25 juin 2018

Viens ici que je t'embrasse de Griet Op de Beeck

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Deuxième roman de Griet Op de Beeck, auteur néerlandophone de mon petit pays. Deuxième coup de coeur. 

 

Mona est orpheline de mère à l’âge de 10 ans. De cette dernière, elle retient beaucoup de sa dureté et des moments où elle l’enfermait dans la cave. Elle ne verse aucune larme lors de son enterrement.

 

Leur père Louis, dentiste et travaillant d’arrache pied n’apporte aucun soutien à la petite fille ainsi qu’à son frère Alexandre. Un père taiseux qui ne montre pas ses sentiments. Donc c’est mamie qui va les entourer durant quelques mois.

 

Une nouvelle femme va entrer dans leur vie. Louis compte sur sa petite fille pour que tout se passe bien. Mona la si sage Mona. 

 

Mariage, nouvelle mère, nouveau bébé qui se nommera Anne Sophie et dont Mona s’occupera beaucoup car Marie, qui veut absolument se faire appeler maman, est prise de crises bien souvent. Tout est reproche pour expliquer qu’on ne l’aime pas alors Mona arrondit les angles et petit à petit apprend les mots à ne pas dire, les excuses faussées pour avoir la paix. Et Louis qui ne réagit pas comme avant. 

 

Mona et Alexandre grandissent et très vite, ils fuient la maison afin d’échapper à cette chape de sentiments qui entoure Marie ainsi que ses reproches à tout instant. Ce désir d'être aimée et de clamer ses sacrifices sont pesants. Trop pesants.

 

Mona devient une grande dramaturge. Elle est engagé par le grand metteur en scène Marcus. Et continue même dans son métier à arrondir les angles. Surtout ne pas froisser. Ne jamais donner son avis négatif ou si peu.

 

Elle vit avec un écrivain plus âgé. Egoiste notoire. Et Mona se tait la plupart du temps. Louis l’aime tellement qu’elle oublie.

 

Alexandre de son côté va devenir papa. Sa compagne Charlie est plus âgée que lui mais ils sont si heureux que peu importe. Il a abandonné ses études de médecine et à été embauche dans un musée. 

 

Marie est à nouveau vexée quand elle comprend que Charlie était connue de tous sauf d’elle et toujours les mêmes récriminations. 

 

Anne Sophie a disparu après une grande dispute avec sa mère. Elle parcourt le monde et donne des nouvelles quand elle peut.

 

La vie continue et Louis est hospitalisé.

 

Le chemin de Mona va être complètement bouleversé car son père lui avoue qu’il a aimé une femme par dessus tout Johanna mais qu’il a fait le choix de rester avec Marie et surtout eux ses enfants.  Il n’aurait peut être pas du épouser Marie mais il se sentait seul et des enfants sans mère c'est dur. Une grave erreur.

 

Louis démontre à Mona qu’il ne faut pas créer sa  vie selon le regard des autres.  Il est temps qu’elle décide de ce qu’elle veut et ne pas faire la même faute que lui. Ou alors ce seront les regrets jusqu’à la fin.

 

Petit à petit, alors que la mort entraine Louis, Mona va enfin comprendre pourquoi sa mère était si dure avec elle petite. Quand le voile se déchire, tout devient plus facile. 

 

Par amour pour son père, elle va retrouver son ancien amour Johanna. Une dernier rayon de soleil pour cet homme condamné. 

 

Mona comprend qu’elle peut vivre autrement. Enfin !

 

 

« Nous continuons de marcher sous la pluie et j’aimerais que ce moment dure toujours. Que nous poursuivions notre chemin jusqu’au bout du monde, en passant par tous les pays, sans jamais nous sentir fatigués, sans jamais devoir dormir ou manger autre chose que des frites ou aller à l’école ou travailler, sans jamais écrire de rédaction sur la nourriture. En continuant simplement d’avancer tout le temps. Papa et moi. »

 

 

Très très beau roman dont on ne peut se détacher. Inondée de tendresse. On le referme apaisée, comme si les mots vous transperçaient. Un roman sur ce qu’on tait et qui étouffe, un roman sur la prise de liberté. Un roman qui vous prouve que tout est possible. Un roman d’espoir. Un roman trésor.

