29 mai 2018

La vie effaçant toutes choses de Fanny Chiarello

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Lire Fanny Chiarello est toujours un pur moment de bonheur.  Et ce dernier roman n’échappe pas à la règle.

 

Dans la vie effaçant toute chose, elle nous raconte la révolte qui gronde dans la tête de neuf femmes. Marre de vivre comme une femme, comme on doit percevoir les femmes. Marre d’être dans le carcan de ces jours qui passent selon les règles établies parce qu’elles sont femmes.

 

 

Elles ne se connaissent pas. Pourtant tout le long du livre, elles vont se croiser sans connaitre la révolte de l’autre. Neuf femmes qui sentent qu’il y a ce quelque chose qui pourraient les rendre enfin totalement heureuses. Et selon leurs désirs à elles.  Pas celui de la famille, des enfants, des hommes….

 

Atteindront-elles le but ultime ? Au bout de la plume de Fanny Chiarello, rien n’est moins certain. 

 

 

Le roman est parcouru de titres de musique, de poésie et des paysages du nord que Fanny Chiarrello connait si bien, de visions étranges de la mort, d’une chambre au chiffre 127, d’une émission de radio. 

 

 

 

Portrait de dix femmes, pourrait-on dire en fait car Rita la sdf va croiser leur route également. On ne sait pas grand chose de Rita. Est -elle folle ou non ? Peu importe. 

 

 

« Janice considère avoir en commun  avec Rita de ne pas  entrer dans la case cubique qui lui est réservée. Certes Rita rêve  d’en avoir une où se ranger à l’abri du vent, des abrutis de tarés de malades mentaux, de la gale et des araignées, tandis que  Janice rêve de dynamiter celle qui lui a été attribuée, certes Rita aspire à ce que Janice abhorre, mais de fait elles sont deux dans fantômes dans la ville, immobiles au coin des rues, le regard fixe et une révélation au bord de la conscience. Les vrais adultes, ne vivent pas cela, les citoyens équilibrés, bien intégrés n’ont pas ces occupations. Les citoyens ordinaires ne se rendent pas malades à l’idée que d’autres êtres humains doivent subir la pluie, les citoyens ordinaires ne pleurent pas en mettant le chauffage. »

 

« Les gens au sommeil régulier n’imaginent pas qu’à toute heure de la nuite, même dans une ville si petite et si dévitalisée qu’elle mérite à peine le nom de ville, il se trouve quelqu’un pour promener un chien, fumer une cigarette ou se cogner aux réverbères comme un moustique prisonnier d’un abat-jour, esseyant de se rappeler où il habite. Il est quatre et demie les jeunes d’en face  rentrent tout juste  sans un bruit; Millie les observe avec sympathie. »

 

Si la révolte gronde en vous, lisez ce roman. 

 

 

 

 

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24 mai 2018

Le bruit du monde de Stephanie Chaillou

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Il y a quelque temps, j’ai regardé le reportage sur le combat des mineurs après la guerre. 

J’ai été révoltée par l’exhortation à l’époque de Maurice Thorez qui leur disait qu’ils devaient absolument aider au redressement du pays, que c’était le devoir de leur condition de mineur. Je ne saurais vous reproduire ses propos mais c’était de caser les gens, que de toute façon leur vie c’était celle-là que j’en ai été choquée. Classifier les gens en catégories. 

 

Et la révolte de Marilène rejoint la mienne. 

 

 

« Sans le décider, elle le refuse. Sans le décider et sans le savoir, elle oppose son refus au réel. Au réel qui lui dit où elle est et d’où elle vient, elle dit non »

 

Marie Hélène Coulanges nait fin des années soixante.  La maison familiale  perdue dans un hameau nomme Brigneau abrite outre son père et sa mère, également frère et soeur.

Ils sont ce que l’on appelle des gens pauvres. Mais à la naissance Marie-Helène ne sait pas cela. 

 

 

Elle grandit à côté d’une mère dépressive et d’un père travaillant aux champs. Petite elle s’imprègne des champs blancs, de la nature ne réalisant pas encore  que ses parents sont désespérés.  La pauvreté qui vous colle de jour en jour.

 

Et puis ce sont les huissiers, la vente de la ferme et la famille s’installe à 20 kms . Le père va travailler dans un abattoir. La mère quelques ménages. 

 

Marilène est ce qu’on peut appeler une enfant heureuse jusqu’au jour où excellente élève, on lui propose d’accéder à une classe préparatoire pour préparer son avenir. On lui donne sa chance. 

 

Et là tout va changer.

 

« Il n’y a pas de bibliothèque chez ses parents. Pas de livres. Pas de disques non plus. Ce n’est pas une chose que Marilène découvre. Mais elle le voit soudain. Cela la frappe. Il n’y a dans la pièce de vie de ses parents que la table où ils mangent, quatre chaises, un fauteuil et un meuble en bois sur lequel est posée la télévision ». 

