17 janvier 2017

Je dansais de Carole Zalberg

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C’est la rage au coeur que j’ai refermé ce magnifique roman de Carole Zalberg.  Rage contre ces hommes qui au nom de qui au nom de quoi ? s’arrogent  le droit de prendre possession du corps des femmes, de ces hommes qui interdisent aux femmes leur droit à la liberté, de ces hommes qui ne voient dans de jeunes enfants uniquement l’image d’un jouet qui répondra à leur désir sexuel. 

 

Je l’ai lu d’une traite, les mâchoires serrées, les mots se noyant dans cette rage. 

 

Marie adore danser, Marie est heureuse mais elle signe son destin en regardant bien en face le garçon qui a le visage monstrueux suite à des brûlures. Il décide qu’elle sera sa princesse. Il va la suivre et attendra son heure.

 

Une cave sera l’habitacle de Marie durant quelques années.  Il ne veut pas lui faire du mal mais son désir étant trop grand, Marie subit le viol. Elle ne parle plus sauf pour lui lancer des injures. 

Seuls les livres qu’il lui apporte ouvrent cette cage dont elle n’essaye même plus de s’échapper.

 

 

Au fur et à mesure des pages, Marie raconte, Edouard le monstre se justifie de son acte. A travers son amour pour Marie, il tente de nous faire comprendre qu’il demande juste à être aimé lui aussi. Il a été détruit et comme réponse, il détruit à son tour, il saccage le corps de Marie. Un corps de son sans émotion. 

 

En écho, répondent la douleur d’une mère et d’un père qui pensent encore, qui espèrent encore, qui s’engluent dans cette douleur qui les noient. Ils avaient promis une vie si belle à leur petite fille : imaginer si elle est encore en vie, s’il est possible de l’imaginer cette souffrance qui entoure Marie.  

 

 

 

Cette douleur est décuplée à travers les voix de toutes celles qui souffrent dans le monde par le seul fait d’être née femme et de posséder ce corps qui attire les hommes. 

 

De cette douleur nait une force que les hommes ne peuvent dompter : la survie. 

 

 

J’ai retrouvé avec bonheur l’écriture de Carole Zalberg. Ses mots qui vous percutent, qui vous broient, qui ne laissent pas indifférents. 

 

Feu pour Feu m’avait émotionnellement conquise. 

 

 

Je dansais est un cri d’amour pour toutes les femmes qui subissent la violence.  Je dansais est un plaidoyer contre la maltraitance et l'enfermement tant physique que moral. 

 

Que vous dire Carole Zalberg ? Que votre livre est magnifique ? Il est plus que cela.

 

 

« Les premières fois, je chercherai à empêcher l’assaut. Mais j’ai appris. Très vite j’ai appris.  Mieux vaut l’immobilité.  Quand il se consume, mieux vaut la pierre. Attendre au fond de soi. Ensuite, il me lavera, soignera les traces de sa brutalité, mendiera un pardon que je n’accorderai jamais. Et c’est lui qu’il punira. Je le sais  : d’abord à coup sûr , il s’endort , mais plus tard, beaucoup plus tard , je l’entends hurler »

 

 

La date de parution du roman est prévue le 01 février dans toute bonne librairie.
Vous pouvez également vous le procurer au salon Lire c'est libre à la mairie du 7ième Paris ce 28 janvier.

 

 

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Lettre à ma fille de Maya Angelou

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« Je suis convaincue que la plupart d’entre nous ne grandissent pas. On apprend à se garer, à rembourser ses cartes de crédit, on se marie, on ose avoir des enfants et on appelle cela grandir. Or, nous nous contentons de vieillir. Nous accumulons les années dans notre corps, sur notre visage, mais, au vrai, dans notre chair demeure l’enfant que nous étions, innocent et timide comme un soupir.

 

 

Maya Angelou, décédée en 2014, fut  ce que l’on peut nommer une grande dame. Elle fut décorée par le Président Obama. Poète écrivain, activiste pour les droits civiques américains, proche de Martin Luther King, chanteuse, danseuse. Pourtant, et avec grande honte, en choisissant ce livre en librairie je ne n’avais entendu son nom ou je n’avais pas fait attention quand on en parlait dans les médias.

 

Dans ce petit livre, elle nous ouvre le chemin de ce que fut sa vie. 