 

 

« J’ai le sentiment, comme je l’ai eu toute ma vie, de tomber par la fenêtre. Est-ce que d’autres personnes ont ça aussi ? »

 

 

 

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Crime et déluge de M.C. Beaton

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Dans cette nouvelle enquête d’Agatha, nous la retrouvons sous une pluie battante à Carsley. 

Abandonnée par tous les hommes, James étant entré dans les ordres et Charles s’étant marié sans la prévenir, elle décide de partir sous le soleil.

 

Un périple de plusieurs heures pour arriver sur une île où elle se laisser aller au bonheur. Agatha !

Elle remarque pourtant un drôle de couple, toujours aussi curieuse.

 

 

De retour à la maison, il pleut toujours et cela ne s’arrange pas.  Elle décide de se reprendre en main, esthéticienne, et cours de pilates.  Et elle remarque un couple qui ressemble étrangement à celui observé durant ses vacances après ledit cours.

 

Les eaux montent dans le village, et devant s’arrêter sur un pont, elle remarque un corps qui flotte. Ce corps n’est autre que celui de la jeune fille qu’elle avait remarquée précédemment.

 

 

La maison de James a été vendue à un auteur de romans policiers qui apparemment est bedonnant et moche, enfin d’après ce qu’elle s’imagine. 

 

 

Agatha s’ennuyant ferme décide de mener l’enquête et se fait passer pour une journaliste de télévision ayant planté une perruque blonde sur son crâne.

 

Charles fait sa réapparition mais elle le met dehors, d’autant qu’il a grossi nom d’une pipe. 

 

Elle manque se faire écraser par une voiture.   

 

Bon bref de l’Agatha Raisin à cent à l’heure comme d’habitude.

 

Pour l’aider, elle se coltinera l’auteur de romans policiers qui est pas mal après tout mais trop rigide et puis non non, elle ne peut plus tomber amoureuse. 

 

Elle fera appel à Roy son ancien assistant et naturellement fera tout le travail à la place de la police, foi d’Agatha.

 

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20 juin 2018

La chorale des dames de Chilbury de Jennifer Ryan

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La guerre est aux portes de l’Angleterre. 

 

A Chilbury, tous les hommes sont partis et de ce fait la chorale est n’a plus lieu d’être. 

Une chorale sans homme impossible.

 

C’est compter sans les femmes qui remplacent les hommes dans tous le village donc une chorale de femmes est totalement réalisable. C’est une nouvelle venue Primrose Trent, professeur de chant, qui va insufflé le courage aux habitantes de persévérer  et de reformer la chorale.

 

Dans cette chorale, on peut découvrir Mrs Tilling, veuve dont le fils est parti pour cette maudite guerre.  Infirmière, elle ne supporte pas la nouvelle sage femme qui tente de prendre sa place dans la village.La dame timorée va se transformer en une personne qui décide de prendre des décisions. 

 

Les filles du châtelain du coin Venetia et Kytty. Chatelain qui ayant perdu son fils va combiner un horrible plan pour garder l’héritage dans la famille. Son fils ainé étant décédé et étant donné que seuls les mâles gardent la fortune, il faut absolument que sa femme, enceinte, mette un autre fils au monde. 

 

Venetia est une allumeuse et se pense la plus belle du village. Elle a décidé de faire craquer ce peintre qui habite à côté de son amie Hattie, institutrice du village et qui va devenir maman.

Sa jeune soeur Kitty rêve de devenir chanteuse. Elle écrit dans son journal tout ce qui se déroule à Chilbury.  