 

Marilène c’est une révolte intérieure contre la pauvreté qui vous conditionne à un état de vie qui vous imprégne. jour et nuit. C’est un refus de suivre ce que l’on décide pour vous. C’est une révolte sourde, muette, incompréhensible au début mais qui se faufile dans chaque grain de peau. 

 

Une révolte qui gronde. La pauvreté n’est pas un défaut, c’est un état de vie. Pour s’en délivrer, elle va l’écrire.

 

 

 

« Marilène se rappelle aussi avoir pendant longtemps hésité. Avoir pendant longtemps eu comme un scrupule à suivre la pente d’exister. Vouloir comme les autres, avoir une vie et respirer. Mais ça avait été plus fort qu’elle. Elle avait pris son tour. Finalement elle n’avait pas laissé passer son tour. Comme tout le monde, elle s’est mise elle aussi à batailler pour exister. »

 

 

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22 mai 2018

La vie parfaite de Silvia Avallone

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Ecrire sur un roman qui vous a percuté le coeur, tâche ô combien malaisée. 

Bon je me lance.

 

 

Aux confins de Bologne se dressent les tours dans le quartier Labriola. Ces tours où l’on parque ceux que l’on considère comme pure perte dans les villes. Autant les parquer dans un endroit bétonné, de taille gigantesque. 

 

Adèle, de sa fenêtre, ne voit que d’autres femmes sur leurs balcons, d’autres mères. Gris couleur des façades. L’horizon des antennes paraboliques. 

 

Elle vit dans ce minuscule appartement avec sa soeur Jessica et sa mère Rosaria  qui les élève comme elle peut depuis que le père a disparu, envolé, en prison il paraitrait.  Adèle se souvient de la belle maison que sa famille habitait mais il y a de cela si longtemps. 

 

Adèle, dix huit ans. Enceinte. Mère fille puisque le père Manuel est en prison. Depuis l’enfance, elle n’a aimé que lui dès leur arrivée dans ce lieu où le bonheur ne pousse que de travers.

 

Elle décide de partir seule à la maternité. Elle veut accoucher seule et abandonner son enfant seule. 

 

Au même instant, Dora, la prof de littérature, sait qu’elle va enfin pouvoir adopter un bébé. Cela fait des années qu’avec son mari Fabio, elle se bat contre sa douleur de ne pouvoir enfanter. Elle la femme dont une jambe n’est qu’une prothèse. Sa douleur est telle qu’elle ne supporte plus ces femmes enceintes. Elle les tuerait.

Elle avait si mal qu’elle aurait aimé n’importe quel enfant même un rom qui a tué, même un handicapé. Avoir un enfant, n’importe quel enfant.

 

Elle a même été si hystérique qu’elle a hurlé sur son meilleur élève Zeno. Elle l’a aperçu en compagnie d’une jeune fille enceinte, sûrement de celles qui vivent dans le même quartier que Zeno et l’a insulté. Zeno lui a tourné le dos. 

 

Zeno qui s’occupe seul de sa mère, le père ayant lui aussi pris la poudre d’escampette. Zeno qui observe depuis longtemps Adèle par la fenêtre. Il écrit même le livre de ces instants magiques. 

Zeno le meilleur ami de Manuel. Eux qui voulaient devenir quelque chose d’extraordinaire mais Manuel a sombré vers la facilité du dealer et Zeno continuant sa route dans un lycée classique. 

 

Il n’est pas prêt Manuel pour prendre le manteau du père. Il l’a dit à Adèle. 

 

Adèle accouche donc seule. Elle sait que c’est une petite fille, elle qui avait imaginé que ce serait un garçon. Le garçon, elle l’aurait gardé mais une fille, non. Une fille dans ce quartier, cela se crève pour ses enfants car les pères abdiquent tous. Le seul souvenir de cette mère qui l’abandonnera, elle désire pour Bianca que ce soit cette petite grenouillère rose. 

 

 

« Je suis née avec une jambe en moins, c’est vrai. Ma mère fumait pendant sa grossesse, ou bien un gène n’a pas fonctionné, allez savoir, ça ne m’intéresse pas. Mais je vous assure que ce manque a le plus compté que la jambe que j’aurais pu avoir. Que c’est grâce à ce manque que je suis ici et que je ne cède pas.  Et je veux pouvoir un jour prendre mon enfant dans mes bras., et l’aider à faire face à tous les manques qu’il rencontrera dans sa vie, et à tous les manques qu’il a déjà connus » Elle repris le roman sur la table de nuit, le serra fort. « J’ai mis vingt ans à comprendre ça, que ce n’est pas une faute. »

 

« Prendre une décision »

« Adèle restait immobile, de l’autre côté de la vitre, fixant ces mamans et ces papas en chaussettes qui souriaient et discutaient entre eux. Si grands, si adultes, qu’ils paraissaient hors d’atteinte. Elle pensa : Voilà, c’est ça une famille. Pendant ce temps, leurs enfants faisaient des culbutes au milieu des livres sonores et des fables venues de tous les pays du monde, les portaient à la bouche, mordaient dedans.

