Je suis un arbre de Carole Zalberg
Normalement ce sont les parents qui portent les enfants, Fleur elle doit soutenir sa maman. Du haut de son mètre quatre vingts, elle se dit un arbre. L’arbre sur lequel sa maman peut s’appuyer.
Fleur vit seule avec sa maman qui est alcoolique. Son papa est parti car il étouffait, s’est remarié et est à nouveau papa. Mais il surveille de loin Fleur qui a décidé de vivre avec sa maman même si la vie n’est pas toujours facile à prendre soin d’elle. Elle sait que sa maman l’aime et Fleur l’aime aussi cette maman qui ne joue pas son rôle d’adulte.
Et puis, il y a Louna, son ancrage, son amie de classe. Celle qui lui apporte du rire dans son quotidien solitaire.
C’est un tout petit livre, que l’on lit sans s’arrêter. Un roman jeunesse qui raconte sans aucun pathos, le quotidien et les émotions d’une enfant confrontée à l’alcoolisme parental. Et je pense à toutes les Fleur du monde entier.
Doggerland de Elisabeth Filhol
Doggerland, un nom donné par les geologues à ce morceau de continent qui reliait l’Angleterre à l’Europe il y a plus de 8000 ans et qui disparu suite à un tsunami.
"Le Doggerland est une enclave mésolithique dans l'époque moderne, qu'on est quelque'uns à faire revivre, et c'est bien notre époque qui nous en donne les moyens. Notre travail ne fait que prévenir la disparition de l'information, par des relevès, des prélèvements, la collecte de certains matériels. C'est la même chose à terre. Tu construis un parking, tu perces une autoroute, un canal de grand gabarit, les travaux sont suspendus ou ralentis, le temps des études, mais c'est une course contre la montre. Puisqu'à terme tout ou presque sera détruit."
Margaret l’étudie tant et plus. Stephen son mari lui est créateur d’un parc éolien.
Ils vivent tous deux à Aberdeen, enfin non loin. Parent d’un fils de 20 ans David.
La vie coule paisible et pourtant la tempête prend son envol. Naturelle autant qu’émotionnelle.
Xaver enfle sur la mer du nord. Le frère de Margaret l’observe lui le météorologue. Que va t-elle détruire ?
Stephen et Margaret doivent se rendre à Esbjerg pour des conférences colloques entre collègues.
Margaret est abasourdie d’apprendre que cet homme qu’elle a aimé Marc, le français, y sera.
Marc qui suivait les mêmes études, à St Andrews, que Ted, Stephen et elle-même, a décidé qu’il ne resterait pas. Qu’il partait au Gabon travailler pour une firme pétrolière. Marc qu’elle aimait si fort, a disparu de sa vie il y a 22 ans.
La tempête fait rage tandis qu’ils se rendent à ce rendez-vous.
« Aujourd’hui elle est dans la gratuité et lui dans l’argent sali, noirci des milliards de tonnes d’hydrocarbures partis en fumée, elle dans le désintéressement de l’oeuvre universitaire et l’engagement pour les générations futures à consolider le lien au passé, quand l’avenir qu’il contribue à leur construire n’en tient pas compte ».
Doggerland, je n’en avais jamais entendu parler. Et pourtant ce territoire git toujours au fond de la mer du nord. Des troncs d’arbres en témoignent. Les humains vivaient également sur ce territoire englouti.
C’est un véritable coup de coeur. De ce roman, j’aime l’écriture, l’histoire, les personnages. Je sais déjà qu’il fera partie des livres que je relirai donc il a sa place dans mes trésors.
En ce temps incertain que nous vivons face au climat, c’est un hymne à la terre, à la mer du nord, à la nature, à la non désespérance, une dénonciation des causes de cette catastrophe qui s’annonce. Mais surtout, une description du passé de la planète bleue qui nous démontre bien qu’elle n’est pas inerte mais que dans les profondeurs elle craque, se fissure, se remodèle, se régénère, et que l’homme à tendance à l’oublier.
Le dernier chapitre est …je n’en dis pas plus.
La libraire mène l'enquête de Carolyn G. Hart
Annie est au summum du bonheur. Elle peut bien fermer quelques jours sa librairie « Crimes à la demande » car elle se marie avec Max.