 

Lettre à ma fille est adressée à toutes les femmes qui pourraient ou auraient pu être sa fille, de n’importe quel continent, n’importe quelle nation car en réalité Maya Angelou n’a jamais eu de fille mais un garçon qu’elle a adoré. 

 

Maya Angelou est née à Saint Louis. A l’âge de trois ans, elle déménage avec sa famille  à Stamps chez sa grand mère paternelle MAMA. Sa grand-mère mesurait 1 m80 tout comme Maya plus tard. 

C’est durant cette enfance à Stamps qu’elle sera confrontée à cette différence entre les noirs et les blancs qui est présente dans le Sud mais qui n’affectera pas l’écrivain car elle ne s’est jamais sentie inférieure aux autres.

 

Dans cette longue lettre, divisée en plusieurs chapitres, elle nous raconte des épisodes de sa vie parfois violents, d’autres plus humoristiques. Très américaine, l’esprit patriotique et fustige en quelques mots les hommes politiques. Ce qu'elle doit à sa mère qui lui a appris l'indépendance.

Des poèmes : les siens et d’autres tel celui de Mari Evans

 

Je suis une femme noire

 

Je

Suis une femme noire

Haute comme un cyprès. Forte au delà de toute mesure

Défiant l’espace

Et le temps

Et les situations

Assaillie

Insensible

Indestructible

Regarde-moi

Et sois

Renouvelée

 

 

Une longue lettre écrite avec bonté et tolérance.Une lettre qu'elle clot avec le portrait de sa grand-mère. Une lettre d’amour à nous qui aurions pu être ses filles. Magnifique…

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16 janvier 2017

Vie de ma voisine de Geneviève Brisac

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Si la romancière n’avait pas emménagé dans un nouvel appartement, aurait-elle croisé Jenny ? Possible. Le destin est parfois singulier.

 

La vieille dame va l’aborder timidement. Charlotte Delbo : la romancière en a parlé et Jenny était son amie. 

 

Charlotte Delbo, elles vont en parler des heures durant. 

 

Et en hiver, un petit papier plié en quatre qui évoquent la mort de ceux qu’on aimait glissé dans une enveloppe. Jenny est prête à raconter ses morts. 

 

Eugenie, dite NIni commence: sa mère Ruvka qui quitte son village de Pologne afin de gouter à la liberté. Elle veut vivre comme elle l’entend. 

 

Elle va adhérer au Bund, l’Union des travailleurs juifs de Lituanie, Pologne et Russie. Espoir de voit naître une nouvelle société.

 

En 1924, elle rejoint Nuchim Plocki en France. Un bébé est annoncé. Ils se marient. Ce sera Jenny qui est considérée par ce nouveau pays comme française. 

 

Ils ne vivent pas dans le grand luxe. Tous deux travaillent à l’usine Menier la chocolaterie mais Ruvka n’aime pas cela et persuade Nuchim d’entreprendre autre chose. Ils deviennent commerçants et vendent des chaussettes sur le marché à Aubervilliers.

 

Ensuite, ce sera un nouvel appartement à Vincennes. Une partie de leur famille les rejoint et va vivre dans la même rue. 

C’est dans le bois tout proche que Nuchim emmène sa petite fille. Ils  discutent longuement. C’est avec lui qu’elle fera partie de toutes les manifestations socialistes. Jamais il ne parle de ce frère qui croyait en un autre avenir et qui fut assassiné en Russie. Russie où beaucoup d’autres événements tragiques se déroulent. 

 

Une petite vie bien tranquille, l’arrivée d’un petit frère, Monique sa meilleure amie, elles sont inséparables. La vie est belle jusqu’au jour où l’on décrété que les juifs sont indésirables : premier octobre 1940 peu après la défaite, avis signé par Pétain à Vichy. 

Sur le stand de ses parents, au marché, il est indiqué qu’ils sont juifs, les gens n’achètent plus et un gérant est nommé pour arganier ce commerce. 

Jenny ne portera jamais l’étoile juive sur ses vêtements, elle la coudra sur son écharpe. Monique reste envers tout son amie.

Tout devient de plus en plus sombre. Son père a du trouver un autre travail. 

 

Et le 16 juillet  1942, date cerclée de honte dans l’histoire, rafle des juifs dans Paris. La famille de Jenny est emmenée dans une villa et là un commissaire déclare que tous les enfants de nationalité française peuvent rester. Les parents de Jenny vont prendre la décision qui leur brisera sûrement le coeur à jamais. Ils décident que les enfants ne partiront pas avec eux. Rivka donne toutes ses recommandations à la jeune fille de 14 ans. Elle doit payer le loyer, s’occuper de son frère…etc Vite très vite, car les instants sont comptés. Ils seront les seuls enfants survivants. 

