1. 

Il emporte un livre de Mario Rigoni Stern.

Il retourne dans la vallée qu'il connait si bien mais sur l'autre versant. 

Il retrouve la montagne au printemps et ses peurs des nuits car là haut, le silence vous fait découvrir des bruits insolites. 

Seul non pas pour longtemps, car au printemps les bergers montent avec le troupeau des vaches. Pas bavards mais c'est une présence.

A t-on besoin de solitude quand on chante par trois fois et que la marmotte vous écoute avant de rentrer dans son terrier. Les chiens de bergers ne sont jamais loin. Décidé de vaincre sa peur de la nuit, dormir à la belle étoile et plonger son regard dans celui du renard. 

Retrouver la montagne, murmurer avec la nature, une neige au mois de mai, une envie de cultiver un jardin en pure perte, couper du bois et ne pas vouloir connaitre ce qui se passe en bas.  

Là haut, il faut bien croiser des hommes outre les bergers qui passent, chercher l'amitié avec les animaux mais aussi celle des humains isolés comme lui.

Remigio, est le propriétaire des baitas, il aime redonner vie à ces vieilles maisons et l'hiver il dame les pistes au village. Il a décidé à 45 ans de lire tous les classiques car il manque de mots via son dialecte pour comprendre et exprimer ce qu'il ressent. 

Gabriele qui doit avoir le même âge vit là haut durant les belles saisons, gardien de troupeau de vaches. Il a femme et enfants mais on ne pose pas de question. On s'invite à des repas l'un chez l'autre. 

Le jeune homme décide de quitter la baita durant trois jours pour monter encore plus haut. Il va vivre au refuge avec les gardiens pour ensuite retourner d'où il vient, plus bas. Au retour, ce sera l'instant des pleurs quand il sera arrêté par un obstacle qu'il croit insurmontable.

 

En octobre, il décide de repartir en même temps que Gabriele et Remmigio après avoir partager un repas où les deux hommes qui ne se parlent pas vont être réunis. 

 

"Comme ermite, je ne valais pas un clou : j'étais monté là haut pour rester seulet n'arrêtais pas de me chercher des amis"

"Cela devait bien finir par arriver, et au bout du compte, entre tous les endroits tristes possibles et imaginales, c'est dans l'une de mes caillasses préférées que je fondis en larmes"

"A la baita, le mois de juillet était déjà bien avancé. Quand l'herbe nous arriva à la taille et commenç à jaunir, partout sur les alpages sortirent les faucheuses, les tracteurs, les remorques, les botteleuses. A la saison des foins, tout le monde mettait la main à la pâte, même les enfants. C'était beau de voir la montagne ratissée comme un jardin : avec les crocus qui fleurissaient dans l'herbe fraiche, croyant à un retour du printemps"

Par deux fois, étrangerment, j'ai pensé à "la petite lumière dans la nuit " de Moresco. Moment magique quand le jeune homme découvre une nuit des lueurs de feux dans la montagne de toutes ces vies isolées mais non loin de lui. Pas si seul que cela là haut. 

Il n'est pas certain que Paolo Cognetti a trouver les réponses à son mal être passager lorsqu'il redescend vers la civilisation. Il emporte avec lui du bonheur partagé, des souvenirs qui ne s'estompéront pas. Il s'est remis à écrire durant l'été. Il quitte la baita comme une belle connaissance. 

Magnifique, magique, à lire et à relire. 

 

Posté par winniethepooh à 12:40 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
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