17 mars 2016

Une île, une forteresse d'Hélène Gaudy

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« Tous, ils font la même chose que ceux qui écrivent, ceux qui jouent, ceux qui dessinent ou peignent, qui ont laissé derrière eux des poèmes ou juste le souvenir de leur corps sur la scène, ils font la même chose que Friedl, se ménagent un espace, et même s’ils savent qu’il sera investi, déformé, qu’on l’utilisera pour inventer une ville qui n’existe pas et s’en servir contre eux, même s’ils le devinent ou le craignent, ils se tiennent encore là, parce qu’il n’y a que là qu’on peut encore se tenir.

C’est Eichmann, m’a dit Georges-Arthur Goldschmidt, c’est Eichmann, entre autre, qui a connu ça, cette histoire d’une ville où l’on démontrerait que les juifs sont des parasites qui se parasiteraient eux-mêmes, qui s’auto-dévoreraient. Ca ne s’est pas produit. Les nazis ont réussi le contraire de ce qu’ils voulaient puisque c’ étaient une floraison extraordinaire de littérature, d’art, en présence de la mort ».

 

 

On leur avait fait croire qu’ils allaient découvrir une ville pour eux, ils allaient se reposer, pouvoir nager dans la rivière, vivre heureux. Ils donnèrent toute leur fortune pour pouvoir vivre dans une belle maison. En guise de villégiature, ils eurent droit à tenter de survivre dans une ville forteresse imaginée par Vauban en forme d’étoile. 

 

C’est à TerEzin que furent déportés les juifs tchèques avant d’être emmenés vers Auschwitz. Pour les demi juifs allemands ainsi que ceux de plus de 65 ans, pour la plupart des artistes à tous les niveaux, ce fut le ghetto. 

 

Les tchèques qui y vivaient furent chassés pour permettre d’y installer les juifs.

 

Le sadisme des nazis fut tel qu’ils imaginèrent de réaliser un film dont tous les prisonniers furent les figurants.  Ils embellirent la ville facticement pour tromper les représentants de la croix rouge, qui fermèrent les yeux par trois fois durant les années de guerre. 

 

Il reste des archives de ce film où l’on découvre des enfants qui chevauchent des chevaux de bois le temps d’une scène. Après les chevaux ne firent plus jamais une gambade. 

 

Mêmes enfermés, les artistes luttèrent pour ne pas sombrer, pièce de théâtre, dessin, classe aux enfants dans l’attente , sans savoir qui disparaitrait en premier. Création d’un orchestre, chant….

 

Ce fut le dernier lieu où fut déporté Robert Desnos qui y mourut du typhus car comme dans tous les autres ghettos, les conditions de survie y furent du nom de l’horreur. 

 

 

 

La ville forteresse est toujours là, elle est devenue un lieu de mémoire qu’Hélène Gaudy a voulu découvrir, s’en imprégner, tenter de cerner ce qui reste en suspens, comprendre, écouter et essayer de saisir la silhouette de son grand-père qui fut déporté en France. Elle raconte le paysage, les rencontres. 

 

 

Elle nous emmène à Birkenau et à Drancy, le jumeau de TerEzin. Drancy qui fut le camp dirigé par les français, devenu une cité HLM. Que ressent-on à vivre entre des murs qui se sont imprégnés de tristesse passée  ? 

 

Un récit percutant. A lire, et à relire. 

 

A TerEzin furent enfermés 139 654 humains.

33 419 y moururent.

86934 furent déportés vers les camps d’extermination.

17 320 survécurent
Sur les 15 000 enfants qui y furent emmenés, il n’est resta qu’un millier.