 

Jenny ne reverra jamais ses parents. Dans le wagon qui l’emmène son père écrit sur un petit bout de papier qu’il jette à l’extérieur. Le billet arrivera longtemps après chez Jenny mais elle mettra quarante ans à avoir le courage de le faire traduire. Mais quel magnifique message d’un père à ses enfants. 

 

Je ne continue pas à vous décrire la vie de Jenny; C’est à vous de la découvrir..

 

Entre Jenny et la romancière se tissent  des liens  et le récit est entrecoupé par un voyage en bus pour retrouver la maison d’enfance de Jenny, des conseils de jardinerie, assister à la représentation d’Aida au théâtre, promenades…

 

Personne ne sait ce qu’est devenue Rivka mais elle peut être fière d’avoir insufflé cette envie de vivre à sa fille. Liberté, c’est ce qu’elle lui a dit dans ses dernières recommandations.

 

« Rivka qui à appris à sa fille à ne pas croire au Père Noel, ni à la petite souris, ni à Dieu ni au diable, mais seulement à l’amour, à la lutte et à la liberté, lui apprend en deux heures à être une femme libre, une femme indépendante. »

 

 

Vous aurez compris que pour ma part, ce livre est un vrai coup de coeur et qui est écrit avec le coeur. Lire c’est essentiel, apprendre encore et encore. Cela vous ouvre des portes insoupçonnables. 

 

C’est une véritable leçon d’humanité à travers le récit de Jenny. Faites partie de ceux qui comprennent, tendez la main. Peu importe si vous ne recevez rien en retour mais tendez là. 

 

Lire c’est essentiel, apprendre encore et encore. Cela vous ouvre des portes insoupçonnables. 

Liberté et lire commencent par la même syllabe. 

 

 

 

« Il lui transmet son humanisme indestructible. Il a toujours été socialiste. Toute sa vie. Un militant ouvrier. Un intellectuel révolutionnaire. Un homme qui n’avait peur de rien, ayant déjà tout vu.

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13 décembre 2016

Quoiqu'il arrive de Laura Barnett

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1938. Miriam qui attend famille rencontre un homme dans une gare qui se nomme Jakob. Il va prendre soin d'elle et élver Eva comme sa fille.

Au même moment, Vivian dont le mari est un peintre célèbre met au monde un garçon qui se nommera Jim.

 

Quelques années plus tard, sur une route qui mène à Cambridge Eva à vélo, evite un chien mais le clou qui pourrait crever un pneu, lui va t-elle l'éviter ?

Trois versions différentes de ce que pourrait être la vie de Marian et de Jim car Jim se trouve sur cette route. 

Jim aide Marian après la crevaison. L'autre possibilité est que Marian évite le clou. 

Ce qui est indéniable c'est que Eva est amoureuse d'une jeune acteur David Kantz. Quittera t-elle cet homme qu'elle aime pour un autre suite à une simple rencontre ou fera t-elle sa vie avec lui ?

Jim aime l'art mais réussira-t-il ou pas dans sa passion d'autant que sa mère Vivian lui bousille la vie. 

Eva elle désire écrire mais qu'en sera-t-il dans chacune des versions ? 

Livre extraordinaire qui nous livre trois possibilités de vie selon les décisions que les protagonistes prennent. Trois couples différents mais dont le centre est cet amour qu'il y aura entre Jim et Eva même si leur direction n'est pas toujours la même. 

Qui ne s'est jamais demandé ce qu'aurait été sa vie si l'on avait fait tel geste, pris telle décision ? On peut imaginer plusieurs vies comme Laura Barnett. 

Le livre se déroule de 1958 aux années 2000. Le début est le même ainsi que la fin. C'est le film des années qui se déroulent  qui est différent selon ce que chacun fait ou ne fait pas. 

Un roman que j'ai lu tout doucement pour ne pas quitter Eva et Jim trop rapidement. 

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21 octobre 2016

La jungle d'Upton Sinclair

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En ce début du XXième siècle Jurgis quitte la Lituanie  pour fuir la pauvreté. Il part avec la femme qu'il aime Ona ainsi qu'une partie des deux familles. Ils rêvent d'une vie meilleure en Amérique, là bas à Chicago.