 

 

Un livre très agréable à lire et bourré de tendresse pour toutes ces femmes qui ont lutté durant la seconde guerre mondiale. Les hommes étant partis, il fallait que la vie continue. L'auteur s'est inspirée des récits de sa grand-mère qui a vécu dans un petit village du Kent. 

 

On découvre les petits secrets, les amours, les tristesses des habitantes. 

 

 Une organisation encourageait même tout un chacun à écrire un journal et l’organisation en publiait des extraits. J’ignorais tout à fait ce fait.

 

 

 

 

 

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18 juin 2018

L'enfer de l'amour de M.C. Beaton

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Agatha est enfin arrivée à ses fins. Elle a épousé James son voisin. La lune de miel est de courte durée.

 

James ne cesse de la critiquer : elle se maquille trop, elle met des talons trop hauts, elle fume encore et blabla et blabla.

 

Heureusement, ayant gardé leurs deux cottages, Agatha qui a gardé son nom de jeune fille, fait des aller retour entre les deux maisons quand elle n’en peut plus.

 

Le comble survient quand elle prévient James qu’elle va retravailler. Roy son ancien assistant lui propose de lancer sur le marché une nouvelle chaussure de marche. Agatha est la personne rêvée pour activer commercialement ce produit.

 

James est furieux . Une femme doit rester à la maison. C’est un comble pour Agatha. Grosse dispute et quand elle veut se réconcilier avec James, elle le découvre au pub avec Melissa qui lui tient la main de plus.  Agatha ayant revu Charles, pourquoi James se gênerait-il ? Agatha menace de tuer son mari.

 

Et un soir, James disparait. Heureusement, qu’Agatha était au concert du lancement de la chaussure car elle était la coupable idéale.  Il y a du sang dans le cottage de James. Mais où est-il ?

 

Et voilà Melissa qui vient demander des nouvelles du cancer de James ?

 

Incrédule Agatha ne comprend pas qu’il ne lui aie rien dit. Elle ne croit pas à cette maladie.

 

 

La vie continue. La voiture de James est retrouvée emplie de taches de sang également. Mais lui toujours introuvable.

 

Heureusement que Charles est là pour lui remonter un peu le moral, ainsi  que la femme du pasteur qui savait que ce mariage ne fonctionnerait pas. Elle avait tenté de raisonner James mais en vain.

 

Agatha trouve étrange que Melissa n’apparaisse plus.  En compagnie de Charles, elle découvre le corps de la jeune femme, assassinée depuis quelques jours.

 

Serait-ce James le coupable ?

 

 

11ième volume des aventures d’Agatha Raisin et toujours aussi vindicative. Pourtant à certains moments, elle s’assouplit. 

Quant à Charles, il est toujours aussi radin.

Comme d’habitude, un excellent moment de lecture.

 

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14 juin 2018

Brandebourg de Juli Zeh

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« L’Unteurluten de Kathrin ne lisait pas le journal, ne regardait pas la télé, n’utilisait pas internet, ne s’intéressait pas à Berlin, n’appelait jamais la police et évitait tout contact avec le monde extérieur. Pour une raison simple : parce que le village aimait la liberté. Au cours des décennies de dictature socialiste, les gens s’étaient rendu compte que le pouvoir s’exerçait dans l’abstrait et l’irréel. Par conséquent, ils préféraient s’en tenir au réel et au concret. Ils n’offraient aucune prise à l’intimidation globale qui tenait l’ensemble de la planète sous sa coupe. Quand on ne lisait pas, ne regardait pas, ne cliquait et n’écoutait pas, on n’était pas gouverne, que ce soit par les politiques, par les informations, par la peur- ou par une combinaison de ce tout. »

 

Unterleuten, petit village dans la région de Brandebourg. Tout pourrait être paisible mais la haine entre deux hommes l’air depuis toujours.

