01 octobre 2018

Un homme doit mourir de Pascal Dessaint

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Avant de vous chroniquer ce livre, sachez que chaque héron qui apparait à l’horizon est associé dans mon petit cerveau à Pascal Dessaint cet amoureux des oiseaux.

 

 

J’ai savouré ce nouveau roman c’est un fait acquis.

 

A travers le portrait de personnages principaux Pascal Dessaint nous schématise ce que notre monde est devenu.

 

Boris, naturaliste et donc aimant la nature, est pourtant employé par une société qui contre expertise l’avis de l’expert qui pourrait ne pas aller dans leur sens. Bon bref, Boris travaille pour obtenir l’aval de cette décharge dans les landes. Pourtant Boris n’est pas un mauvais bougre : il loge dans un gîte tenu par des écolos et il s’accorde du temps pour écouter Pepe qui va créer une Zad. 

 

Pepe à l’arme idéale contre la non implantation. Une petite chose qui vole. Une libellule. 

 

A l’opposé de Boris, Alexis. Il se dit forestier. En fait, il fait abattre  des forets tout en sachant la catastrophe écologique que cela peut provoquer. Il s’en fout. Il pense argent mais beaucoup moins que son ami Raphael qui lui a érigé et fait venir par hélicoptère une villa sur une dune qu’il a complètement arasée, rien que pour la vue. Villa bâtie avec l’accord de la municipalité : l’argent achète tout. 

 

Tout en survolant telle la libellule de son écriture, ce chaos mondial, Pascal Dessaint ne nous lance pas de grandes phrases : révoltez-vous, non plus calmement, il nous fait comprendre qu’il ne faut jamais perdre espoir et que chaque petit chose, meme si c’est un insecte, mérite que l’on se mobilise pour lui. Observez, regardez et résistez. 

 

Très très bon roman, je me répète.

 

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05 septembre 2018

Eden Springs de Laura Kasischke

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Benjamin Purnell, en compagnie de Cora son ancienne institutrice, va fonder une communauté religieuse à Benton Harbor. La colonie s’appellera la maison de David.

 

Enfant Benjamin a eu une révélation. Il a entendu un voix, celle de Dieu, qui lui commandait de construire un asile pour que ceux qui le suivent soit à l’abri lors de la fin du monde. Benjamin prédit même que les disciples auraient la vie éternelle et que la jeunesse ne disparaitrait jamais, donc qu’ils vieilliraient pas.

 

Les femmes sont folles de lui, de cet être charismatique qui a des cheveux longs ainsi qu’une belle barbe. 

 

Les jeunes filles de la communauté ainsi que David sont vêtus de blancs. Les hommes sont barbus et chevelus comme Benjamin. Ils sont ce qu’on appellerait à présent Vegan.

 

A côté de la propriété acquise au milieu de vergers, il va faire bâtir une parc d’attraction Eden Springs. Succès garanti.

 

Les nouveaux disciples affluent vers ce paradis, notamment d’Australie.

 

Il possède une équipe de Basket, un orchestre. Tout est dans le meilleur des mondes.

 

Et ces jeunes filles qui dansent devant lui, pourquoi s’en priver ? 

 

Mais voilà  que l’une d’entre elle décède. N’avait-il pas prévu la vie éternelle ?

 

Il sent un vent de révolte alors il décide de marier chacune d’elle à un autre membre de la communauté.

 

Benjamin Purnell va déchoir petit à petit lui qui se faisait appeler le Roi.

 

 

 

 

Ce qui m’a intéressé dans cette lecture, c’est surtout la découverte d’une secte dont je n’avais jamais entendu parler. Il faut dire qu’elle date de 1903.  Benjamin Purnell avait bâti un petit paradis il faut l’avouer mais c’était un gourou tel qu’ils le sont tous. Vivre dans la richesse et gouter aux jeunes filles, aux toutes jeunes filles. 