Tout va pour le mieux donc mais c’est sans compter sur l’un de ses fouineurs Jesse Penrick qui passe son temps à surveiller ses voisins du Clos du Rossignol et à les menacer de révéler leur secret.
Donc ce jour béni, la fouine surveille, ce qui exaspère au plus haut point la collaboratrice d’Annie : Ingrid. Certains observent leur altercation de loin avant que la jeune femme ne se précipite car la cérémonie de mariage n’attend pas.
Annie et Max, enfin mariés, peuvent penser à leur nuit de noce car le voyage ne commence que le lendemain.
Annie et Max n’ont pas le temps de se poser que le téléphone retentit. Annie n’a le temps que t’entendre le cri de Ingrid appelant au secours.
Ni une ni deux, les époux se précipitent et découvrent le cadavre de la fouine une épée enfoncée dans son corps, gisant sur le tapis dans le salon d’Ingrid et d’Ingrid aucune trace.
Annie va tout faire pour retrouver son amie et prouver qu’elle n’a pas commis ce crime.
Très bon roman policier, bourré d’humour. La belle mère un peu fofolle. L’habitante qui s’imagine être détective et qui réagit comme chacun d’eux. Bref des personnages déjantées en grande partie.
Et en fin de récit, énumération de tous les livres policiers cités .
Echec à la Reine de Valerie Valeix
C’est avec délice que j’ai débuté la lecture des aventures d’Audrey, apicultrice bio, se déplaçant en deux chevaux, héroïne de de la série écrite par Valérie Valeix également apicultrice.
Audrey tente de trouver le moyen de sauver les abeilles et voyage de par le monde.
De retour dans la ferme familiale léguée par ses grands-parents, elle doit revoir son maitre de stage, Janissou car ils doivent absolument sauver les abeilles d’un autre voisin.
A l’heure dite, elle arrive mais point de Janissou, même son chien a disparu. Elle découvre une lettre dans laquelle Janissou déclare qu’il va se suicider. Audrey n’y croit pas.
Avec bonheur, Ludo le petit voisin lui ramène l’ami canin. Mais la disparition du Papé l’inquiète sérieusement d’autant qu’elle est certaine que la lettre n’a pas été écrite par lui.
Malheureusement, la gendarmerie n’est plus aux ordres d’un autre ami mais d’une nouvelle recrue revenue d’Afghanistan. Un Alsacien, le lieutenant Steinberger. Et cet homme considère l’inquiétude d’Audrey disproportionnée.
Audrey s’engage donc dans une aventure qui la mènera vers une société secrète protectrice des abeilles : l’Apis Dei, créée par Champollion mais qui abrite un homme très dangereux et qui n'hésitera pas à tuer.
Excellente intrigue policière mais surtout le monde de l’apiculture est décrit de manière intéressante. Si vous aimez ce genre de série policière, n’hésitez pas.
Mon temps libre de Samy Langeraert
Commencer la semaine sans vous parler de ce magnifique premier roman, je ne saurais pas.
« Voilà deux semaines, que j’habite cet endroit et je pourrais aussi bien n’y avoir jamais mis les pieds. Tout est si calme, si renfermé que j’ai parfois la sensation de m’être installé dans le plus grand secret, à l’insu du propriétaire, de mes voisins et de l’appartement lui même, auquel je prête des yeux et des oreilles »
On sait peu de choses de cet homme qui raconte une année à Berlin. On sait qu’il y a déjà passé un hiver où il photographiait des silhouettes fantômes. Il y revient, ayant quitté Paris. Il y revient après une rupture amoureuse. Lui-même ne sait pas pourquoi. D’ailleurs il ne sait plus qui il est.
De cette femme dont il était amoureux, il n’en écrit que la lettre M. Il donne des cours de français le matin et traduit tout ce qu’on lui demande.
Il regarde passer le temps. Il fait pousser des plantes sur son balcon. Il discute, parfois, avec sa voisine de balcon, une dame âgée.
Il n’attend rien. Il observe Berlin.
Les jours où il se souvient de M, il ne recroqueville sur son lit.
Il continue à regarder. Il tente de réexister.
Berlin loin des clichés touristiques. Il raconte les renards, les enfants, les fêtes sur le toit, sa voisine, les arbres, la forêt. Il prend le temps jusqu’à son son retour vers Paris.