 

 

« Les souvenirs ne sont pas tous incrustés de la même façon. Moi, je ne me souviens pas du degré de souffrance. On n’avait plus la force d’avoir des sentiments. C’est pour ça, quand les gens me disent vous avez été courageuse…Non, c’est la chance. Je ne peux pas parler pour les autres mais, moi, j’étais devenue, tout de suite un robot. Comme si on m’avait tapé sur la tête. Vous rentrez par une porte, vous êtes normale, vous sortez ce n’est plus vous. Une fois de temps en temps, quand on pouvait se reposer, j’essayais de faire venir dans mon cerveau les visages des miens. Impossible, mon cerveau était vide. Il ne savait plus penser. Je crois que c’est ça, qui m’a sauvée ».

 

 

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Les enfants durant la visite de la croix rouge, le bonheur factice.

 

 

 

 

 

 

 

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07 mars 2016

Tombeau de Pamela Sauvage de Fanny Chiarello

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Tombeau de Pamela Sauvage est tout simplement génial. Je suis consciente que certaines et certains seront déroutés par ce genre d’écriture, pour ma part c’est tout bonheur.

 

Un livre qui se décortique en deux parties. 

 

 

23 personnages qui sont liés selon l’hypothèse de Stanley Milgram , selon une chaine de relations qui arrivent à former une boucle. Je peux vous assurer que dans mon métier, j’ai déjà constaté les preuves de cette hypothèse.

 

Donc Pamela Sauvage meurt et l’on découvre chez elle des K7 VHS ainsi que le livre « Mille films qu’il faut avoir vus avant de mourir ». Livre écrit par Jean Bertrand Coursier et la cent millième acheteuse de ce livre est Angelina Feccia …..et ainsi de suite, 23 personnages vont se succéder.

 

On découvre aussi bien un animateur de tv qu’un homme qui devient sdf ainsi qu’un chien, une cliente mystère etc etc…

 

 

En fait vous n’êtes pas le seul à lire la vie de ces personnes. Un homme ou une femme dans une société future, décortique à travers des explications en bas de page, la vie telle qu’elle était dans notre société actuelle. 

 

Notre société est si bien décortiquée qu’à un moment j’en ai ri, tellement à travers les explications du deuxième lecteur, elle nous apparait ridicule dans ses travers. 

 

Je n’en dirai pas plus. 

 

Lors de ma lecture, je n’ai pu m’empêcher de penser à Georges Perec qui aurait pu imaginer cette double manière d’écrire.

 

Un grand bravo à Fanny Chiarello qui écrit divinement.

 

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28 février 2016

Etta et Otto (et Russel et James) d'Emma Hooper

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Au fin fond du Canada, la famille Vogel est composée de nombreux enfants. Un jour, Otto, constate que sa place est prise à table. Ce sera la demi portion en plus : Russel qui vit non loin de chez eux.

Pendant ce temps, Etta, voit sa soeur partir dans un couvent pour une raison cachée. Quand sa soeur décède, Etta décide de suivre des études d'institutrice. 

Otto et Russel ne se quittent pas. Russel perd l'usage d'un de ses jambes lors d'un incident avec un tracteur. A l'école, ils s'échangent leur place jour après jour.

Etta n'a pas hésité lorsqu'on est venu parler de la place vacante, là bas.

Elle arrive dans ce lieu où tout est poussière et devient l'institutrice des enfants dans la petite école du village.

La guerre, cette maudite, qui entraîne les jeunes à sa suite. Otto s'engage, Russel est réformé.

Etta et Otto vont s'écrire...

Des années beaucoup plus loin, à 83 ans Etta décide de quitter son mari Otto pour aller voir l'océan. Lui, il l'a déjà vu, en partant là bas où l'on se battait.

Elle prend le fusil, du chocolat. Elle espère revenir. Pour qu'Otto n'oublie pas de se nourrir, elle lui laisse des feuillets de recettes de cuisine.

Otto acceptte mais Russel, qui attend toujours la venue des cerfs près de sa ferme, décide de partir à la recherche d'Etta pour la ramener. 

 

Fabuleux, les personnages nous entrainent dans une poésie des sentiments. En quelques mots, on les accompagne. 

Tout est voilé dans les souvenirs qui se mêlent au fur et à mesure de ces pas qu'Etta lancent dans les rêves. On soulève la page tout doucement et l'on ressent les non dits. 