 

Gombrowski dont la famille possédait les terres du village n’a jamais oublié le visage de Kon, lorsque tout a changé après la guerre. Le sol a été envahi par les russes et le socialisme s’est emparé de tout. Partage des terres, c’est ce que réclamait KOn lorsqu’il est venu un soir avec d’autres incidier leur grange. 

 

 

Gombrowski n’a jamais accepté de devoir se laisser piller de ces terres. Il est parti du village pour suivre des études et de retour, il a vite supplanté KOn à la coopérative. Il a tout repris en main et redonné vie au village. Ils leur sont tous redevables. Même Arne le maire.

 

Il n’y a plus de socialisme depuis longtemps, le mur étant tombé mais KOn ne l’a jamais accepté. 

 

Ces deux hommes âges se haissent.

 

 

Deux couples urbains sont arrivés depuis peu. Un ancien professeur et sa jeune femme. Parents d’une petite fille. Lui s’est entiché d’ornithologie et il fait partie de la société qui préserve la nature. Heureux au début, ils ont vite déchanté, le nouveau voisin ne cesse de brûler de pneus. Leur vie est un enfer.

 

Linda, elle n’a qu’une idée en tête. Faire venir son cheval dans un terrain proche de leur maison mais pour cela il faut ériger un mur de deux mètres et elle attend la décision. D’ailleurs sa vie n’est que décision selon le programme d’un haut gourou de la pensée dont elle dévore le livre. Ne jamais flancher, décrypter les autres. Etre la meilleure. 

Son compagnon Frederik est concepteur de jeux vidéos avec son frère. Unteurluten ne l’intéresse pas vraiment.

 

 

Meiler ne vit pas au village mais sur un coup d’envie à acheté pratiquement toutes les terres. Donc gros propriétaire.

 

 

Tout va basculer, lors d’une réunion pour l’affection du sol concernant des éoliennes. Les habitants comprennent très vite qu’ils n’ont pas le choix et que malgré leur désaccord, c’est l’Etat qui décide de tout. Mais à quel emplacement va t-on les dresser dans ce paysage campagnard ?

Là est tout l’enjeu.

 

Au lieu de s’unir, les habitants vont faire place à leur haine et les nouveaux couples  ainsi que Meiler vont former un élément perturbateur.

 

« Peut-être que Linda avait raison, songea Frederik : un foyer, ce n’était pas des immeubles de rapport et des tramways, mais une terre et un horizon ».

 

 

 

Roman très prenant d’un petit village perdu au fin fond de l’Allemagne. C’est avec allégresse que mur de Berlin est tombé en 1989 mais combien de drames se sont-ils déroulés suite à la réunification ? C’est essentiellement le thème de ce roman qui est excellent dans son suspense ainsi que dans son écriture.

 

A découvrir.

 

 

 

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11 juin 2018

La maison à droite de celle de ma grand-mère de Michael Uras

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Que vous dire de ce roman pour vous persuader de le lire ? Qu’il est parsemé de couleurs, de senteurs, de soleil, de bonheur, de tristesse, de poésie, d’humour….je pourrais tellement en rajouter. Lisez-le vous comprendrez ce que peut être un bonheur de lecture. 

 

 

« Il n’y avait toujours personne dans la rue quand j’arrivai devant la porte d’entrée. Le village fantôme dormait encore. La serrure était difficile, je ne l’avais jamais connue autrement, comme si la maison demandait un effort particulier à celui qui désirait entrer. Mes parents n’étaient pas présents, ils étaient partis en vacances à l’autre bout de l’île. Ils me laissaient toujours une clé pour me permettre d’y retourner quand j’en ressentais le besoin. Et ce besoin se faisait de plus en plus rare. Les parents pensent savoir mieux que personne ce que désirent leurs enfants. Ils se trompent parfois. La maison était froide, les volets fermés depuis leur départ, avaient empêché l’intrusion du soleil. »

 

 

Giacomo vivant à Marseille, traducteur de romans, est sommé de revenir dans le village de Sardaigne où il a grandit. Sa NoNNa va mourir. 