 

Le roman car c’est bien un roman baigne dans une poésie telle ces jeunes femmes qui vont cueillir les fruits dans le verger, au milieu des parfums et des pétales. 

 

Eden Springs porte bien son nom. 

 

Curieuse, j’ai été recherche sur internet. Benjamin Purnell a en fait fonde cette communauté en duo avec Mary. Ils avaient été chassés d’une autre communauté. Pour fonder cette nouvelle secte, ils s’allièrent à une autre.

 

 

Mary et lui vivaient dans l’opulence tandis que ses ouailles ne connaissait que la pauvreté. Et tous les vices sexuels étaient permis. L’image archiconnue du gourou des sectes.  

 

Sa déchéance commença quand on s’interrogea sur la provenue de cette richesse.,

Et le jour où on vint l’arrêter : il était au lit entouré d’un harem.

 

La communauté qui s’était déjà divisée lors de la mort de Benjamin continua  jusqu’à la mort de Mary dans les années cinquante. 

 

On peut encore découvrir les vestiges du parc d’attraction dont Walt Disney s’inspira pour son Royaume à lui.

 

L'avis de Cathulu http://www.cathulu.com/…/20…/09/05/eden-springs-6076847.html

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03 septembre 2018

Chien Loup de Serge Joncour

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Un petit village dans le Lot, le tocsin sonne, la guerre est déclarée. Les hommes doivent partir. Pourtant un ennemi, un allemand, désire rester. Dompteur, il veut sauver ses lions et ses tigres. 

Le maire est d’accord mais il devra vivre tout là haut. là ou on cultivait la vigne, isolé de tout. 

Une maison entourée de foret ce sera son gîte. 

 

Un siècle plus tard, Lise, ancienne actrice, choisit des vacances à la nature. Grâce à l’ère du numérique, elle a pu découvrir ce ilot de paix, coupé du monde car aucun réseau ne passe là haut. Frank son mari, producteur, l’accompagne mais en grommelant. 

Quand ils arrivent dans ce lieu totalement isolé, Lise est ravie, c’est que ce qu’elle voulait. Etre loin des autres.

Frank lui, quand il constate qu’il n’y a pas de réseau meme Wi Fi, devient opressé. D’autant qu’il a des problèmes avec ses jeunes associés donc il doit absolument les joindre. 

Le couple s’installe mais Frank au contraire de Lise ne peut dormir. La foret dans les ténébres cela l’angoisse. Les bruits de bêtes l’inquietent. 

 

Et dans la nuit, il rencontre le chien-loup, qui va tout changer. 

 

 

« Les fenêtres étaient toujours ouvertes, mais le dehors désormais ne produisait plus le moindre bruit. Dans cette paix revenue, il s’assoupit, c’était une révélation pour lui de sentir cette chambre communier avec les grands espaces dans le même éther, c’était aussi troublant et doux que de s’endormir à la belle étoile »

 

 

Dans ce roman, Serge Joncour, rend hommage à toutes les femmes qui ont du continuer à vivre sans les maris en temps de guerre.  Elles ont du prendre en main toute la destinée de la communauté. Effectuer le travail des hommes. Elles n’avaient pas le choix.  Quelle admiration ! Quel amour à travers les mots où il les fait revivre. 

 

« Rien ne les effrayait, travailler quinze heures de rang ou ne pas dormir, passer les sangles pour tracter, laver le linge, cuisiner et semer, ici au village rien ne leur paraissait insurmontable à ces femmes. Sinon d’entendre gronder les lions, avec la hantise de devoir un jour les affronter. »

 

Et puis, la nature, qui nous semble si hostile nous les humains. La peur de la vie sauvage.  La crainte des animaux . Serions nous prêt à redevenir sauvage nous même. C’est là tout le sujet du roman. Quelle est la frontière entre l’homme et l’animal ? A quel moment, cela peut il basculer ?