Et James, réalité ? fumerolle dans le vent ? Vous ne pourrez que l'aimer.

Sans oublier le bestiaire d'Otto tout simplement féérique.

 

Je n'ai pas résisté à l'envie de choisir une deuxième couverture, tellement plus belle que celle de la version française.

 

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Voir l'avis de Cathulu qui a également eu le coup de foudre pour James :). Celui d'Isabelle tout aussi positif, celui d'Antigone qui ne pouvait qu'aimer la poésie de ce livre 

 

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19 février 2016

Tout plutôt qu'être un autre de Ned Vizzini

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Un livre qui m'a profondément émue d'autant que l'auteur souffrant de dépression s'est jeté d'un immeuble de Brooklin à 32 ans.

A travers ce roman, on se doute  qu'à travers  Graig, il raconte ce qu'il a vécu.

Graig est un enfant heureux jusqu'à l'âge de 15 ans. Peu avant de tomber dans une déprime il entend parler du syndrôme d'Ondine qui est celui de cesser de respirer et qui touche les dépressionnaires.

Graig a décidé qu'il réussirait sa vie, car si l'on ne réussit pas il est bien entendu dans notre sociée que l'on est un raté.

Il passe donc les examens d'entrée d'une école de prépasde New York, Il ne pense qu'à cela et il réussit l'examen d'entrée. Malheureusement, il réalise que dans cette école on leur demande énormément, il a peur de ne pas y arriver. Il n'en dort plus, il n'arrive plus à manger.

Il va voir un thérapeute qui l'envoie chez un psy. Contre sa dépression, il doit prendre un médicament qui l'aidera.

Il se rajoute à cela un problème sentimental car il est amoureux de Nia la copine de son meilleur ami. 

Il ne comprend pas pourquoi il souffre de cette manière. Un soir il décide de se suicider mais avant, il téléphone à SOS suicide qui lui conseille de se rendre dans un hopital pour son bien.

Il se rend donc à l'hopital à deux pas de chez lui pour entrer dans l'unité psychiatrique pour quelques jours. Ses parents et sa petite soeur qui l'entourent beaucoup et qui l'aident comprennent qu'ils veuillent s'isoler quelque temps.

Dans l'unité, Graig va rencontrer des personnages surtout adultes qui ont certains de plus gros problèmes que lui et qui l'accueillent comme un frère. 

Des personnages haut en couleur qui sont tous plus émouvants l'un que l'autre. Durant ces quelques jours, Graig va prendre conscience que son bonheur ne tient pas uniquement à la réussite de sa vie dans le contexte que notre société exige. Il est lui et il veut vivre....

"Plusieurs grappes de mes camarades malades mentaux au regard vitreux--ou, attendez, je crois que la dénomination officielle pour les gens comme nous est en fait :"patients hospitalisés pour recevoir des soins psychiatriques" émergent de leurs chambres, se frottant les yeux, titubant de sommeil, exactement comme s'ils devaient se rendre au travail et n'attendaient que leur première tasse de café pour démarrer la journée"

Un livre touchant, écrit avec humour et tendresse traitant de cette maladie qui gangrène la vie de baucoup d'humains dans notre société. 

Et cet espoir qui entoure Graig est tout simplement magnifique. 

Un livre qui m'a bouleversé pour raisons personnelles, qui m'a surtout aidée à comprendre. 

 

 L'avis d'Antigone, qui m'a donné envie de le lire.

 

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24 janvier 2016

Le Garçon sauvage carnet de montagne de Paolo Cognetti

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Un hiver qui l'a laissé avec un goût amer  point de vue relationnel, une envie d'écrire qui a disparu et ne plus supporter de se cogner à cette foule dans la ville. Il décide alors de suivre les traces de Thoreau, Elisée Reclus qui eux aussi dans la trentaine ont changé de route. 