 

Il prend le bateau où un musicien engagé pour combler le silence des voyageurs, ne chante que du Phil Collins. Mais diable quelle idée d’avoir choisit ces chansons là. Giacomo est peut être le seul à l’écouter.  Enfin, le bateau arrive à destination.

 

Son village où les portes des maisons sont colorées. Où les murs sont recouverts de peinture. On le nomme d’ailleurs le village aux murs peints. Retrouvailles un peu forcées. 

 

Il compte rester jusqu’au décès de sa grand-mère qu’il adore. Il a emmené avec lui ce manuscrit inédit découvert par l’éditeur Carlo : un nouveau Moby Dick. Carlo le presse de terminer au plus vite cette traduction qui va les rendre célèbres. 

 

Après le calme à son arrivée, la tempête familiale est de retour. Ses parents, oui ses parents. Son père qui se tait,  et sa mère qui cherche à chaque fois le mot qu’il ne fallait pas dire, le regard qu’il ne fallait pas montrer. Giacomo a toujours connu sa mère et sa valise, prête de toute façon, repartant dans la maison d’en face chez sa propre mère. Ses parents s’aiment ainsi. 

Mais surtout, sa mère oublie qu’il a trente six ans que diable !

 

Comme NonNa ne meurt pas mais reste les yeux fermés, il redécouvre son village où rien ne change. Fabrizio, son ami d’enfance, atteint d’une maladie de peau qui l’a vieilli prématurément, tient toujours le kiosque à journaux. Le Capitaine, appelé ainsi car décoré de la guerre. Héros en son temps et qui du faire fortune bon coeur en emmenant les gamins à la mer via le car. Son oncle Gavino qui se contente de ne pas travailler et se promener à vélo mais qui se mêle de tout. .  La librairie où les livres sentent toujours le pecorrino puisqu’installée dans une ancienne fromagerie. Manuella, l’épicière du coin dont il fut éperdument amoureux enfant, qui a présent porte bien son âge. 

 

Les souvenirs d’enfance affluent dans la mémoire. Et NOnna est toujours vivante.

 

Comme il affectionne particulièrement sa grand-mère et qu’il parait que parler aux gens dans le coma, c’est une très bonne idée, il lui raconte ses pensées et ….Nonna qui prononce un mot. A t-il rêvé ? 

 

La vieille dame n’a rien du tout en fait mais comme elle adore également son petit fils, elle lui avoue qu’elle fait semblant mais que les autres ne doivent pas savoir. Elle a décider de se reposer.  Cela fait du bien à son âge.

 

Naturellement, l’oncle Gavino n’est pas dupe et déjoue le complot de NONna.

 

 

 

Ce que Giacomo, ne sait pas encore c’est que l, île va le transformer pour qu’il se déleste de ce poids (mais dont je ne dirai rien) qui lui vrille le coeur. Qu’il emmènera également avec lui le Capitaine et que Rimbaud sera son antidote. 

 

« Le projet de Maurizio était merveilleux, apporter les livres à la campagne. Apporter la culture là, où d’ordinaire, elle manquait cruellement. Le Ministère de la Culture, justement pensait que nous, petits villageois égarés dans la montagne, rien ne nous intéressait que les brebis et les cochons. C’était une vision radicale et dangereuse. En réalité, ne jamais abreuver culturellement une population, c’est forcément l’abêtir. On voulait nous garder idiots parce que les idiots ne se plaignent jamais. Je dois dire qu’à force d’habitude une librairie ne manquait à personne, dans notre village. On faisait sans. »

 

 

Je vous répète donc, lisez-le. Un petit bijou de bonheur concentré au gout Sarde. 

 

 

 

 

 

 

 

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La pension de la Via Saffi de Valerio Varesi

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Si je devais définir Soneri, je dirais que c’est un mélange entre Brunetti et Maigret. Tout en psychologie et patience. 