 

Serge Joncour, nous emmène là ou il veut. Il nous trace des chemins hostiles. On appréhende la fin et elle tout autre à ce que l’on imaginait. 

 

« Il comprit deux choses, premièrement qu’il était possible de mystifier ce chien, tout observateur qu’il soit, cet animal gardait une once de crédulité dont on pouvait abuser. Mais surtout, il comprit que ce chien attendait de lui quelque chose, et ce n’était absolument pas de jouer ensemble. »

 

 

Un excellent roman qu’il faut je le répète absolument lire.

 

 

 

 

 

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30 août 2018

Un monde à portée de main de Maylis de Kerangal

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« Chêne, pin eucalyptus, palissandre, acajou moucheté, loupe de thuya, tulipier de Virginie ou catalpa, octobre passe et s’en tire, elle est confuse, suante, échevelée, rêve un nuit que sa peau est devenue ligneuse, mais produit des images, même si son panneau se distingue des autres, laborieux, toujours un peu faiblard. Jusqu’au jour où elle entend pour la première fois parler de la vitesse du frêne, de la mélancolie de l’orme ou de la paresse du saule blanc, elle est submergée par l’émotion : tout est vivant. »

 

 

Ce nouveau roman de Maylis de Kerangal, je l’attendais avec impatience. Impatience de redécouvrir son style rapide, impatience de redécouvrir ses descriptions dans lequel évolue son écriture. 

Maylis de Kerangal dans ce roman, vous entraine dans ce qu’on appelle le trompe l’oeil au point de vue artistique. Elle vous décortique les gestes, les émotions, et cogne ses mots contre le végétal et le minéral. 

Copier, rendre vivant ce que la nature nous transmet, ce que le monde nous renvoie au centre de notre iris, c’est que ce que Paula est venue apprendre dans cette école d’art Bruxelloise. Mais au début elle ne sait rien.

 

 

Paula en fait ne sait pas ce qu’elle veut de la vie. Pas celle de ses parents assurément. Alors, elle choisit l’art mais dans une école qui vous apprend à reproduire : le trompe l’oeil.

 

Elle loue un petit appartement dans une rue voisine de l’école avec un co-loc Jonas qu’elle aperçoit très rarement. De toute façon, au début, elle n’a pas besoin des autres, elle ne les voit pas. Sous l’immense verrière de la salle de cours, elle sue, elle s’enivre sous les vapeurs de thérébentine : comment arriver à copier à l’exacte tout en y introduisant son émotion ?

 

Un soir, alors qu’elle tente de reproduire un marbre, Jonas rentre et va lui expliquer cette matière minérale. Il faut connaitre son origine, les couches qui la forme. Il faut l’ingurgiter, la comprendre et alors tout coulera de source.

 

Avec une autre élève, Kate. Ils vont former un trio dans cette salle ne comptant que peu d’élèves. Lors de la création de leur travail de fin d'études, ils s'osmosent dans l'appartement de Kate. 

 

Diplome en poche , ils s’envolent tous trois sous d’autre lieux. Leur carrière débute. 

 

 

Paula découvrira l’Italie, Cineccita la capitale du cinéma, la Russie. Kate voyage beaucoup et Jonas est devenu un peintre célèbre allant même jusqu’à Dubai.

 

Quelques années plus tard, ils se retrouvent lors d’une soirée. Se reséparent. 

 

Et le plus beau cadeau de Jonas à Paule, est de lui proposer cette place qu’il a refusée concernant le projet VII de Lascaux. La reproduction de certaines peintures découvertes dans la grotte. 

 

Paula touche enfin le monde.

 

« Paula et Jonas étaient devant le temps. Le poisson au-dessus de leur tête révélait la mémoire accumulée au fond des océans, l’érosion des calcaires, le déplacement des rivières, la migration des hommes, des durées qui coexistaient avec l’état de choc du pays, la colère, la tristesse, les longueurs de journée pendant que les deux terroristes poursuivaient leur cavale mortifère ; il connectait l’histoire du monde et leur vie humaine. »

 

 

Inutile de vous dire que j’ai dévoré ce roman. 