 

Il part là haut, loin des autres, dans cette montagne où il ne s'est plus rendu depuis dix ans. Pourtant dans son enfance et sa jeunesse, il y passait les étés. Il veut trouver un lieu où il pourra réflechir et se retrouver. Ce sera à 2000 mètres d'altitude, dans une baita maison de pierre et de bois dans un hameau qui a été abandonné mais dont les quatre baitas qui le composent ont été reaménagées. La sienne porte le numéro 1. 

Il emporte un livre de Mario Rigoni Stern.

Il retourne dans la vallée qu'il connait si bien mais sur l'autre versant. 

Il retrouve la montagne au printemps et ses peurs des nuits car là haut, le silence vous fait découvrir des bruits insolites. 

Seul non pas pour longtemps, car au printemps les bergers montent avec le troupeau des vaches. Pas bavards mais c'est une présence.

A t-on besoin de solitude quand on chante par trois fois et que la marmotte vous écoute avant de rentrer dans son terrier. Les chiens de bergers ne sont jamais loin. Décidé de vaincre sa peur de la nuit, dormir à la belle étoile et plonger son regard dans celui du renard. 

Retrouver la montagne, murmurer avec la nature, une neige au mois de mai, une envie de cultiver un jardin en pure perte, couper du bois et ne pas vouloir connaitre ce qui se passe en bas.  

Là haut, il faut bien croiser des hommes outre les bergers qui passent, chercher l'amitié avec les animaux mais aussi celle des humains isolés comme lui.

Remigio, est le propriétaire des baitas, il aime redonner vie à ces vieilles maisons et l'hiver il dame les pistes au village. Il a décidé à 45 ans de lire tous les classiques car il manque de mots via son dialecte pour comprendre et exprimer ce qu'il ressent. 

Gabriele qui doit avoir le même âge vit là haut durant les belles saisons, gardien de troupeau de vaches. Il a femme et enfants mais on ne pose pas de question. On s'invite à des repas l'un chez l'autre. 

Le jeune homme décide de quitter la baita durant trois jours pour monter encore plus haut. Il va vivre au refuge avec les gardiens pour ensuite retourner d'où il vient, plus bas. Au retour, ce sera l'instant des pleurs quand il sera arrêté par un obstacle qu'il croit insurmontable.

 

En octobre, il décide de repartir en même temps que Gabriele et Remmigio après avoir partager un repas où les deux hommes qui ne se parlent pas vont être réunis. 

 

"Comme ermite, je ne valais pas un clou : j'étais monté là haut pour rester seulet n'arrêtais pas de me chercher des amis"

"Cela devait bien finir par arriver, et au bout du compte, entre tous les endroits tristes possibles et imaginales, c'est dans l'une de mes caillasses préférées que je fondis en larmes"

"A la baita, le mois de juillet était déjà bien avancé. Quand l'herbe nous arriva à la taille et commenç à jaunir, partout sur les alpages sortirent les faucheuses, les tracteurs, les remorques, les botteleuses. A la saison des foins, tout le monde mettait la main à la pâte, même les enfants. C'était beau de voir la montagne ratissée comme un jardin : avec les crocus qui fleurissaient dans l'herbe fraiche, croyant à un retour du printemps"

Par deux fois, étrangerment, j'ai pensé à "la petite lumière dans la nuit " de Moresco. Moment magique quand le jeune homme découvre une nuit des lueurs de feux dans la montagne de toutes ces vies isolées mais non loin de lui. Pas si seul que cela là haut. 

Il n'est pas certain que Paolo Cognetti a trouver les réponses à son mal être passager lorsqu'il redescend vers la civilisation. Il emporte avec lui du bonheur partagé, des souvenirs qui ne s'estompéront pas. Il s'est remis à écrire durant l'été. Il quitte la baita comme une belle connaissance. 

Magnifique, magique, à lire et à relire. 