Ils se font arnaqués durant le voyage et arrivés à Chicago sont complètement déboussolés. Leur chemin les conduits vers un endroit qui pue cerné par le bruit. Le quartier des abattoirs.

Jurgis jeune et plein de force va être engagé dans cette usine car ils découvrent tous que oui il y a plus de liberté mais c'est un oeuphémisme.  la vie y est plus chère que dans leur pays. Ils vivent entassés dans un appartement jusqu'au jour où ils découvrent une publicité vantant les mérites d'êtres propriétaire.

Ignorants, ne parlant pas l'anglais, ils se font arnaquer en achetant cette maison qui en fait est un taudis. Pour rembourser la maison chaque mois, Jurgis doit absolument travailler encore et encore. Les femmes également ainsi qu'un des enfants. Usine de conserverie, usine de phosphates....travailler, travailler pour un salaire qui leur donne à peine de quoi manger.

Malgré leur bonne volonté, ils vont s'enfoncer et le jour où Jurgis est jeté en prison , c'est la descente aux enfers...

Lorsqu'il sort, c'est une autre famille qui vit dans leur maison. 

Il n'a plus rien à perdre, que se perdre lui même dans la malhonnêté. Il aura de l'argent mais perdra tout. A nouveau la prison, la mendicité, le vol à l'étalage jusqu'au jour où il retrouve une partie de la famille et qu'il pousse la porte d'une assemblée et va découvrir le socialisme. 

 

Upton Sinclair était journaliste. Lors de la parution du livre en 1906, ce fut le scandale  parce qu'il dénonçait les conditions ouvrières misérables mais également pour  sa description des abattoirs. Chicago comme toute l'Amérique était aux mains des Trusts qui offraient les pots de vin aux politiques et truquaient les élections. 

Ce qui est édifiant c'est que les ouvriers travaillaient sans protection aucune. Les dépeceurs étaient couverts de sang, les ateliers l'hiver n'étaient pas chauffés, aucune aération. Les contrôles de la viande étaient factices : on mélangeait aussi bien les carcasses avariées que celles de bonne qualité. 

Les tricheries des multinationales actuelles concernant la viande sont exactement les mêmes en grande partie qu'à l'époque.  Et comme aujourd'hui tout cela au nom de l'argent avec un grand A. 

Grâce à Upton Sinclair qui fut reçu par le président Roosevelt, des amélioriations furent décidées pour que les ouvriers ne subissent plus journellement cette horreur. 

 

"Pourtant ni Ona, ni les siens n'étaient devenus insensibles. Leurs âmes n'étaient qu'assoupies. Quand elles se réveillaient, la porte de leur mémoire s'ouvrait en grand. Quel moment terribe c'était alors pour nos amis ! Les joies, les espoirs et les rêves d'autrefois leur tendaient les bras et leur parlaient. Ils ressentaient sur les épaules le poids infini de leur fardeau et savaient qu'ils ne s'en libéreraient jamais. Ils n'avaient même plus le courage de protester. L'angoisse les saisissait, plus terrible que s'ils avaient vu la mort en face. C'était une terreur indicible, inexprimable et qui ne lâcherait jamais prise."

Nous sommes au XXIième et en renfermant ce roman, on réalise que rien n'a vraiment changé. Le pouvoir de l'argent profite de la pauvreté de milliers d'êtres par le monde. Le capitalisme n'a jamais cessé d'exister entrainant sa voracité  dans une main d'oeuvre inépuisable et renouvelable à satiété. 

 

 

 

 

 

 

 

 

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20 octobre 2016

Le côté gauche de la plage de Catherine Cusset

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nutile de chercher sur une carte, Catherine Cusset ne vous dévoilera pas le nom de sa plage. Pour y accéder, il vous faudra marcher un kilomètre en évitant les griffures des ronces. 

 

Sur cette plage, elle a couru sur les pas de l’enfance, elle y a emmené sa fille à peine née et a rencontré Jean.

 

C’est sa plage de l’été, elle ne manquerait leur rendez vous pour rien au monde.

 

Pour la croiser, vous devez vous rendre du côté gauche, où les touristes ne vont pas. 

 

Si vous apercevez une naïade sans vêtements, c’est elle car c’est le côté de la plage où dame nature a ses droits.

