06 septembre 2018

La papeterie Tsubaki d'Ogawa Ito

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« Aujourd’hui, j’écrirais non pas pour quelqu’un mais pour moi. Un écrivain public tient la plume en se mettant dans la peau et dans la tête de tout un tas de personnes. Sans vouloir me lancer des fleurs, je réussissais désormais à me couler dans les mots d’autrui. Je n’avais pas encore rencontré mon moi calligraphique, l’équivalent du sang qui coulait dans mes veines, ce qui faisait que j’étais moi et d’où mon ADN jaillirait à flots.

L’Ainée l’avait trouvée, elle, je le savais. Si je n’arrivais pas à décrocher la devise calligraphiée de sa main sur le mur de la cuisine, c’était parce que ces traits, c’était elle. Son écriture conservait encore son souffle; »

 

 

Imaginer la légèreté du papier, la préparation de l’encre.. Entendre le souffle du pinceau qui trace les mots calligraphiés, le crissement de la plume, le roulement du stylo bille. Ecrire une lettre dans la quiétude d’une papeterie. Je vous y invite. Et si le bonheur ne tenait qu’à un mot tracé du bout des doigts ?

 

Hatoko, jeune femme de vingt cinq ans, revient à Kamakura. Sa grand-mère décédée à l’hôpital lui a légué sa petite papeterie. L’Ainée était écrivain public et Hatoko est prête à prendre la relève. 

 

Elle conserve de l’Ainée des souvenirs de froideur et d’exigeance. Elle lui a tout appris de la calligraphie. Mais Hatoko en garde la colère de cette jeunesse que sa grand-mère lui a un peu volée. Il fallait apprendre et encore apprendre. Jusqu’au jour à la gamine s’est révoltée et est partie loin.

Même à l’hopital, elle ne lui a pas rendu visite. La colère était encore trop forte.

 

Malgré tout, elle a décidé de prendre la relève.

 

 

La calligraphie d’une lettre est tout un art. Chaque détail est important. Le choix du papier, de l’instrument de calligraphie, l’enveloppe, le timbre également. Réussir à composer le message qu’une personne veut transmettre. Ce serait tellement plus simple via un mail mais si impersonnel, dénué de sentiments. 

 

Son premier client est un homme qui veut annoncer son divorce à tous ceux qui ont assistés à son mariage. 

 

« Il y a quinze ans, ils se mariaient. 

Choisir un timbre du même âge que leur union avait du sens, me semblait-il »

 

Entre deux calligraphies, Hatoko, bavarde avec la voisine Barbara. Sauve une lettre qui ne doit pas être envoyée et fait la connaissance ainsi de l’institutrice, Le Baron lui faisant une commande, il la paie sous forme de repas. Elles va partager des moments avec eux tout en accueillant d’autres clients dans sa papeterie. 

 

Elle va rédiger un avis de décès d’un singe. Elle va évoquer l’amour, la rupture. 

 

 

Et un jour, un jeune homme lui apporte les lettres que l’Ainée adressait à la mère dudit jeune homme. Une femme que l’Ainée n’avait jamais eu l’occasion de rencontrer malgré son grand désir.

 

Hatoko va comprendre peu à peu grâce à ces lettres et l’amitié qui l’entoure, à quel point cette grand-mère si rude l’avait aimée.

 

 

« Le visage levé vers le ciel bleu, les yeux fermés, je songeais à ma première calligraphie de l’année : quelle tonalité donner aux douze mois à venir ?

Audace ? Aube ?Premier lever de soleil ? Ou alors Espoir ? 

Je ne trouvais pas le mot qui épouserait parfaitement l’espace béant dans mon coeur »

 

 

Deuxième roman d’OGAWA Ito que je découvre et je suis toujours sous le charme de cette écriture si douce. 

 

Le temps est lent, la calligraphie demande une patience infinie. L’esprit japonais imprègne chaque page et c’est tellement beau.

 

Si je devais offrir un livre, ce serait celui là. 

Posté par winniethepooh à 10:19 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
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