Elle était de l’autre côté de la barrière, enfermée dehors »

 

 

« Les façades des blocs d’immeubles formaient un zigzag, comme dans un dessin d’enfant. On s’épiait en coulisse depuis les balcons et les fenêtres des mêmes étages, par la fenêtre de la salle de bains ou celle de la cuisine. Sans compter la multiplicité des points de vue, depuis les tours en face ou à côté, les bancs et les murets de la cour, où il y avait toujours quelqu’un pour regarder. Le concepteur de ce quartier devait avoir eu des visées littéraires. Zeno, d’ailleurs n’était ni un espion ni ou fouineur.

Il écrivait ».

 

 

Des personnages qui s’imbriquent les uns les autres, par hasard. Ils se croisent et font parfois partie une seconde du regard de l’autre car ils vont tous se rencontrer à un moment à un autre. 

 

Des jeunes qui ne voient que leur vie de misère et qui rêvent à un ciel qui pourrait parfois ressembler à l’arc-en-ciel.

 

Les livres, oui les livres qui aident à se comprendre, la porte vers d’autres horizons mais qui ne sont pas assez forts pour briser ces tours de pauvreté. Non les livres ne peuvent pas tout changer. 

 

La souffrance de se sentir diminuée sans enfant. 

 

La souffrance de donner  la vie à celui qu’on ne verra pas grandir.

 

Un roman lumineux d’humanité. Un roman parsemé de larmes, de cris mais également de coins de bonheur.

Un roman inoubliable. 

 

 

 

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08 mai 2018

La faille en toute chose de Louise Penny

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La période de Noel est proche au Quebec mais Gamache n’a vraiment pas le coeur à y penser.

Reine Marie son épouse est à Paris et il doit l’y rejoindre.

De son ancienne équipe, il ne reste plus que la fidèle Lacoste, tous les autres ont été éloignés par son supérieur Francoeur qui n’attend qu’une chose, que Gamache s’effondre. 

 

Son second, Beauvoir est entre les mains dudit Francoeur, devenu drogué par les médicaments qu’on lui offre, Annie, la fille de Gamache l’a mis à la porte de son appartement.

 

Gamache est triste et inquiet pour Beauvoir car il a très vite compris qu’on veut l’atteindre à travers la détresse du jeune homme. 

 

 

Bien tristes jours précédant Noel mais interrompus par un appel de Myrna, la libraire de Three Pines. Son amie Constance n’est pas revenue au village et elle très inquiète.

 

Gamache s’empresse de partir avec Henri le chien pour oublier tout ce qui le détruit. Bonheur de retrouver ce petit village et tous ceux qui y vivent.

 

Malheureusement, force est de constater que Constance a été assassinée. Et c’est en se rendant au domicile de cette dernière, que Gamache et Lacoste voient un corps près de la berge du Saint Laurent. Une femme qui s’est suicidée. Oui triste vie que pour certains.

 

De retour au village, Myrna est bien obligée d’avouer que Constance faisait partie des quintuplées Ouellet. Cellles qui furent adulées par le monde entier  dans les années trente.  Celles qui furent retirées à leurs parents. Celles qui furent exploitées par le Canada. Constance était la dernière et la seule survivante des cinq filles. 

 

Tout en menant l’enquête sur ce meurtre, Gamache va mener une seconde enquête sur les agissements au sein même des hautes sommités policières. Il sait que c’est un monstre qui dirige ses tentacules sur toute chose mais comment comprendre le pourquoi et le comment ?

 

Il va prendre possession de l’ancienne maison d’Emilie à Three PInes et aller recherche l’agente Nichols dans les sous-sols de la police.

 

Avec l’aide de cette recrue ainsi que celle d’une autre de ses collège dont le mari est un as de l’informatique et qui tente de comprendre en grand secret ce qui se trame,  Gamache va découvrir les desseins de FrancOeur encore plus terribles  qu’il ne le pensait.

 

Pendant ce temps Beauvoir sombre de plus en plus. 

Et Gamache tente de retracer la vie des quintuples et les mensonges que l’on a pu dresser sur leur vie. 

 

 

 

Excellent roman de Louise Penny.  Bonheur de retrouver les habitants de Three Pines et Gamache nous dévoile qu’il peut être machiavélique tout en étant d’une si grande humanité. 

 

Le titre du roman est tiré du premier vers d’un poème de Léonard Cohen et Louise Penny nous avoue que le chanteur, lorsqu’elle lui a demandé d’utiliser de sa poésie dans ses romans, n’a jamais réclamé un centime. Cadeau de Léonard Cohen.  La classe….

 

L’histoire des quintuplées est inspirée par les quintuples Dionne nées en Ontario.  Pas joli, joli l’exploitation de ces fillettes.

 

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Les soeurs Dionne.  

 

 

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