 

Peu de jours avant Noel, une dame âgée demande à voir Soneri à la questure de Parme. Il s’en contrefiche et c’est son adjoint qui la reçoit. Elle vient déclarer que Ghitta Tagliavini ne répond plus quand on sonne chez elle. Qu’il est surement arrivé un malheur.

 

Curieux Soneri, lorsqu’il entend le mot Via Saffi, se précipite chez son adjoint et reconnait la vieille dame, celle qui louait des chambres quand , dans la pension qu’il occupait, rien n’était libre.

 

La vieille dame le reconnait mais ne dit rien et s’en va.  Soneri veut la suivre mais elle a disparait. 

 

Ses pas le mène vers cette pension où jeune étudiant, il avait rencontre Ada, la femme de sa vie dont il porte le décès sur ses épaules.

 

La femme disparue, n’est en fait que la logeuse qui accueillait tant d’étudiants. Ils la considéraient comme leur maman de substitution. 

 

Soneri va replonger dans le passé mais bien vite va comprendre que Ghitta n’était pas cette femme au grand coeur qu’il imaginait. Ne louant plus à des étudiants, sa pension servait de maison de passe et elle adorait l’argent en tant qu’usurière.  Elle pratiquâit également des avortements lorsqu’il vivait dans la pension mais il n’en avait jamais rien su.

 

Et cette photo qu’il découvre : Ada enlaçant un autre jeune homme. C’est un gouffre d’interrogations qui plonge Soneri dans la stupeur. 

 

Angela, sa maitresse, tente de lui faire lâcher prise avec le passé mais il veut savoir la vérité concernant ce qu’Ada lui a caché tant d’années. 

 

En paralelle, il continue son enquête. Cela le mène vers la politique rouge de l’époque. Les communistes révolutionnaires. 

 

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« Dans le brouillard, le clocher du Domo et les flèches du baptistère donnaient l’impression d’être amputés.  De temps à autre, une voiture annoncée par le bruit de son moteur ou quelques bicyclettes silencieuses qui couraient vers le centre en route libre surgissaient de la grisaille. Soneri décidé d’apaiser ses angoisses devant un plat de tortelli aux blettes et le dialecte ouvert, un rien vulgaire, d’Alceste. Le Milord exagérément ancré dans la tradition, le rassurait et suspendait ses fluctuations d’identités. »

 

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05 juin 2018

La petite voleuse de perles de Michèle Plomer

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J’avais eu un coup de foudre pour l’écriture de Michele Plomer en découvrant Etincelle. Et reboum pour ce nouveau roman. 

 

On se retrouve à nouveau en Chine où la narratrice s’est envolée du Canada pour un job dans une organisation internationale. Arrivée depuis peu, rentrant à Canton par le train, elle va faire  la première rencontre qui va changer sa vie : une jeune chinoise assise près d’elle. Elles vont échanger quelques mots. Le train arrivant à Canton, la jeune fille Wang Xia lui confie une lettre. Lettre adressée à sa mère qui a été déplacée et dont elle n’a plus de nouvelles.

 

La canadienne apprendra en parcourant les mots de la lettre, que la jeune fille travaillait chez une femme riche excessivement méchante. Elle est tombée amoureuse alors pour recouvrir la liberté, elle a volé un collier de perles est s’est enfuie avec son amoureux.

 

La narratrice, elle avait aussi un amoureux H là bas au Québec. Ils s’aimaient entre amour et haine car H pouvait être très mélancolique jusqu’au jour où il ne revint pas, décidant seul de la fin de sa vie. 

 

Est-ce pour oublier  qu’elle était partie en Chine ? Très vite…

 

 

Quelques temps après la rencontre dans le train, en se promenant dans le quartier de Hong Kong où sont établis les marchands de poissons, qu’elle va faire sa deuxième rencontre sous la forme d’un poisson. Subjuguée par cet animal étrange, qui semble lui lancer un SOS. Elle l’achète et la ramène dans son petit appartement. Elle va l’appeler poissonne. 