 

« Cette plage est le legs de mon père. Lui qui se dit déçu de ne pas avoir réussi  à nous transmettre  sa foi m’a transmis quelque chose d’aussi fort, l’amour d’un lieu et un bonheur fou lié à cet amour. Il m’a transmis Porzcrac’h et le plaisir du bain nu »

 

C’est pour Jean qu’elle a écrit ce si beau récit de sa plage. 

 

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Aquarelle d'Alain Robet. 

 

 

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20 septembre 2016

Les Singuliers d'Anne Percin

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Hugo Boch, fils de ladite famille très connue, quitte la Belgique pour se consacrer à sa passion la peinture. Il emmène avec lui un appareil photographique, là bas à Pont Aven. Il veut découvrir la communauté d'artistes peintres qui y résident.

Des peintres, il y en a certainement mais le plus omniprésent c'est ce Goge l'appelle certains, c'est àdire Gauguin. 

De peinture, il n'en est plus vite question, il va s'adonner à la photographie dont son père préconise la fin car ce n'est qu'une mode. 

Aidé par sa famille au début, c'est la cassure quand son père comprend qu'Hugo ne reviendra pas travailler à la faiencerie ni ne s'incrira, s'il aime vraiment la peinture, à une académie.

C'est à travers des lettres qu'il décrit sa vie à sa cousine Hazel qui a quitté la Belgique pour Paris, peintre elle aussi. Tobias son ami de jeunesse, lui écrit également. Ils partagent le même amour de la peinture mais malheureusement le jeune homme souffre d'atroces migraines qui le rendent, au moment des crises, totalement instable. Leur amitié date du temps de leur convalescence dans un sanatorium. 

A Pont Aven, trop de monde, alors Hugo se réfugie dans un autre village : Le Pouldu. Il tombe amoureux de l'hotellière Marie mais ne se déclarant pas, elle choisit un autre peintre. C'est grâce à la photo qu'il vivote en créant des cartes postales et en devenant portraitiste. Il deviendra l'Ankou, celui qui portraitise les morts. 

Mais il y a surtout  Van Gogh dont on parle tant, dont Gauguin est l'ami et qu'on ne voit jamais.

Une autre cousine Ana Boch, vivant à Bruxelles et faisant partie d'un groupe d'artistes nommés les XX, organise de petites expositions, étant peintre elle-même, est une fan inconditionnelle de Van Gogh. Elle lui achètera même un tableau, le seul qu'il vendra de son vivant.

 

A travers les lettres des personnages de fiction et réels pour certains, c'est une période artistique intense qui prend vie. Une nouvelle époque qui voit fleurir des peintres qui ne veulent plus des Monet, des Manet...Il faut peindre ce que l'on voit, la réalité telle que le regard la suprend et ne veux pas oser voir. Gauguin en est le plus parfait exemple ainsi que Van Gogh, trop en avance pour leur temps malheureusement.

 Hazel maniant l'humour, est un personnage charnière, nous démontrant toutes les difficultés auxquelles se heurtaient les femmes pour vivre leur liberté. Même si l'Académie des Beaux-Arts de Bruxelles s'ouvre aux femmes, elle rate le concours. 

 

Un merveilleux roman, d'une grande sensibilité,  qui nous entraine dans le ressenti de l'être qui se voue à l'art. Voir, comprendre et tenter de partager son oeuvre : le plus difficile. 

 

Et en ombre chinoise, Van Gogh, toujours évoqué par les autres ainsi que le colérique Gauguin.

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 La vigne rouge, tableau acheté du vivant de Van Gogh, par Anna Boch.

 

Falaise à Sanary d'Anna Boch

 

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 "Tu sais voir comme moi. Nous le savons tous les deux. Nous courons le monde d'un côté et de l'autre pour exercer notre secret"

 

 

 

 

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05 septembre 2016

Le monde est mon langage d'Alain Mabanckou

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Comment vous parler de ce merveilleux livre qui nous transporte dans divers endroits de la planète ? Ne me targuant pas d'être critique  de livres, je ne saurais analyser la sémantique, ni le pourquoi, ni le comment. J'aime parler des livres qui m'ont rendue heureuse. Les abandonnés, les non aimés je les oublie immédiatement.