 

Les trois moments les plus beaux selon mon avis de lectrice sont la visite de la carrière, l’éblouissement de Kate lors de sa rencontre avec la baleine et Lascaux. En découvrant un instant la grotte, Paula comprend que les peintures de la préhistoire et ces artistes qui les ont produites ne font qu’un avec notre monde présent. Ils sont nous, nous sommes eux, leurs émotions furent les mêmes, le monde du passé est notre présent et on l’oublie bien trop souvent. On n’y pense même pas. Fi du passé et pourtant tout ce que nous entreprenons dans notre présent nous a été légué par cet ancien monde. 

 

Une grande partie du roman se déroule dans un périmètre de quartier de Bruxelles.  La carrière visitée est a quelques kilomètres de ma ville. Donc vous pouvez en déduire que j’irai capter par le regard ces endroits. Bientôt pour Bruxelles en tout cas.

 

Je ne sais pas si je suis arrivée à vous faire percevoir que ce livre est tout simplement merveilleux. Qu’il faut le lire bien évidemment.

 

Je pense qu’après le succès de réparer les vivants, certains lecteurs et lectrices s’attendent à retrouver la même perception émotionnelle mais ici c’est un tout autre domaine que l’auteur explore, la vision de l’artiste, la difficulté de créer, de reproduire la sensualité, la vie. Les deux romans sont totalement différents. Il y aura de la déception pour certaines et certaines à la lecture d’un monde à portée de main et il y a aura de la jubilation pour d’autres. A vous de percevoir la beauté derrière tous ces mots.  Les deux romans sont différents  mais ils sont une continuité émotionnelle. 

 

De mon côté, j’attends avec impatience le 11 septembre pour écouter Maylis de Kerangal à Namur. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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23 août 2018

Hautes solitudes de Anne Vallaeys

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Partir sur les chemins de transhumance, découvrir, comprendre. 

 

D’abord scruter les cartes,  déchiffrer les traits, les hachures et se laisser emporter par cette envie grâce à l’aide des amis de la transhumance. 

 

Partir non pas seule mais en duo car Marie, la meilleure amie de sa fille, en a les yeux qui brillent. Elle sera le guide cartographique. 

 

Point de départ Arles , traversée de la Provence et aboutir à Le Laverq, longue route que beaucoup de troupeaux laineux a gravi durant des années. 

 

Les amis de la transhumance rêvent de défricher la totalité de cette « routo » mythique. Certains n’ont jamais parcouru les kilomètres que les deux femmes vont arpenter. 

 

Point de départ Arles et grande découverte de la Camargue avant de faire avancer ses pieds. 

 

Durant ces kilomètres, de grandes rencontres, point de ralliement, de personnes qui vivent ou ont vécu de cette transhumance. Une analyse de ce qu’est et était le métier de berger. A présent, ils sont formés dans une école.

 

Malheureusement ce chemin que l’auteur va découvrir, n’est plus parcouru à pied bien souvent. Les bêtes sont bien souvent montées en bétallaire. 

 

 

Outre, la description des paysages traversés, de l’écoute des oiseaux, de la poésie de l’instant, de la dureté de certains chemins, Anne Vallaeys nous invite à comprendre l’histoire liée à la transhumance de certaines villes traversées : du temps où la fontaine d’Aix en Provence abreuvait le troupeau qui n’avait pas encore terminé le voyage. 

 

Légendes, rêves, songeries, tout se mêle dans le ciel mais quel beau voyage. 

 

Le sac contient « Histoire naturelle de la Provence (1784) du naturaliste Michel Darluc.  Mélangé le passé et le présent pour décrypter les lieux que l’on traverse. 