 

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10 janvier 2016

Guerre et Thérébenthine de Stefan Hertmans

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"Pendant plus de trente ans,, j'ai conservé sans les ouvrir les cahiers où soigneusement, de son écriture incomparable d'avant-guerre, il a consigné ses souvenirs; il me les donnés quelques mois avant sa mort en 1981. Il avait alors quatre-vingt-dix ans. Il était né en 1891, sa vie semblait se résumer à l'inversion de deux chiffres dans une date."

 

En 1891, Emile Claus exposait ce tableau 

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Tout débute par un souvenir d'enfance de l'auteur se déroulant à la mer. Son grand-père remontant le bas de son pantalon en compagnie de sa grand-mère, assis dans le sable sur la plage. 

Tout en nous retraçant l'enfance et la jeunesse de son grand-père, il nous ramène sur les lieux dans la ville qui ont un goût d'enfance aussi bien pour l'auteur que pour son grand-père. 

Les parents de son grand-père s'étaient mariés suite à un coup de foudre. Celine la fille de marchand qui avait étudié, voulait absolument faire sa vie avec Franciscus, peintre dans les Eglises. Celine qui portaient de belles bottines aux pieds du les échanger contre les sabots des pauvres.

Ils furent parents de cinq enfants dont Martien. Si l'on tend l'oreille, on pourrait percevoir le claquement dans les rues de Gand d'un gamin qui court pour trouver de la nourriture et ainsi aider sa mère qu'il adore. Son père, il l'aime tout aussi fort.

Quand on est pauvre, on n'a pas le choix et dès que l'on peut on part travailler, pour Martien ce sera la fonderie où il doit absolument maintenir en équilibre l'immense cuve dans laquelle bout le liquide. 

Il adore accompagner son père dans les Eglises, lui donner ses pigments et rester en silence ensemble.

Son père est amené à partir un an en Angleterre pour son métier malgré le désespoir de Celine. Elle s'inquiète car il est asthmatique et le climat de là bas ne lui conviendra pas mais surtout être séparée de lui pendant une longue année.

Martien désire appreindre à peindre également, le soir après le travail, il se rend à l'école des Beaux Arts mais tracer des lignes à n'en plus finir il abandonne. Alors il va apprendre par lui même petit à petit. 

Son père revient d'Angleterre affaibli et meurt. Celine devient comme folle, elle ne s'occuppe plus de ses enfants jusq'au jour où elle se réveille. Les prétendants se présentent. Celine acceptte la proposition de Henri mais selon un accord, elle l'épouse mais il ne pourra jamais la toucher. 

Martien déteste son beau-père qui se permet de s'asseoir dans le fauteuil  de son père.

Etant pauvre, il n'a que deux solutions, la prêtrise ou l'armée. Il choisit l'armée dans laquelle il va servir quatre ans. 

1914, Martien part à la guerre.

Les écrits du petit carnet sont un témoignage bouleversant de cette guerre qui fut une boucherie. Martien a participé à la bataille de l'Yser. Entre les lignes, on découvre un pan d'histoire de mon pays. L'arrogance des officiers qui parlaient français comme ce l'était à l'époque dans les milieux huppés, et ce mépris qu'ils avaient pour les flamands. Les soldats wallons s'en excusaient même auprès de Martien car entre soldats, ne se posait aucun problème.

La guerre entre francophones et flamands date en partie de cette époque.

Blessé trois fois, convalescence en France et en Angleterre, il va monter de grade, recevoir des médailles. Et enfin la libération tant attendue.

A son retour à Gand, il découvre son beau-père qui s'est mis à boire, sa mère dont les cheveux sont devenus gris, ses soeurs si jolies et la voisine du marchand de grains à l'arrière de leur maison. Maria, comme il va l'aimer, ils sont prêts à se marier mais la grippe espagnole en décide tout autrement.

Alors après la mort de Maria, son futur beau-père lui demande de ne pas quitter la famille. Martien comprend et après reflexion, il épouse la soeur de Maria, Gabrielle.  