Alain Mabanckou à travers son langage nous emmène à la rencontre de personnages suprenants parfois, attendrissants aussi. Il nous confie ses rencontres avec J.M Le Clézio, sa rencontre avec un clochard qui s'entoure d'un trait de craie bleue, de son tailleur ah son tailleur quel personnage etc.. mais avant tout à travers ses voyages il nous dévoile des écrivains que pour ma part je ne connais pas du tout. De part son langage, il nous fait percervoir d'autres langages autour du monde car la littérature permet cette ouverture. C'est une ronde de mots qui passe d'un continent à un autre. On la happe en passant et la frontière s'ouvre pour tendre la main aux rêves de l'écrivain. 

Alain Mabanckou nous dévoile les trois livres qu'il emmènerait sur une île déserte mais je n'en dévoile rien.

 

Il nous dévoile ses pensées sur le post-colionalisme littéraire, la négritude, la croélitude. Il confronte ses idées à celles d'autres écrivains sur le sujet. Sans oublier la place de la poésie dans notre société : où est-elle ? Disparait-elle ? Vaste sujet.

Comme Alain Mabanckou l'écrit, il faut lire ses lignes comme une autobiographie à travers les regards qu'il porte sur les autres et le renvoi de leur regard. Regarder, écouter, s'intéresser à l'autre quel qu'il soit. 

Livre de partage entre l'écrivain et son lecteur, magique d'humanité. 

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03 septembre 2016

Bad girl classes de littérature de Nancy Huston

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Certains livres peuvent vous percuter et Bad Girl en fait partie.

Comment devient-on Nancy Huston l'écrivain en étant née dans une famille un peu dépareillée ? Comment s'accepte t-on alors qu'on aurait pu ne pas ouvrir les yeux, n'étant pas désirée ? On s'accroche le plus fort que l'on peut.

Nancy Huston nous raconte sont enfance et ses ancêtres non par le je mais par le tu qu'elle adresse au foetus Doriss qui a décidé de grandir dans le ventre de sa mère Allisson. 

 

Kenneth et Allisson ses parents se sont mariés car un autre bébé était déjà en gestation. Nancy sera la deuxième malgré les sautsde sa mère  pour la décoller de la vie. Grossesse avouée après quelque temps au père qui reçoit l'annonce sans plaisir car les jeunes parents sont pauvres. Inconcevable pour leurs familles qui ont montés les échelons de la société. 

 

Elle va grandir entre un père dépressif qui ne cesse de faire déménager sa famille et une mère par moments hystérique qui ne rêve que de liberté. D'ailleurs, les enfants sont souvent confiés à d'autres personnes car les parents décident de continuer leurs études. De plus, la religion tient un rôle important car l'un des grands-pères est pasteur, une tante missionnaire à l'étranger. 

Ce sont la lecture et la musique qui permettront l'évasion car dans la musique volent également les mots. Se sentir détachée et décider de partir à Paris, voyager, tenter de trouver son équilibre. Comprendre très vite qu'étant fille on peut plaire et faire de rencontres non pas toujours d'amour mais des rencontres pour écouter.

Trouver sa place sur le fil déséquilibré du couple que forme ses parents et qui se soldera par un échec qui est le divorce. Une belle-mère allemande et une maman qu'elle ne verra plus qu'épisodiquement.

Et pourtant, ses parents lui ont offert, le peu qu'ils savaient donné dans leur conflit personnel. Nous sommes toujours la somme de tous ceux qui nous précédé.

 

A travers cette autobiographie, Nancy Huston nous parle des femmes, de ces ventres qui doivent enfanter car c'est ce qu'on voit encore et toujours en nous malgré les siècles qui défilent. 

A travers la personnalité de sa mère, elle dévoile ces femmes qui désirent  et qui ont une soif d'apprendre encore et encore mais ce qui est accepté pour l'homme ne l'est pas bien souvent pour la femme.

Un livre qui nous pousse à nous interroger sur nous-même et surtout sur la condition de la femme avant et après le XXième siècle.

 

Epoustouflant, revigorant, énergisant... Un livre à lire et relire....

Cathulu en parle si bien 

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06 août 2016

En suivant la mer de Marie Magdeleine Lessana.

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Tel Pier Paolo Pasolini qui avait écrit La longue route de sable en 1959, arpentant les villages de bord de mer, Marie Magdeleine Lessana décide l'été 2015 de le passer non plus en famille mais seule à la rencontre de la mer, et désirant découvrir la manière dont les hommes et femmes se comportent durant leurs vacances. Elle débute son voyage en compagnie d'une amie photographe par le nord. Calais, Dunkerke, Malo les Bains .... La Baie de la Somme pour se rendre jusqu'à Dieppe.