 

« André demeure immobile, il a tout le temps, sont troupeau se gouverne seul. Il réapparait justement, paisible, il surgit des taillis, les brebis se répandent alors, elles se groupent, ruissellent dans la pente. La marche reprend dans le velours du soir, homme et bêtes mêlés, le rythme est si doux que les cloches de bêliers ne tintent plus. »

 

 

Sans oublier l’évocation du loup qui a refait surface et qui inquiète bon nombre de bergers. 

 

 

Adoratrice de tout ce qui bêle, je me suis régalée de cette lecture mais tout un chacun qui aime la nature ne peut qu’apprécier ce beau voyage. Vous sentirez le parfum des mélèzes, entendrez le les pierres qui roulent sous les pas, écouterez le chant du peuple du ciel, imaginerez l’ombre des brebis. 

 

Un nouveau trésor dans ma bibliothèque. 

 

«Une fourmilière grouillante à mes pieds. Un lièvre-on dit Lèbre- ici se carapate, des lichens translucides sont rougis de fraises des bois. Des grappes de cytises bleu tendre frissonnent sur notre passage, le chant d’un oiseau inconnu dans un fourré de pétales jaunes et bleus miniatures, lys nains, narcisses et primevères, touffes d’aspic rare, grandes digitales pourpres, spirées à barbe de chèvre, mélisses aux feuilles énormes. Tout percevoir, tout ressentir. »

 

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10 juillet 2018

Le jardin arc-en-ciel d'Ogawa Ito

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Tout commence par la main d’un petit garçon glissée dans celle d’une jeune fille. 

 

Tout débute par le regard d’une femme qui remarque une jeune fille sur le quai de la gare. Elle comprend très vite que cette jeune fille attend l’arrivée du prochain train pour mettre fin à ses jours. 

 

Izumi décide d’aller lui parler et l’invite chez elle. 

 

Elles se revoient et Izumi lui montre son paradis sur le toit de l’immeuble : un petit carré de gazon artificiel. 

 

Et ce qui devait arriver, arrive, elles tombent amoureuses.

 

Et décident de fuguer avec Sosuke, le fils d’Izumi.

 

Chiyoko déclare  qu’ à partir de ce jour, ils  se nommeront la famille Takashima.

 

Et dans les montagnes , elles vont acheter une maison, y dresser un drapeau arc-en-ciel et décider d’en faire une maison d’hôtes.

 

La famille s’agrandit par une petite Takara, car Chiyoko était enceinte.

 

A quatre, ils vont décider que leur vie ne sera faite que de bonheur. et portera les couleurs de l’ar-en-ciel. 

 

 

Un roman qui parle du chemin escarpé contre l’intolérance mais surtout nous démontre que l’amour nous mène vers les sommets colorés malgré les chutes. 

 

 

« Mais Takara est tombée à pic. Même si au début j’ai été déconcertée par ce coup porté par une vie sans contrainte, Takara à coups de pieds et de poings, a ouvert des trous d’aération dans l’espace confiné de notre famille, où elle a fait circuler l’air, c’est indubitable. Takara, c’est le poumon de la famille Takashima. »

 

« Elle avait donné au coin le surnom affectueux du Machu Picchu. Le spectacle des rizières en terrasses  étagées à l’infini ressemblait comme deux gouttes d’eau, parait-il aux vestiges du Machu Piccu sur une carte postale envoyée un jour par sa cousine. L’écolière qu’elle était alors avait rêvé d’aller voir le Machu Picchu. Elle se réjouissait de voir ce voeu exaucé sous une forme inattendue »

 

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02 juillet 2018

Des nuages plein la tête de Brice Delsouiller

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« Je ne crois en aucun Dieu, aucune religion. Les religions m’inspirent et j’ai en commun avec toutes cette quête d’absolu. Mais être agnostique est la seule manière pour moi de ne pas être esclave d’un groupe, de textes, de préceptes. J’aurais aimé croire, tout aurait été plus simple. Se laisser guider par une vérité qui structure le quotidien et justifie notre existence. J’aurais aimé croire pour avoir une vie sensée. »

 

 

 

J’avais regardé le reportage qui lui avait été consacré, lui l’homme atypique, qui passe cinq mois de l’année là haut avec le troupeau. L’homme qui a ce besoin de liberté, de marcher, de courir surtout et de hurler au ciel son bonheur ou son désespoir.