Et nous nous prenons le temps d’absorber tant de beauté d’écriture dans ce premier roman. Un coup de coeur. Un coup au coeur.
L'île où rêvent les nuages de Jean-Michel Bénier
« Je dis à la jeune femme qu’elle est la première personne que je vois lire depuis mon départ? C’est long à expliquer le Jura, l’est de la France, la frontière Suisse, Genève, Lausanne, les montagnes enneigées, les capitales Strasbourg, Paris, Bruxelles, Edinburgh. Les Hebrides en hiver, les voyage responsable. Je m’exprime sans élégance, je baragouine, je suis ému. Elle ne comprend pas tout. Elle s’étonne. Je me permets de lui demander le titre de son livre. Elle me montre la couverture.
Elle lit 1984 de Georges Orwell »
Partir du Jura de son enfance jusqu’à l’île de Jura où Georges Orwell se réfugiait.
Redécouvrir les montagnes que l’on a parcourues du temps de sa jeunesse pour se diriger vers un lieu hérissé de vagues.
Carnet de notes, jamais seul car les écrivains le suivent par delà les mots. Flaubert, Tesson, Orwell…ils sont là et décrivent également.
Partir mais pas en avion, partir en train, en ferry, en car, en bateau. Partir et déjà imaginer le prochain roman.
Retrouver cette femme navigatrice qui fera partie du roman tout en se demandant si elle est réalité ou inventivité.
Partir sur les traces d’Orwell, sur cette ile où les nuages revent, où les cerfs abondent.
Observer les humains qui vous entoure, constater que peu de livres sont blottis dans les mains mais que les doigts ne cessent de tapoter des mots qui n’ont pas de sens.
Partir pour se fondre dans la nature.
Comment définir ce magnifique livre ? Il oscille entre le cynisme lors des descriptions de cette société où nous vivons et la poésie offerte par l’horizon.
Il est rempli de mots d’autres auteurs et de photos si belles.
Un beau voyage qui donne envie de manger les nuages et de relire Orwell.
« Deja, je comprends, ce ne sont pas les nuages qui fuient, c’est l’île elle-même qui cherche à l’horizon un port où accoster. »
Kiosque de Jean Rouaud
Cher Monsieur Jean Rouaud,
Je vous dois des excuses oh de grandes excuses car je vous ai abandonné très vite sur le chemin des lectures.
En 1990, je tenais votre roman qui avait obtenu le prix Goncourt dans les mains, j’en vois encore la couverture blanche. J’ai mis du temps à l’ouvrir, j’en ai lu le début et puis abandonné. Où est-il ce roman à présent, surement perdu dans mes déménagements.
1990-2018 et nos chemins se croisent à nouveau. Aurais-je honte de dire que j’ai pleuré en refermant votre nouvelle parution Kiosque. Peu m’importe que l’on me trouve stupide, votre sensibilité, votre humanité, votre manière de regarder les autres m’a tout simplement émue.
Qu’auriez vous penser ou écrit sur la jeune femme que j’étais et qui aurait pu vous acheter un journal au kiosque que vous teniez tout en rêvant d’être écrivain.
Qu’auriez vous écrit dans votre petit carnet de haïkus ? Jeune femme banale, cheveux courts, balade sa timidité. Mais qui sait, aurais-je osé vous raconter une partie de cette vie que j’ai vécue et que vous n’auriez imaginé et que personne d’ailleurs n’imagine.
Dans le kiosque entre 1983 et 1990, vous avez vendu des journaux en attendant qu’on reconnaisse enfin votre talent. Vous avez croisé des vies de toutes sortes, pochardes, honiriques, artistiques, juives, truculentes, tristes, et vous les avez aimé ces vies. Sans oublier vos comparses P et M qui étaient tout un roman à eux seuls.
Comment imaginer que c’est une photo passée qui a changé le cours des choses ? Une simple photo. Un fil qui se lie et tout devient possible. Oui vous êtes devenu écrivain.
Entre vos pages, vous déchirez l’emballage de votre vie, vous décortiquez les raisons de votre envie d’écrire. A trente six ans vous n’avez aucun futur puisque sans travail vraiment tangible, la société vous considère comme un paumé. Paumé à travers le regard de la société oui mais tellement sensible à tout vie que vous apercevez.