 

Elle ne sait pas encore que ce poisson vaut une fortune en Chine. 

 

 

« J’ai placé le gros bac turquoise sur ma table de cuisine, du côté de la fenêtre, afin que Poissonne puisse voir le ciel en levant les yeux. Je ne prévoyais pas recevoir à souper cette décennie, alors pas d’inquiétude pour l’encombrement de la table. Lorsque j’étais chez moi, je vivais dans cette pièce, la plus ensoleillée des deux. La fenêtre de l’autre pièce donnâit sur le béton de l’édifice adjacent; l’espace entre les immeubles formait un couloir vertical de trente-deux étages, où résonnaient les actes les plus privés de locataires. Dans les étroits appartements hongkongais, nous avions besoin d’air  et de fenêtres ouvertes même au prix de notre intimité dévoilée aux voisins.  L’appartement que me fournissait mon organisation ne devait pas faire plus de quatre cents pieds carrés. C’est amplement suffisant. Avoir plus grand aurait été obscène, vu le manque d’espace endémique de la ville. »

 

 

Ce qui est merveilleux dans les romans de Michele Plomer c’est cette bienveillance qu’elle a dans la description de la pensée des chinois. Pas toujours facile pour un occidental de s’y adapter mais accepter l’autre, surtout si on y a vécu  Michele Plomer, c’est s’ancrer en partie dans le pays. Sans oublier ses descriptions de quartiers, de restaurants.  A travers l’écriture, on se retrouve comme la narratrice là bas. On respire les parfums. On pénère dans le magasin de poissons.  On regarde, on écoute.  C’est magique.

 

C’est l’histoire d’une femme qui ne sait pas qu’elle va retrouver la liberté petit à petit. Une renaissance. 

 

 

Et puis, il y a cette poésie indéfinissable , et puis…c’est si beau. J’en redemande. 

 

 

 

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29 mai 2018

La vie effaçant toutes choses de Fanny Chiarello

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Lire Fanny Chiarello est toujours un pur moment de bonheur.  Et ce dernier roman n’échappe pas à la règle.

 

Dans la vie effaçant toute chose, elle nous raconte la révolte qui gronde dans la tête de neuf femmes. Marre de vivre comme une femme, comme on doit percevoir les femmes. Marre d’être dans le carcan de ces jours qui passent selon les règles établies parce qu’elles sont femmes.

 

 

Elles ne se connaissent pas. Pourtant tout le long du livre, elles vont se croiser sans connaitre la révolte de l’autre. Neuf femmes qui sentent qu’il y a ce quelque chose qui pourraient les rendre enfin totalement heureuses. Et selon leurs désirs à elles.  Pas celui de la famille, des enfants, des hommes….

 

Atteindront-elles le but ultime ? Au bout de la plume de Fanny Chiarello, rien n’est moins certain. 

 

 

Le roman est parcouru de titres de musique, de poésie et des paysages du nord que Fanny Chiarrello connait si bien, de visions étranges de la mort, d’une chambre au chiffre 127, d’une émission de radio. 

 

 

 

Portrait de dix femmes, pourrait-on dire en fait car Rita la sdf va croiser leur route également. On ne sait pas grand chose de Rita. Est -elle folle ou non ? Peu importe. 