 

« Je regarde les montagnes se transformer, les touristes envahir cette terre, les chemins devenir des autoroutes, et, de loin, j’observe et continue de les parcourir en marge, en compagnie de mon cheptel et des animaux sauvages. »

 

Si vous le croisez dans les estives, vous pourriez le prendre pour un fou, un mendiant parfois. Pourtant cet homme n’est pas un idiot. Il est né de l’amour d’un père fermier et d’une mère qui adorait l’art et qui enseignait l’amour de l’art qui la guidait. Il est le maelström des deux. 

Il tient toujours la ferme familiale avec l’aide de sa compagne Catherine mais il lui faut absolument monter vers les sommets, il en a besoin. Il ne saurait pas vivre toute l’année dans cette société de consommation. Il l’apprécie mais parfois cela lui fait trop mal alors il s’évade. 

 

« Quand je suis en estive, les gens pensent que je suis vacher, donc que j’ai fait des études courtes. Mais lorsqu’ils m’entendent parler anglais ou espagnol, ils ont des yeux rond comme des billes. C’est ce contraste qui les frappe. Ma mère me disait toujours qu’il fallait être capable de passer de l’état de vagabond à celui de prince sans la moindre difficulté. La nécessité d’avoir la classe et d’être capable de s’adapter à tous les milieux. J’ai écouté. »

 

 

Là haut, il lorgne tous les travers de notre société. Il rit, il pleure. Certains s’imaginent surement que le métier de pâtre est de tout repos. Il en est loin. Mener un troupeau et les surveiller constamment durant cinq mois est épuisant. Aidé de ses deux chiens,  il fait une tournante au niveau des paquages. Pour ne pas s’isoler totalement car les ondes réseaux ne passant pas, il écoute la radio dans sa cabane. 

 

Il constate à quel point le métier de fermier en montagne se dégrade petit à petit. 

Il regarde la horde de randonneurs qui passent près de lui. Certains sympas et d’autres sans gêne. 

Il tente de survivre dans ses contradictions. 

 

« Perpétuel insatisfait, je cherche quelque chose d’introuvable. Je n’arrive pas à me contenter de ce que j’ai. Sous des abords souriants et agréables, je suis complètement sécoué. Ma vie est en équilibre sur un déséquilibre fondamental. Tout ne tient qu’à un fil. Les gens pensent que je suis un paysan mais je ne me sens pas paysan. Les gens pensent que je suis vacher, mais je ne me sens pas vacher. Les gens pensent que je suis coureur en montagne, mais je ne me sens pas coureur en montagne. Je joue un rôle, j’endosse une posture. Je n’ai ma place nulle part. Je n’arrive pas à croire. J’essaie de me mettre des oeillères, mais cela ne fonctionne pas. Je suis fatigué de vivre dans le doute, de n’avoir aucune certitude; »

 

 

« Il faut garder la foi même dans les moments les plus épuisants et être capable de se rémotiver jour et après jour.Les vaches, elles, sont dans leur élément et ne connaissent pas les coups de blues. Elles vivent dans leur vie sans se soucier de mes états d’âme ou de mes grosses fatigues. Inexorablement, elles cherchent la meilleure herbe pour la manger et marchent vers des pentes 

les plus appétissantes. »

 

 

Un livre qui va se rajouter à la pile de mes trésors. 

 

L'avis de Cathulu la terrible tentatrice

 

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20 juin 2018

La chorale des dames de Chilbury de Jennifer Ryan

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La guerre est aux portes de l’Angleterre. 