A travers ces quelques mots, je voulais vous remercier car c’est le roman d’une jeune femme qui a décidé que mon futur je le voyais tout autrement et la lecture de Kiosque m’a confortée dans ce choix. Une femme, un homme, un bon équilibre.
Merci Monsieur Jean Rouaud.
« Car la question qu’on pouvait poser aux maitres du temps qui jamais ne s’étaient confrontés au récit étaie cell-ci : comment pouvait-on ignorer le monde à ce point ? Par quel aveuglement narcissique en était-on parvenu à le réduire à un bruit de fond, à une composition de phonèmes. Or je le voyais arriver de partout, le monde, qui par vagues, et certaines lointaines, battait contre notre kiosque du 101 rue de Flandre. Un monde grouillant, multiple, souffrant, vaillant, avec ses cortèges d’histoires à n’en plus finir , et le plus souvent à pleurer <…> »
Les soleils des indépendances de Ahmadou Kourouma
Si l’ombre d’un mort vous frôle, si vous assistez au sacrifice d’une poule, si vous entendez le mot griot, si vous apercevez des mendiants, si vous voyez ce soleil des indépendances, vous franchissez la frontière du pays décolonisé.
Vous aurez peut être la chance d’apercevoir Fama, descendant royal des Malinke mais de royal n’en est plus.
Vous achèterez le riz sur le marché préparé par Salimata, femme de Fama. Salimata vous racontera peut être ce jour où elle fut excisée. Elle ne fit pas partie de filles revenant en chantant au village. Elle fut abandonnée dans une case où elle fut violée par un génie qui sait ?
Elle fut mariée deux fois mais le génie et le souvenir rouge sang de l’excision ne voulurent pas de ces hommes. Alors elle s’enfuit, loin très loin et croisa le chemin d’un guerrier Malinke : Fama.
Fama et Salima portent une grande douleur : aucun enfant. Il parait que c’est Salima qui est stérile. Il parait… Alors avant l’acte, elle danse, elle brûle, elle hurle et Fama n’a plus envie tandis que Salima se désespère. Pourtant elle prie quatre fois par jours, elle salue Allah.
Fama lui aussi monte à la pointe du minaret mais ne pas avoir d’enfant le mine également. Il respecte les traditions, il respecte la parole d’Allah. Il assiste aux cérémonies des morts mais rien n’y fait.
D’autant que dans ce pays décolonisé, on doit obéir au seul parti le socialisme, obéir à un seul chef unique, obéir obéir. Et lui l’ancien prince parfois rêve aux jours où les colonisateurs étaient là. Parfois… Le pays décolonisé s’appelle famine, chômage, pauvreté. Pourtant selon le soleil des indépendances, la vie allait être belle.
Fama se rend dans son village pour une veillée funéraire. Il n’oublie pas que là bas vit la belle Mariam. Bon le village ne ressemble plus à celui qu’il a connu mais Mariam est toujours là.
Il décide de la ramener en ville avec l’espoir d’un enfant. Bien vite les deux femmes qui doivent cohabiter s’écharpent comme de bien entendu. Salimata ayant peur que Mariam aie le ventre qui grossisse.
Fama n’en peut plus. Il est arrêté soi disant parce qu’il a comploté contre le pouvoir. Des anciennes fadaises mais qui lui reviennent comme un boomerang. Condamné à vingt ansde réclusion. Il pense devenir fou mais libéré par la grâce présidentielle , il décide qu’il ira finir ses jours dans son village, sur la terre des ancêtres.
Il part vers son destin.
« Au large, les pétarades du moteur parurent faiblir et même mourir, ramollies par la pénombre et le frais de la lagune. La ville nègre s’éloignait, se rapetissait, se fondait dans le noir des feuillages de la ville blanche, lointaine encore, indistincte, mais éclatante dans les lumières des lampes. Seuls tranchaient le gris de la lagune et bariolé du ciel. »
Grand coup de coeur pour cette découverte de l’Afrique grâce aux mot d’Amadou Kourouma.
Une écriture rapide, de l’humour, de la poésie et le soleil qui brûle à travers chaque page.
Bien décidée à lire d’autres romans de cet écrivain.
La traversée intérieure de Taha Hussein
Taha Hussein qui fut ministre de l’éducation sous Nasser en Egypte a écrit sa vie dans « le livre des jours » dont cette traversée intérieure est le second.