 

 

« Janice considère avoir en commun  avec Rita de ne pas  entrer dans la case cubique qui lui est réservée. Certes Rita rêve  d’en avoir une où se ranger à l’abri du vent, des abrutis de tarés de malades mentaux, de la gale et des araignées, tandis que  Janice rêve de dynamiter celle qui lui a été attribuée, certes Rita aspire à ce que Janice abhorre, mais de fait elles sont deux dans fantômes dans la ville, immobiles au coin des rues, le regard fixe et une révélation au bord de la conscience. Les vrais adultes, ne vivent pas cela, les citoyens équilibrés, bien intégrés n’ont pas ces occupations. Les citoyens ordinaires ne se rendent pas malades à l’idée que d’autres êtres humains doivent subir la pluie, les citoyens ordinaires ne pleurent pas en mettant le chauffage. »

 

« Les gens au sommeil régulier n’imaginent pas qu’à toute heure de la nuite, même dans une ville si petite et si dévitalisée qu’elle mérite à peine le nom de ville, il se trouve quelqu’un pour promener un chien, fumer une cigarette ou se cogner aux réverbères comme un moustique prisonnier d’un abat-jour, esseyant de se rappeler où il habite. Il est quatre et demie les jeunes d’en face  rentrent tout juste  sans un bruit; Millie les observe avec sympathie. »

 

Si la révolte gronde en vous, lisez ce roman. 

 

 

 

 

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24 mai 2018

Le bruit du monde de Stephanie Chaillou

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Il y a quelque temps, j’ai regardé le reportage sur le combat des mineurs après la guerre. 

J’ai été révoltée par l’exhortation à l’époque de Maurice Thorez qui leur disait qu’ils devaient absolument aider au redressement du pays, que c’était le devoir de leur condition de mineur. Je ne saurais vous reproduire ses propos mais c’était de caser les gens, que de toute façon leur vie c’était celle-là que j’en ai été choquée. Classifier les gens en catégories. 

 

Et la révolte de Marilène rejoint la mienne. 

 

 

« Sans le décider, elle le refuse. Sans le décider et sans le savoir, elle oppose son refus au réel. Au réel qui lui dit où elle est et d’où elle vient, elle dit non »

 

Marie Hélène Coulanges nait fin des années soixante.  La maison familiale  perdue dans un hameau nomme Brigneau abrite outre son père et sa mère, également frère et soeur.

Ils sont ce que l’on appelle des gens pauvres. Mais à la naissance Marie-Helène ne sait pas cela. 

 

 

Elle grandit à côté d’une mère dépressive et d’un père travaillant aux champs. Petite elle s’imprègne des champs blancs, de la nature ne réalisant pas encore  que ses parents sont désespérés.  La pauvreté qui vous colle de jour en jour.

 

Et puis ce sont les huissiers, la vente de la ferme et la famille s’installe à 20 kms . Le père va travailler dans un abattoir. La mère quelques ménages. 

 

Marilène est ce qu’on peut appeler une enfant heureuse jusqu’au jour où excellente élève, on lui propose d’accéder à une classe préparatoire pour préparer son avenir. On lui donne sa chance. 

 

Et là tout va changer.

 

« Il n’y a pas de bibliothèque chez ses parents. Pas de livres. Pas de disques non plus. Ce n’est pas une chose que Marilène découvre. Mais elle le voit soudain. Cela la frappe. Il n’y a dans la pièce de vie de ses parents que la table où ils mangent, quatre chaises, un fauteuil et un meuble en bois sur lequel est posée la télévision ». 

 

Marilène c’est une révolte intérieure contre la pauvreté qui vous conditionne à un état de vie qui vous imprégne. jour et nuit. C’est un refus de suivre ce que l’on décide pour vous. C’est une révolte sourde, muette, incompréhensible au début mais qui se faufile dans chaque grain de peau. 

 

Une révolte qui gronde. La pauvreté n’est pas un défaut, c’est un état de vie. Pour s’en délivrer, elle va l’écrire.

 

 

 

« Marilène se rappelle aussi avoir pendant longtemps hésité. Avoir pendant longtemps eu comme un scrupule à suivre la pente d’exister. Vouloir comme les autres, avoir une vie et respirer. Mais ça avait été plus fort qu’elle. Elle avait pris son tour. Finalement elle n’avait pas laissé passer son tour. Comme tout le monde, elle s’est mise elle aussi à batailler pour exister. »

 

 

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