Dans la dernière partie du livre, Stefan Hertmans par à la recherche des traces du passé de la grande guerre, sur les traces laissées par son grand-père. Naturellement, les paysages de l'époque sont modifiés, les monuments sont pour la plupart laissés à l'abandon sur un bord de route mais l'Yser lui, est tel que son grand-père l'a décrit lors des embuscades. 

"Tout cela remonte à si longtemps, cela fait un siècle, je marche ici en portant ses gênes dans mon corps, plus seul que solitaire et en retard pour tout. Et, voilà encore le coucou, cette fois proche, fort comme dans un rêve, ce qui me fait sursauter. Il vole au-dessus des arbustes dans la fraicher du printemps, lançant son appel comme certains jours de mon enfance. Il imite la pendule à coucou dans la pièce sombre du milieu, c'est mon grand-père qui relève les poids de cuivre et dit quelque chose d'indisinct à ma mère à propros du temps"

Martien n'a jamais cessé de peindre. Même durant la guerre, il esquissait les croquis de moment de repos, il faisait le portrait de ses camarades. De ces croquis, il n'en reste rien.

Il n'a jamais peint pour gagner sa vie. Il peignait comme s'il était le relais de son père. Il fut l'ami du peintre Baeyens. Il était daltonien mais ne le comprit que plus tard. Il était un excellent copiste et même plus âgé quand ses doigts étaient déformés, qu'il ne voyait plus rien, il persévérait. 

 

Comment expliquer, l'inexplicable. Pourquoi certains livres vous bouleversent et d'autres pas ? Je flotte encore au milieu de ses pages, le coeur encore ébahi. 

Le récit d'un autre monde qui s'évanouit en 1918, les souvenirs d'un enfant accompagnant son grand-père, mais surtout cette envie de le comprendre en parcourant le même chemin, un vrai coup de coeur. 

Sans oublier la description de la ville de Gand où j'ai été en voyage scolaire en primaire et que je n'ai jamais oubliée. 

 

 

 

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06 janvier 2016

Il était une ville de Thomas B Reverdy

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Détroit agonise. Sa robe ne sera bientôt plus que poussière. Elle se noie sous les dettes. Le maire a démissionné. Ceux qui pouvaient sont déjà partis, certains attendent encore un peu et les autres...ils n'ont pas le choix, ils resteront là.

Des quartiers entiers abandonnés, les maisons ne valant plus rien, des quartiers fantômes sans electricité.

Les chiens errent dans les rues, les enfants disparaissent, les demeures brûlent : 200 en une nuit. 

Les pompiers et la police résistent mais pour combien de temps ? 

Detroit n'est plus qu'un squelette dont les plus pauvres s'arrachent les os. 

Catastrophe, catastrophe. Subrprime. Catastrophe. Faillite. Catastrophe

"Charlie, mon petit n'ouvre pas les yeux, c'est plus facile de te raconter ça quand je crois que tu dors. Tu voudrais que je te le dise, mais je ne sais pas à qui la faute. Il y a eu le Paradis et puis il y a eu la pomme, et je ne sais pas qui a décidé de la croquer le premier. Il y a eu un moment où l'on s'est détourné de Dieu, voilà ce que je crois. Il a fallu rêver d'une plus grosse voiture, d'une plus jolie maison, ou rêver de ne pas respirer le même air que tout le monde. C'était notre faute. Pas individuellement, mais ça nous est arrivé à nous, c'est comme ça. On n'a plus parlé la même langue, et c'est cela la guerre."

Eugène arrive à Détroit au milieu de tout ce cahot. Il est envoyé par son Entreprise afin de racheter le désastre qui s'est déroulé en Chine. Une manière de rebondir en somme, enfin c'est ce qu'il pense....

Gloria élève son petit fils Charlie. Son mari a été tué dans la grande emeute qui s'est déroulée il y a tellement longtemps. Sa fille lui a laissé le bébé et s'en est allée on ne sait où. Charlie a douze ans à présent et traine avec ses amis dans son quartier. Lorsque Charlie disparait à son tour, elle va le chercher dans toute la ville et au delà.