Taha Hussein était aveugle depuis l’âge de trois ans. Admirateur d’un très grand poète Syrien Abou Alal atteint de cécité comme lui. Et issu d’une famille pauvre.
Au début de ce volume le jeune Taha Hussein suit les cours souvent théologiques et entrecoupés de prières à l’école de el Azhar où il s’ennuie fermement. Il voit sa vie comme une suite de journées sans fin et semblables aux autres.
Jusqu’au jour où
« ce fut à peu près à cette époque là que l’on commença à entendre parler de l’université.. ce mot lui fit, la première fois qu’il l’entendit, la plus curieuse impression, car il n’avait connu, jusqu’alors qu’une sorte d’établissement de l’enseignement : la Mosquée »
La première université laïque voit le jour en 1908.
Taha Hussein va donc décider de s’y rendre avec des amis et prend conscience que certains professeurs étrangers s’intéressent à leur culture. Il va également découvrir l’histoire passée de son pays, ce qu’on ne leur avait jamais enseigné à la Mosquée.
Il n’aura dès lors plus qu’une idée en tête, poursuivre ses études en France. Il va donc apprendre le français et demander par trois fois d’être envoyé comme boursier avec d’autres étudiants en France.
Sa persévérance paie et il débarqué à Montpellier. Il va constater deux difficultés : son français n’est pas assez pur et sa cécité qui l’embarasse dans la lecture des cours. Il va donc apprendre le braille dont en Egypte on ne parle aucunement.
Malheureusement, les étudiants doivent repartir en Egypte car l’Université du Caire n’a plus assez d’argent.
Il n’aura qu’une envie repartir là bas et toujours persévérant, il y retourne mais cette fois à Paris où il va suivre des cours à la Sorbonne. Mais un autre souci se dessine : il ne connait pas le latin.
Qu’à cela ne tienne, il va prendre des cours.
Sa vie va à nouveau changer lors de sa rencontre avec une jeune fille : Suzanne. Car pour suivre les cours de la Sorbonne, il lui faut de l’aide. Suzanne va passer des heures à lui faire la lecture de ces cours.
Taha Hussein veut absolument être l’un des premiers égyptiens a obtenir la licence de lettres et il veut également écrire une thése.
Pour la deuxième fois, il est sommé de revenir en Egypte car le conflit mondial brouille déjà l’horizon.
Taha Hussein est désespéré car tous les efforts qu’il a fourni tombent à néant. Et puis, la voix de Suzanne lui manque.
Il arrivera à repartir en France. Terminera ses études, épousera Suzanne. Verra naitre sa petite fille et c’est en famille qu’il repartira dans son pays bien décidé à y enseigner.
Car l’Egypte voit la révolte se dessiner contre l’occupant anglais.
Je terminai ce résumé avec des morceaux de poèmes de d’Abu l-Ala dont le modernisme est incroyable alors qu’il fut écrit dans les mille.
La vérité est soleil recouvert de ténèbres -
Elle n'a pas d'aube dans les yeux des humains.
La raison, pour le genre humain
Est un spectre qui passe son chemin.
Foi, incroyance, rumeurs colportées,
Coran, Torah, Évangile
Prescrivant leurs lois ...
À toute génération ses mensonges
Que l’on s’empresse de croire et consigner.
Une génération se distinguera-t-elle, un jour,
En suivant la vérité ?
Deux sortes de gens sur la terre :
Ceux qui ont la raison sans religion,
Et ceux qui ont la religion et manquent de raison.
Tous les hommes se hâtent vers la décomposition,
Toutes les religions se valent dans l'égarement.
Si on me demande quelle est ma doctrine,
Elle est claire :
Ne suis-je pas, comme les autres,
Un imbécile ?
En lisant l’autobiographie de Taha Hussein, je ressentais son ouverture à toute culture différente de la sienne, son acceptation de l’autre, ses défis. Il aurait pu se lamenter sur sa cécité et sa pauvreté toute sa vie mais il a choisi de comprendre ce que la culture occidentale méditérranéenne avait et pouvait apporter à son pays. Car le monde est tissé de liens qu’on le désire ou non.
Sans oublier l’humour qui parsème son récit.
Une très belle découverte.
Où vivre de Carole Zalberg
Où vivre. Juste un endroit où vivre.