 

A Chilbury, tous les hommes sont partis et de ce fait la chorale est n’a plus lieu d’être. 

Une chorale sans homme impossible.

 

C’est compter sans les femmes qui remplacent les hommes dans tous le village donc une chorale de femmes est totalement réalisable. C’est une nouvelle venue Primrose Trent, professeur de chant, qui va insufflé le courage aux habitantes de persévérer  et de reformer la chorale.

 

Dans cette chorale, on peut découvrir Mrs Tilling, veuve dont le fils est parti pour cette maudite guerre.  Infirmière, elle ne supporte pas la nouvelle sage femme qui tente de prendre sa place dans la village.La dame timorée va se transformer en une personne qui décide de prendre des décisions. 

 

Les filles du châtelain du coin Venetia et Kytty. Chatelain qui ayant perdu son fils va combiner un horrible plan pour garder l’héritage dans la famille. Son fils ainé étant décédé et étant donné que seuls les mâles gardent la fortune, il faut absolument que sa femme, enceinte, mette un autre fils au monde. 

 

Venetia est une allumeuse et se pense la plus belle du village. Elle a décidé de faire craquer ce peintre qui habite à côté de son amie Hattie, institutrice du village et qui va devenir maman.

Sa jeune soeur Kitty rêve de devenir chanteuse. Elle écrit dans son journal tout ce qui se déroule à Chilbury.  

 

 

Un livre très agréable à lire et bourré de tendresse pour toutes ces femmes qui ont lutté durant la seconde guerre mondiale. Les hommes étant partis, il fallait que la vie continue. L'auteur s'est inspirée des récits de sa grand-mère qui a vécu dans un petit village du Kent. 

 

On découvre les petits secrets, les amours, les tristesses des habitantes. 

 

 Une organisation encourageait même tout un chacun à écrire un journal et l’organisation en publiait des extraits. J’ignorais tout à fait ce fait.

 

 

 

 

 

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29 mai 2018

La vie effaçant toutes choses de Fanny Chiarello

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Lire Fanny Chiarello est toujours un pur moment de bonheur.  Et ce dernier roman n’échappe pas à la règle.

 

Dans la vie effaçant toute chose, elle nous raconte la révolte qui gronde dans la tête de neuf femmes. Marre de vivre comme une femme, comme on doit percevoir les femmes. Marre d’être dans le carcan de ces jours qui passent selon les règles établies parce qu’elles sont femmes.

 

 

Elles ne se connaissent pas. Pourtant tout le long du livre, elles vont se croiser sans connaitre la révolte de l’autre. Neuf femmes qui sentent qu’il y a ce quelque chose qui pourraient les rendre enfin totalement heureuses. Et selon leurs désirs à elles.  Pas celui de la famille, des enfants, des hommes….

 

Atteindront-elles le but ultime ? Au bout de la plume de Fanny Chiarello, rien n’est moins certain. 

 

 

Le roman est parcouru de titres de musique, de poésie et des paysages du nord que Fanny Chiarrello connait si bien, de visions étranges de la mort, d’une chambre au chiffre 127, d’une émission de radio. 

 

 

 

Portrait de dix femmes, pourrait-on dire en fait car Rita la sdf va croiser leur route également. On ne sait pas grand chose de Rita. Est -elle folle ou non ? Peu importe. 

 

 

« Janice considère avoir en commun  avec Rita de ne pas  entrer dans la case cubique qui lui est réservée. Certes Rita rêve  d’en avoir une où se ranger à l’abri du vent, des abrutis de tarés de malades mentaux, de la gale et des araignées, tandis que  Janice rêve de dynamiter celle qui lui a été attribuée, certes Rita aspire à ce que Janice abhorre, mais de fait elles sont deux dans fantômes dans la ville, immobiles au coin des rues, le regard fixe et une révélation au bord de la conscience. Les vrais adultes, ne vivent pas cela, les citoyens équilibrés, bien intégrés n’ont pas ces occupations. Les citoyens ordinaires ne se rendent pas malades à l’idée que d’autres êtres humains doivent subir la pluie, les citoyens ordinaires ne pleurent pas en mettant le chauffage. »