"Dehors, quelque part en ville, il y avait Charlie. Il était si jeune. Il avait encore besoin d'elle."

L'inspecteur Brown avec ses années de service derrière lui, travaille cahin caha dans des conditions plus que sordides. Il se questionne sur les disparitions d'enfants. Où sont-ils ?

Et puis, il y a Candice, serveuse au Dive In dont Eugène a un jour poussé la porte, attiré par la lumière. Candice aux lèvres rouges, Candice au si beau sourire. 

A travers ce roman Thomas B Reverdy nous entraine dans les méandres de notre société dite libérale dont Detroit est un exemple.  Dans cette société qu'on nous a concoctée avec soin, il y a encore des humains qui n'ont qu'une envie aimer et être aimés malgré les échecs, malgré la pauvreté, malgré l'abandon. 

Thoma B Reverdy nous le conte si poétiquement...

Magnifique....

"Et c'est ce qui se joue aussi entre les sociétés humaines. Courir, on ne sait faire que ça. Quand ça se met à aller mal, on accèlère. -que faire d'autre ?"

 

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02 octobre 2015

Sable mouvant de Henning Mankell

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En janvier 2014, ce qui ressemblait à un torticolis, s'avère en fait un cancer du poumon. Henning Mankell décide de tenir un journal durant son traitement de chimiothérapie. 

Il n'évoque qu'une seule fois Wallander mais par contre il nous entraine dans le sable mouvant qui constitue une vie et plus particulièrement celle de l'humanité. A travers ses fragments de vie, il nous dévoile un peu de lui. Le départ de sa mère du domicile quant il était petit le laissant seul avec son père qui était juge. Sa décision à 16 ans d'arrêter l'école et de partir à Paris où il découvre ce qu'est la misère.

De ces fragments de vie, il nous fait partager ses pensées sur l'humanité à travers l'art dans les grottes ainsi que le futur que nous ne connaitrons pas puisque lui-même ne sait pas combien d'années il va encore vivre, de ces rencontres qu'il a manquées, de la mort, de la vie, de lecture, de peinturede la perception du temps, de philosophie, du coeur...et bien entendu du cancer mais en toute lucidité.

Nous voyageons à travers le temps, à travers des souvenirs qui l'on marqués. Il nous parle de la jalousie, de la misère, de l'homme, de ses expériences théâtrales, de l'Afrique.

Mais surtout, il nous enseigne que si l'on considère que l'on doit changer sa vie, c'est à nous de prendre la décision tout en sachant que d'autres humains n'ont pas ce choix suite à la misère et à la faim. 

Il nous lance cette joie de vivre qui doit nous tenir debout. Il parle de ce que nous  les humains avons, pouvons et créerons  de pire autant que de bien.

A la fin de ce journal, la maladie avait régressé. Henning Mankell est en sursis de vie. Un répit dont il ne connait pas la durée mais durant ce laps de temps, il compte profiter de la joie.

Je pense que Wallander doit sourire en lisant ce magnifique livre. Henning Mankel s'est hissé hors du sable mouvant. 

Un livre que je vais garder précieusement.

"C'est là une des injustices les plus flagrantes du monde dans lequel nous vivons. Que certains aient le temps de réflechir alors que d'autres n'en ont pas le loisir. Chercher le sens de la vie, cela devrait être inscrit dans les droits fondamentaux de l'homme"

 

 

 

  

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01 octobre 2015

Retour à Little Wing de Nikolas Butler

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Depuis leur enfance, leur amitié était indéfectible et avait grandi à Little Wing.. Hans, Kip, Ronny et Lee. Sans oublier Beth, la plus belle fille de la ville.

 

Ils ont tenté de réaliser leurs rêves : Hank a repris la ferme familiale et s’est marié avec Beth. Kip est parti à Chicago et est devenu courtier en bourse en récoltant une manne d’argent, Ronny champion de rodéo a eu un accident suite à son alcoolisme et survit grâce à l’argent de Lee qui est devenu un chanteur reconnu internationalement.