« Nous arrivons de pays épuisés où notre jeunesse devait chaque jour, s’attacher aux ruines. Les fantômes nous accompagnaient partout, s’agrippaient à nos chevilles, pesaient sur nos épaules , ne nous laissaient même pas rêver. Sans parler des vivants morts, partout autour de nous, vivants, mais morts là bas ne sachant ni revivre vraiment, ni cesser, se taisant, ou parlant trop et seulement de ça, de ce là-bas, où une part d’eux-mêmes continuaient d’être terrifiée, avait peur et froid et mal, à jamais. »
Lena la grand soeur est partie la première, remplie d’espoir et de courage. Elle est partie avec d’autres jeunes pour fonder un Kibboutz car le futur est là-bas. Vivre différemment, fonder une nation, voir fleurir les fleurs dans le désert. Sa petite soeur Ana la suivra.
Chacune sa vie. Lena va épouser Joachim, qui travaille du matin au soir, arrachant au sol des fruits. Adorant sa femme mais terrible dans ses colères car les fantômes même là bas viennent vous habiter. Un couple aimant qui aura trois fils, élevés au milieu des autres enfants; de la jeunesse et des rires.
Ana, désirait rejoindre sa soeur mais ses études d’infirmière, l’homme qu’elle rencontre. Où vivre ? En France. Et puis il y a Nathalie et Marie. Ils iront avec les petites les voir en vacances. Leurs parents sont bien partis vivre à Tel Aviv. Lena aimerait tellement rassembler les siens autour d’elle mais elle comprend le choix de sa petite soeur et même l’incite à rester en France.
« Mais nous irons les voir, ma soeur adorée, son époux aux traits de prophète et leurs fils magnifiques, dès que nous en aurons les moyens. Nous irons les voir et une petite voix en moi me souhaite de ne pas, alors être envahie de regrets »
Les trois fils de Joachim et Lena sont pétris de contradiction dans ce pays continuellement en guerre. Et ce service militaire qu’ils doivent accomplir, le plus jeune Noam, en souffre trop.
Alors où vivre ? En Amérique ? En Israel ? Les circonstances de la vie en décident. Oublier les fantômes qui hantent la génération d’avant. Essayer de comprendre la complexité de leur Etat.
Marie et Lena, rencontrent trop peu souvent leurs cousins, juste quand ils se rendent là bas où Marie petite s’ennuie un peu. Elle s’y rendra toute seule en été, l’été de ses 18 ans.
Joachim décédé en 1986 suite à l’absorption de tous les produits chimiques qui arrosaient les plantations. Lena reste au kibboutz.
L’assassinat de Rabin sera un choc terrible pour Lena et ses fils. Ana en pleurera pour sa soeur. Marie choquée mais trop prise dans sa vie de jeune maman.
Lena pensant qu’en fait, l’endroit où vivre aurait été vain. Tous ses efforts pour en arriver là. Pourtant sa vie elle ne la verrait pas autrement. Heureusement Joachim n’est plus là. Il aurait été désespéré.
Trente ans plus tard, Marie retrouvera les siens pour comprendre, retrouver les liens entre cousins, tenter de saisir cette terre où les descendants d’exilés polonais ont fixé leur horizon.
Bien entendu Marie qui raconte, c’est la voix de Carole Zalberg.
Dans ce splendide roman familial mêlant la parole de chacun, et chacune on décèle que le poids de la Shoah s’efface mais qu’elle ne peut jamais être oublié même par la jeune génération.
On décèle toutes les contradictions qui s’imbriquent dans l’Etat d’Israêl. Les dirigeants actuels n’ont plus les mêmes idéaux que Joachim et Lena.
En lisant Charlotte Delbo ce matin, je pensais à Où vivre qui m’avait entrainé vers la lecture de Charlotte. Il y a tant d’amour dans l’écriture de ces deux femmes. Difficile à expliquer car le sujet n’est pas le même, l’écriture est totalement différente et pourtant certaines phrases se rejoignent et se collent.
Un magnifique roman écrit par une femme lumineuse du nom de Carole Zalberg.
J'espère que j'ai trouvé les mots pour que l'envie vous vienne à le lire ce roman. J'aimerais tellement.






