 

« Les gens au sommeil régulier n’imaginent pas qu’à toute heure de la nuite, même dans une ville si petite et si dévitalisée qu’elle mérite à peine le nom de ville, il se trouve quelqu’un pour promener un chien, fumer une cigarette ou se cogner aux réverbères comme un moustique prisonnier d’un abat-jour, esseyant de se rappeler où il habite. Il est quatre et demie les jeunes d’en face  rentrent tout juste  sans un bruit; Millie les observe avec sympathie. »

 

Si la révolte gronde en vous, lisez ce roman. 

 

 

 

 

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24 mai 2018

Le bruit du monde de Stephanie Chaillou

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Il y a quelque temps, j’ai regardé le reportage sur le combat des mineurs après la guerre. 

J’ai été révoltée par l’exhortation à l’époque de Maurice Thorez qui leur disait qu’ils devaient absolument aider au redressement du pays, que c’était le devoir de leur condition de mineur. Je ne saurais vous reproduire ses propos mais c’était de caser les gens, que de toute façon leur vie c’était celle-là que j’en ai été choquée. Classifier les gens en catégories. 

 

Et la révolte de Marilène rejoint la mienne. 

 

 

« Sans le décider, elle le refuse. Sans le décider et sans le savoir, elle oppose son refus au réel. Au réel qui lui dit où elle est et d’où elle vient, elle dit non »

 

Marie Hélène Coulanges nait fin des années soixante.  La maison familiale  perdue dans un hameau nomme Brigneau abrite outre son père et sa mère, également frère et soeur.

Ils sont ce que l’on appelle des gens pauvres. Mais à la naissance Marie-Helène ne sait pas cela. 

 

 

Elle grandit à côté d’une mère dépressive et d’un père travaillant aux champs. Petite elle s’imprègne des champs blancs, de la nature ne réalisant pas encore  que ses parents sont désespérés.  La pauvreté qui vous colle de jour en jour.

 

Et puis ce sont les huissiers, la vente de la ferme et la famille s’installe à 20 kms . Le père va travailler dans un abattoir. La mère quelques ménages. 

 

Marilène est ce qu’on peut appeler une enfant heureuse jusqu’au jour où excellente élève, on lui propose d’accéder à une classe préparatoire pour préparer son avenir. On lui donne sa chance. 

 

Et là tout va changer.

 

« Il n’y a pas de bibliothèque chez ses parents. Pas de livres. Pas de disques non plus. Ce n’est pas une chose que Marilène découvre. Mais elle le voit soudain. Cela la frappe. Il n’y a dans la pièce de vie de ses parents que la table où ils mangent, quatre chaises, un fauteuil et un meuble en bois sur lequel est posée la télévision ». 

 

Marilène c’est une révolte intérieure contre la pauvreté qui vous conditionne à un état de vie qui vous imprégne. jour et nuit. C’est un refus de suivre ce que l’on décide pour vous. C’est une révolte sourde, muette, incompréhensible au début mais qui se faufile dans chaque grain de peau. 

 

Une révolte qui gronde. La pauvreté n’est pas un défaut, c’est un état de vie. Pour s’en délivrer, elle va l’écrire.

 

 

 

« Marilène se rappelle aussi avoir pendant longtemps hésité. Avoir pendant longtemps eu comme un scrupule à suivre la pente d’exister. Vouloir comme les autres, avoir une vie et respirer. Mais ça avait été plus fort qu’elle. Elle avait pris son tour. Finalement elle n’avait pas laissé passer son tour. Comme tout le monde, elle s’est mise elle aussi à batailler pour exister. »

 

 

Posté par winniethepooh à 10:35 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
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