 

Trentenaires, leur vie est-elle un rêve ou le bonheur leur échappe t-il ? 

 

Hank est heureux dans la ville de son enfance malgré que la vie à la ferme est de plus en plus dure , Kip lui quitte Chicago et va restaurer l’ancienne fabrique de la ville, Lee a toujours gardé un pied à terre rien qu’à lui car Little Wing c’est chez lui.

 

Seul Ronny fugue de temps en temps, il rêve d’un ailleurs.

 

Ils sont tous invités au mariage de Kip à Little Wing bien entendu.

 

 

C’est le récit tout simple d’une amitié entre gars du Wisconsin comme cela pourrait se dérouler dans un tout autre village dans un tout autre pays.

 

Des enfants qui ont grandit ensemble, vécus leur adolescence en groupe et puis qui se sont envolés dans la vie adulte. 

 

On me rétorquera que bof, on en a déjà lu des centaines de livres qui traitent d’amitié mais celui-ci a un quelque chose en plus qui donne envie de s’asseoir aux côtés de Hank et Beth dans leur cuisine, de rire des blagues de Ronny, d’écouter chanter Lee et de demander à Kip d’être moins égocentrique. 

 

Ensuite, on comprend très vite que c’est un livre écrit avec amour par Nikolas Butler. Ils les aime ces quatre gars de l’ouest, sans oublier Beth bien entendu car les femmes ont également un très beau rôle dans le roman. 

 

Premier roman mais quelle merveille….

 

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17 septembre 2015

Les gens dans l'enveloppe d'Isabelle Monnin

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Au départ, il y a le lot de photos acheté à un brocanteur via internet. Des polaroids, silhouettes figées dans l’instant, des hommes, des femmes mais surtout cette petite fille.

Imaginer leur histoire, leur donner les prénoms. La petite se nommera Laurence.

Isabelle Monnin imagine que la maman de Laurence, Michelle est partie, comme cela un beau matin. Elle est partie vers l’Argentine avec son amant laissant le père Serge en tête à tête avec sa petite fille.

Laurence est solitaire, elle ne pense qu’au retour de sa maman et le père sombre dans la tristesse.

Les étés au camping, les séjours chez les grands-parents à la campagne. 

Laurence grandit et décide de prendre son envol, là bas, à la recherche de sa mère.

Dans cette partie roman, la vie de trois générations de femme Simonne, Michelle, Laurence. Les récits s’entremêlent entre rêve et poésie. 

 

Ensuite, l’enquête pour retrouver ou découvrir ce que sont devenus ces visages, sous forme de journal.

Grâce au recensement d’un clocher sur internet qui se recoupe avec celui qui se profile sur une photo, Isabelle Monnin découvre que ce ne peut-être qu’à Clerval. 

 

Elle va interroger les vieilles personnes du village. Les broussailles deviennent sentier et le sentier se transforme en chemin qui la mène vers cette petite fille et qui se nomme réellement Laurence.

 

Etrangement, dans le roman Michelle a quitté Serge car elle s’ennuyait, elle ne voulait pas de cette vie dont chaque instant ressemble à l’autre. La maman de Laurence a quitté également Michel par ennui. A travers les visages Isabelle Monnin a décelé des failles pas totalement réinventées.

 

Pour clore, un cd imaginé par Alex Beaupin pour que les gens de l’enveloppe ne se perdent pas dans le temps, que leur vie ne s’arrête pas au bord usé des polaroids. 

 

Et derrière les lignes, l’ombre de la soeur disparue d’Isabelle Monnin.

 

 

Il y a l’écriture d’Isabelle Monnin qui est si belle, si émotive. Les vies imaginées et les vraies vies qui se répondent. 

Pas de voyeurisme, juste un désir de tendre le regard vers les autres. 

 

Posté par winniethepooh à 09:26 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
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