"De ma fenêtre, je distingue une série de lignes horizontales, sable gris marron, virant rosé près de l'eau à son écume, ligne verte de plus en plus intense, puis bleue. Horizon net,. Et le ciel est immense. Je regarde la mer du Nord, le soleil va se coucher à ma gauche. Je ne m'y fais pas"

"Sur la route, on ne se lasse pas d'observer les champs à perte de vue, de blé, d'avoine, de lin, les patrurages des vaches, agriculture de plateau  en apesanteur jusqu'à l'horizon bleu sans transition. Aujourd'hui il y a beaucoup de vent. Je voudrais m'envoler en m'élançant dans les champs"

Elle décide de continuer le voyage seule vers la Normandie car être à deux ne donnent pas toujours l'unisson dans les émotions.

Direction Rouen en train et ensuite voiture de location Fécamp, Etretat, Le Havre chaque endroit amène son lot de sensations avec cette culpabilité d'être seule face à ces familles en vacances. 

Ensuite la Basse Normandie Trouville, Houlgate, Cabourg. Grand Camp Maisy 

"Au matin, j'entends le bruit des vagues sous la fenêtre avec l'impression étrange  que quelqu'un, pas loin m'accompagne.Je suis seule pourtant, avec une certaine joie dès le matin. J'ouvre le store, il pleut, l'air est gris et brumeux. La mer à mes pieds est haute, bien vivante. De rares preomeneurs de chiens encapuchonnés longent le rue lèchée par les vagues. La ligne d'horizon est estompée par la vapeur"

Arromanches, Le Mont Saint Michel pour rejoinde la Bretagne. Le long de ce voyage à certains endroits, elle repense au moment où elle y était, adolescente, maman, avec des amis. 

Granville

"De ma fenêtre, j'observe les gens sur le quai au réveil. Ce qui domine à mes yeux est la normalisation de la vie, une sorte de morale sociale partout.Les réjouissances des vacances ou du week end à la mer sont très conformes. . En profiter, c'est se promener, se baigner. , s'occuper de faire jouer les enfants, les gâter avec des jeux, des attractions, des sucreries et des objets,  le tout avec un un discours banal standardisé"

La Bretagne, Paimpol, Brest, les Côtes d'Armor, Douarnenez, Carnac, Quiberon et ensuite passer à Saint Nazaire. l'ïle de Bréhat

 

l'Ile de Ré où elle loge dans l'ancienne maison de Lacan

"Comme c'est agréable cette sensation d'être dans une grande maison où rien n'est neuf , avec juste des livres qui ont été choisis et lus.

Elle y retrouve Charlotte une amie atteinte du cancer. 

Royan, Arcachon. Sa route la mène jusqu'à la frontière espagnole. Apprécier la jovialité des espagnols et repasser la frontière Saint Jean de Luz, Biarritz, 

 

Et la Méditérranée, là d'où elle vient. Elle remonte jusqu'à la Camargue pour ensuite joindre Marseille . La pPresqu'île de Giens c'est chez elle.

Mais le voyage continue vers Saint Raphael Sainte Maxime pour rejoindre Menton

 

"Je resterais bien à Menton parmi les vieux, les lents, les enfants  en poussette, les gentils. J'écrirais, je regarderais  la mer longtemps, je déambulerais, j'achèteraisun savon au citron et de l'eau de Menton. Jusqu'à ne plus sentir le temps passer et m'y fondre.

Enfin, non, qu'est qui me prend ? Ca évoque une mort lente. Certainement pas !"

L'italie et ses réfugiés. Impuissance de pouvoir les aider. Retour à la presqu'île de Giens où les vacances se terminent avec sa petite fille.

Tout le long du voyage, une inquiètude ne l'a pas quittée. C'était la mort de Charlotte qu'elle apréhendait.

 

Ce livre fait partie des trésors que je lirai et relirai. Découvrir à travers l'écriture d'une autre personne des lieux que l'on a connus et d'autres qu'on aimerait voir. Et cette émotion palpable....

A l'arrière plan, la mer, encore et toujours la mer. On perçoit le bruit des vagues, le rire des enfants, les silhouettes le long des plages, l'ennui, la joie, des moments de vacances tout simplement.

Je n'ai évoqué bien entendu qu'une partie des lieux du voyage...

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